
Iliana Yotova, ancienne journaliste bulgare, occupe désormais le poste de présidente de la République de Bulgarie. Elle est entrée dans l’histoire en devenant la première femme à accéder à la tête de l’État bulgare.
Initialement vice-présidente aux côtés de Roumen Radev depuis 2017, elle prend les rênes de la présidence par intérim le 23 janvier 2026 après la démission de ce dernier. À la suite des élections législatives d’avril 2026, elle remet le mandat de formation du gouvernement à Radev, devenu Premier ministre.
Candidate à sa propre succession lors de l’élection présidentielle de l’automne 2026, Iliana Yotova a officiellement remporté le second tour le 1er novembre 2026. Soutenue par le parti Bulgarie progressiste et le Parti socialiste bulgare (BSP), elle a largement devancé son rival libéral et pro-occidental Andreï Gyurov en récoltant 57,6 % des suffrages, lors d’un scrutin toutefois marqué par une participation historiquement basse (28 %).
Avant sa carrière politique, elle a été une figure marquante de la Télévision nationale bulgare (BNT) dans les années 1990. Elle a ensuite siégé comme député européen de 2007 à 2017, s’impliquant fortement sur les dossiers de la crise migratoire, de la sécurité et de l’intégration de la Bulgarie à l’espace Schengen.

Sur l’immigration
Iliana Yotova a développé une expertise solide sur les questions migratoires, notamment lors de son mandat de député européen au sein de la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE). Ses positions mêlent fermeté sur la protection des frontières, critique des instances européennes et plaidoyer pour une politique d’intégration mieux structurée. Elle affirme que la Bulgarie remplit pleinement son rôle de gardienne de l’Union européenne et que la frontière bulgaro-turque est l’une des mieux surveillées et sécurisées d’Europe.
Sur le plan intérieur, elle estime que la Bulgarie manque d’une politique nationale unifiée et coordonnée pour les question liées à l’immigration. Tout en insistant sur le fait que l’accueil doit se faire dans la dignité car il s’agit d’êtres humains, elle rappelle qu’une intégration réussie passe par une responsabilité partagée et que les réfugiés accueillis ont en contrepartie le devoir strict de respecter les lois et les normes sociales du pays hôte.
Sur l’Union européenne
Iliana Yotova défend une vision pragmatique et souverainiste de l’Union européenne. Tout en soutenant fermement l’appartenance de la Bulgarie à l’UE, elle s’oppose à une intégration aveugle et insiste pour que son pays conserve une forte indépendance décisionnelle. Elle rejette vigoureusement l’idée d’une Europe hiérarchisée, qu’elle juge contraire aux fondements de l’Union. Selon elle, les mécanismes de prise de décision rapide basés sur cette différenciation risquent de créer des « blocs régionaux » et de nouvelles « frontières invisibles ». Elle martèle que l’UE n’a pas été conçue pour diviser ses membres en catégories de première et de deuxième classe. Elle rappelle régulièrement que la Bulgarie remplit l’ensemble des critères techniques requis et que les blocages (notamment sur l’adhésion complète à Schengen) relèvent de calculs purement politiques de la part de certains États membres.
Sur l’Ukraine et la Russie
Les positions d’Iliana Yotova sur la guerre en Ukraine et ses relations avec la Russie constituent le cœur de sa particularité en matière de politique étrangère et se caractérisent par une ligne ouvertement pro-russe et opposée à l’aide militaire à l’Ukraine. S’affichant comme une « présidente de la paix », elle adopte une position en net décalage avec la majorité des dirigeants de l’Union européenne et de l’OTAN.
Opposition stricte à l’aide militaire à l’Ukraine
Iliana Yotova s’oppose frontalement au soutien matériel à l’Ukraine. Lors des débats présidentiels à l’automne 2026, elle a affirmé que
« Déverser davantage d’argent en Ukraine, fournir de nouvelles armes, plus sophistiquées, ne conduit qu’à davantage de destructions et à la mort de nombreuses personnes des deux côtés. »
Sous son influence et celle de son allié, le Premier ministre Roumen Radev, la Bulgarie a pris des mesures concrètes en stoppant les livraisons d’armes à l’Ukraine issues des stocks de son armée et en se retirant de la « coalition des volontaires » internationale.
Plaidoyer pour le dialogue et la diplomatie avec Poutine
Pour la présidente bulgare, la résolution du conflit ne peut pas être militaire. Elle soutient que la paix ne peut survenir que par des négociations directes impliquant la Russie. Les observateurs politiques internationaux s’attendent à ce qu’elle utilise son mandat pour pousser à une amélioration globale des relations bilatérales avec Moscou et pour soutenir la levée progressive des sanctions économiques de l’UE contre la Russie.
Proposition de moratoire en mer Noire
Face à la recrudescence des attaques de drones contre des navires de commerce à proximité des côtes bulgares, elle a proposé l’organisation d’une rencontre entre les six pays riverains de la mer Noire afin de sceller un moratoire sur les hostilités militaires maritimes.
Droit de veto ou autonomie stratégique
Bien que qualifiée de « pro-russe » par ses opposants libéraux et atlantistes, Iliana Yotova affirme vouloir maintenir la Bulgarie au sein de l’UE et de l’OTAN. Elle conçoit toutefois cette appartenance comme un espace où la Bulgarie doit pouvoir exercer un droit de veto ou une autonomie stratégique, notamment pour bloquer les mesures européennes qu’elle juge défavorables ou trop belliqueuses envers la Russie.
Pierre-Alain Depauw
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