Mensonges sur le pouvoir d’achat

220412

On sait que la première victime de la guerre c’est toujours la vérité. Le conflit en Ukraine nous le confirme jour après jour.

Or, un affrontement politique binaire tel que le deuxième tour de l’élection présidentielle à la française, s’inscrit dans la même logique, bafouant les principes dont se réclame la démocratie.

Le débat public a été bloqué par la non-campagne du premier tour. Or, il va manifestement s’investir maintenant, se cristalliser, sur un certain nombre de mensonges.

L’un des plus grossiers portera, – le plus important, aux yeux des Français nous prévient-on donc aimablement dans les gros médias, – sur la question dite du « pouvoir d’achat ».

Commençons aujourd’hui par celui-là.

On pourrait s’étonner d’abord de le rapporter à la personne du président de la république.

Et c’est bien là le premier mensonge : le chef de l’État ne détermine ni la masse ni la hiérarchie des rémunérations, et la première candidate à s’être risquée à promettre, de façon maladroite, d’augmenter les salaires s’est fait immédiatement contredire par le MEDEF, au point d’accepter de retirer sa naïve proposition.

Elle n’a certes pas osé dire que la vraie question est celle du salaire direct. Dans un pays où sur 100 euros de salaires et charges payés par l’entreprise, il reste en moyenne 46,70 euros au salarié après impôts, il se pose évidemment un problème.

Rappelons que la moyenne de l’OCDE se situe à 65,3 % de salaire direct et la moyenne au sein de l’union européenne à 58,5 %.

Mais en France, la classe politique et les technocrates ne veulent pas entendre parler de cette question : malheur à ceux qui l’invoquent. Notre merveilleux modèle social et nos monopoles assurantiels ne sauraient être remis en cause. Battant les records européens de l’étatisme et de l’assistanat, le pays réel se trouve ainsi pénalisé. Or, contrairement à une idée répandue tout cela pourrait très rapidement être changé par la loi : une disposition en faveur de la concurrence des assurances maladie et vieillesse, du libre choix des travailleurs indépendants et des salariés récupérant un salaire direct intégral, pourrait même constituer le point de départ d’un programme de relance de l’activité.

Mais l’idée égalitaire selon laquelle on peut réglementer la répartition des revenus, sans développer l’ensemble de l’économie reste encore ancrée dans une large partie de l’opinion publique.

En fait, il faut le rappeler, il ne saurait exister gain de pouvoir d’achat durable sans gain de productivité. Mais l’énoncé de cette loi d’airain reste politiquement incorrect

Deuxième mensonge : le nominalisme monétaire dans la zone euro.

Les statuts originels de la banque centrale européenne prévoyaient, il y a maintenant 30 ans, une érosion monétaire limitée. L’euro étant censé reprendre les caractéristiques du deutsche mark.

Instituée en 1998, la banque de Francfort définit la politique monétaire unique. L’objectif principal défini par l’article 127 TFUE à maintenir la stabilité des prix, en d’autres termes à sauvegarder la valeur de l’euro en termes de pouvoir d’achat. La BCE utilise en principe trois indicateurs essentiels parmi lesquels le niveau « d’inflation », c’est-à-dire de dérive du niveau général des prix sur un an qui doit être proche de 2 % ; celui de la croissance d’une évaluation de la quantité de monnaie ; et les perspectives d’évolution des prix, fondées sur une large gamme d’indicateurs économiques et financiers, par exemple en ce moment les coûts de l’anergie.

Or, en France, depuis la création de l’INSEE, en 1946, cet organisme d’État a pris le contrôle de « la statistique et des études économiques » dont il est officiellement « chargé » sans que, progressivement on ne remette plus en cause ses méthodes de travail. Simple direction, en fait, au sein du ministère des finances cet organisme établit la comptabilité nationale, évalue la démographie, et même le taux de chômage. Elle effectue ce dernier calcul de manière approximatif, à un niveau systématiquement inférieur à celui de Pôle emploi. Ainsi l’Insee fin juin 2021 recensait 2,4 millions de chômeurs quand Pôle Emploi dénombrait, fin juillet, 5,6 millions de personnes inscrites et tenues de rechercher un emploi. Cherchez l’erreur.

Autrement dit, autant il est devenu actuellement évident que le taux d’évolution des prix a largement dépassé les 2 % prévus, autant la dégradation du pouvoir d’achat ne saurait se voir corrigée par un surcroît de dépenses budgétaires, démagogiques et arbitraires.

L’Insee prétend que « l’inflation » (la hausse des prix) en 2021 a été limitée en France à 2,8 %. Or, avant même la guerre d’Ukraine, les prix de l’énergie ont augmenté de 18,6 %, ceux des produits frais de 3,3 %. Eurostat constate, de son côté, en France, une inflation en 2021 plus forte, à 3,4 %. Ajoutons que dans les calculs de l’Insee, les dépenses en logement ne comptent que pour 6,1 % à et le carburant pour 4 %.

Les instruments du mensonge ne sont donc même plus à rechercher plus particulièrement dans les propagandes électorales, encore moins dans le débat démocratique, que dans les structures technocratiques de l’État.

JG Malliarakis

https://www.insolent.fr/

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