Les guerrières viking ont existé !

En 1880, dans l’une des tombes de l’ancienne ville de Birka, célèbre ensemble de sépultures viking du Xe siècle situé sur l’ile de Björko, près du lac Malar, à l’ouest de Stockholm, archéologue suédois Hjalmar Stolpe avait découvert les restes d’un prestigieux guerrier âgé d’une trentaine d’années, inhumé avec un mobilier funéraire d’une grande richesse : épée, couteau de combat, lance, flèches, boucliers et même chevaux (un étalon et une jument). La tombe, située sur une terrasse surplombant une ancienne garnison militaire, contenait encore des pièces de jeu stratégique, ce qui suggère que le défunt avait été aussi un tacticien.

Ces restes ont à nouveau été exhumés par Charlotte Hedenstierna-Johnson et ses collègues de l’Université de Stockholm, qui ont eu la surprise de découvrir que le guerrier… était en fait une guerrière ! l’analyse de son ADN en effet confirmé son appartenance au sexe féminin (deux chromosomes X et aucun chromosome Y), ce qui conduit évidemment les chercheurs à jeter un regard nouveau sur la société « patriarcale » des anciens Scandinaves. Les valeurs disotopes de strontium montrent en outre que cette guerrière s’est déplacée au cours de sa vie et quelle présentait des affinités génétiques avec les habitants de l’Angleterre, de l’Écosse, de l’Islande, des iles Orkneys, du Danemark et de la Norvège, peut-être aussi des pays baltes. Son ADN mitochrondrial indique quelle appartenait à l’haplogroupe T2b. Birka fut à partir du VIIIe siècle un très important centre commercial, où s’échangeaient de l’ambre, de la cire, de la fourrure, des esclaves et du fer grâce à un réseau économique allant jusqu’au Califat et à l’empire byzantin. Sur les 3 000 tombes retrouvées à Birka, seules 1 100 ont été explorées.

La religion germanique connaissait les Walkyries, que I’on a parfois comparées aux Amazones de la Grèce antique. L’ancienne littérature nordique donne le nom vieux-norrois de skjaldmó ces guerrières de haut rang qui, armées d’une épée et d’un bouclier, participaient aux batailles. Tel est le cas de Brünnehilde dans la Völsunga saga, de Hervor dans la Saga de Hervor et du roi Heidrek, de Brynhild dans la Saga de Bosi et Herraud, de la princesse Thorbjórg dans la Hrólfs saga Gautrekssonar, de Veborg dans la Gesta Danorum, et aussi de Freydis Eriksdottir, fille d’Erik le Rouge et sœur de Leif Eriksson, dans la Groenlendiga saga. Des personnages analogues sont attestés chez les Goths, les Cimbres et les Marcomans. Selon Saxo Grammaticus, 300 skjaldmos combattirent aux cotés des Danois à la bataille de Bravellir, en 750. Ces récits ont longtemps passé pour légendaires. Il va falloir maintenant les lire autrement.

Source : American Journal of Physical Anthropology, 8 septembre 2017.

éléments N°169 décembre 2017 – janvier 2018

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