Le rationalisme, cancer de la raison

Un soixante-troisième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait d’Henri VI, comte de Paris, tiré de son texte Entre Français, de 1947.

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Bien que Descartes ait soigneusement fait la part de la croyance, donc de l’irrationnel, en tête du Discours de la méthode, on le considère comme le père du rationalisme. Malgré les distinguos subtils que la sagesse ou la prudence avaient inspirés à Descartes, Bossuet ne s’y était pas trompé qui écrivait : « Je vois un grand combat se préparer contre l’Eglise sous le nom de philosophie cartésienne.

Sous prétexte qu’il ne faut admettre que ce que l’on entend clairement, chacun se donnera la liberté de dire ‘j’entends ceci’ et ‘je n’entends pas cela’ et sur ce seul fondement on approuvera et on rejettera tout ce qu’on veut. Il introduit une liberté de juger qui fait que, sans égard pour la tradition, on avance témérairement tout ce que l’on pense ». Le danger est d’autant plus grand que les idées claires ne sont souvent que des idées faciles. Mais l’intelligence sur le plan de la pensée, et dans la mesure où elle déborde son rôle jusqu’à nier ce qu’elle ne peut appréhender, produit d’autres désastres que l’effritement de la croyance religieuse que déplorait Bossuet. Elle tend sur son propre terrain, celui de l’intellection, à se scléroser et à s’affaiblir.

La présomption de sa toute-puissance la conduit à plusieurs excès, entre autres l’absolutisme intellectuel ou dogmatisme, l’obsession de la pensée quantitative, l’étiolement de l’imagination et l’esprit de système.

L’absolutisme intellectuel est le produit direct et immédiat du rationalisme ; il sévit avec la même virulence à droit aussi bien qu’à gauche, aujourd’hui tout autant qu’hier, c’est une déviation qui tombe sous le sens et sous le bon sens. C’est le phénomène sur lequel les auteurs d’un système conceptuel, au moyen duquel ils ont expliqué les mécanismes naturels ou sociologiques, prétendent que leur explication a une valeur absolue et définitive, alors qu’il s’agit d’une interprétation valable parce que, dans le cadre des connaissances du moment, elle est compréhensible pour tous et plus commode pour expliquer les faits.

Ma prolifération des « ismes » au XIXe siècle entre dans cette catégorie : qu’il s’agisse du libéralisme, du positivisme, du matérialisme ou du scientisme, et j’en passe. Ces dogmes, et c’est en quoi ils sont une véritable dynamite sociale, ont pour eux l’autorité irréfutable de la chose comprise par l’intelligence.

Ainsi, enfermer la monarchie dans un système dogmatique, c’est la désincarner, la décharner, c’est en fausser le génie qui est amour. La monarchie ne peut exister et subsister que par un courant réciproque d’amour entre le peuple et le roi. Tout le reste est subsidiaire, car les structures politiques et constitutionnelles varieront selon les peuples et les âges, tandis que la monarchie, si le lien affectif entre le peuple et la famille royale subsiste, saura s’y adapter. La monarchie, parce qu’elle est un ordre de vie et non un système intellectuel, requiert pour subsister une vaste zone sentimentale autour de son squelette politique où s’uniront et communieront l’âme populaire et l’intelligence politique des dirigeants.

Le roi, s’il est réclamé exclusivement pour satisfaire au besoin d’ordre ou d’autorité, comme ordre et autorité apparaissent avec quelque raison aux déshérités comme dirigés contre eux, puisqu’ils tendent à stabiliser l’équilibre social, donc à légitimer les injustices, le peuple rejettera cette construction. Si le roi n’est pas là autant et plus pour faire respecter la justice que pour assurer l’ordre, il ne peut être arbitre, il doit donc s’appuyer sur la force ; ce n’est plus un monarque, c’est un tyran. Il n’y a pas d’autorité légitime sans contrepartie d’amour et pas d’amour sans justice. En prenant la politique par ce biais du cœur et non par le seul bout de la raison, on est amené à se pencher d’abord sur les injustices et sur les souffrances ; c’est alors que les déshérités pourraient éprouver quelque sympathie pour un régime qui, avant de leur parler d’ordre social, se préoccuperait d’abord de justice sociale.

Les foules ne suivent pas aisément les méandres des dialectiques tandis qu’elles s’enflamment lorsqu’il est fait appel à leurs sentiments. Prévenue par des années de propagande tendancieuse qui travestissait la monarchie en la présentant sous son aspect absolutiste, comment aurait-elle pu lui réserver un préjugé favorable ?

Il est inutile de démontrer aux foules que la monarchie est abstraitement le système le meilleur. D’abord parce qu’il y a dix façons pour une de concevoir et d’aménager la monarchie. Il suffirait de dire que le régime qui fait aimer une famille par un peuple, aimer avec la constance et la solidité d’un amour familial, est le meilleur régime. La condition préalable d’amour circonscrit les caractéristiques politiques de ce régime. Il faut que la famille en question et le statut politique qu’elle supporte méritent cet amour. La monarchie doit donc être d’abord juste et tutrice et protectrice de tous et non d’un clan. Avec cela tout est dit !

https://www.actionfrancaise.net/2026/11/07/le-rationalisme-cancer-de-la-raison/

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