« On l’a abandonné » : Didier Barbelivien rend hommage à Samuel Paty

Capture d'écran CNews

« On l’a abandonné comme on a abandonné depuis longtemps tous les gens de l’Éducation nationale. » Sur le plateau de la matinale de CNews, ce vendredi 6 novembre, le célèbre chanteur et compositeur Didier Barbelivien explique pourquoi il a écrit Professeur, une chanson qui « rend hommage à ce professeur que l’on a décapité dans les rues de France ». À 72 ans, l’auteur de Mademoiselle chante le blues, de On va s’aimer ou de Il tape sur des bambous, qui a écrit ou composé plus de 2.600 chansons pour lui ou pour d’autres artistes, sort le même jour son vingt-deuxième album, Comme autrefois : onze titres très personnels, nostalgiques de sa jeunesse et du Paris d’antan, avec en pochette un cliché de lui à vingt ans. Parmi eux, Professeur, qu’il dédie aux enseignants, et plus particulièrement à Samuel Paty.

Dans ce morceau, le chanteur s’adresse directement à Samuel Paty. Il rappelle que des écoles portent aujourd’hui son nom, demande combien de temps on aura encore peur, et reproche à tous de l’avoir laissé « à la merci » de ceux qui ont voulu semer la terreur. L’histoire et la géographie qu’il enseignait n’auront pas suffi, dit-il, à le protéger des menteurs. Et la chanson se termine sur un pardon : celui des bouquets de fleurs, qui ne remplacent rien.

«On a abandonné Samuel Paty comme on a abandonné tous les gens de l’Éducation nationale», déplore Didier Barbelivien. Le chanteur lui rend hommage dans sa chanson «Professeur». #LaMatinale

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Les menteurs, ce sont d’abord ceux de l’automne 2020. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie au collège du Bois-d’Aulne, désormais renommé « Samuel-Paty », à Conflans-Sainte-Honorine, est décapité après avoir montré des caricatures de Mahomet dans un cours d’enseignement moral et civique (EMC) sur la liberté d’expression. Quelques jours plus tôt, une collégienne de treize ans avait menti sur ce qui s’était passé dans sa classe, accusant son professeur à tort, alors qu’elle n’était pas présente à ce cours. Son père, Brahim Chnina, et le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui avaient ensuite diffusé des vidéos qui, selon l’accusation, ont « catalysé la haine » et désigné le professeur comme une cible. L’assassin, Abdoullakh Anzorov, extérieur à l’établissement, l’avait traqué pour le tuer. Ce jeune terroriste tchétchène est mort lors de l’intervention de police.

Justice fut plus ou moins faite : la collégienne a été condamnée en 2023 pour dénonciation calomnieuse à dix-huit mois avec sursis. En appel, le 2 mars 2026, la cour d’assises spéciale de Paris a ramené la peine de Brahim Chnina de treize à dix ans d’emprisonnement et confirmé celle d’Abdelhakim Sefrioui, quinze ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste.

Abandon pour « tous les gens de l’Éducation nationale »

Mais Didier Barbelivien parle d’autre chose : de ce qui s’est passé avant, de l’isolement d’un homme face à la menace, et celui de toute la profession. C’est aussi le sujet du film L’Abandon, de Vincent Garenq, avec Antoine Reinartz dans le rôle de Samuel Paty, sorti en salles le 13 mai dernier et présenté hors compétition au festival de Cannes. Il retrace les onze derniers jours du professeur, entre harcèlement en ligne et menaces de mort. Son titre désigne la solitude d’un homme face à une institution qui n’a pas su, ou voulu, le protéger.

Mais l’abandon dont parle Barbelivien n’était pas celui d’un jour d’octobre 2020. Il dure depuis longtemps, dit-il, pour « tous les gens de l’Éducation nationale ».

Ecouter la chanson

Quitterie de Prémesnil

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