Autant en emporte l’OTAN

JPEG

Autrefois, il y a deux ans, avant que les fronts ne se figent, j’avais entamé un essai nommé exactement comme cet article. La thèse était que la guerre sur le territoire ukrainien avait démontré l’échec militaire de l’OTAN. Depuis, deux ans ont passé et certains s’imaginent que cette durée diminue l’ampleur du désaveu de l’organisation comme appareil militaire.

À l’époque, le principal reproche était la campagne d’origine, où la doctrine OTAN n’a pas livré la supériorité tactique attendue. Entre 2014 et 2022, l’OTAN a formé presque dix mille militaires ukrainiens par an1. Au total, si les mathématiques restent une valeur sûre : 80 000 soldats. De quoi assurer à l’armée ukrainienne, forte d’un quart de million d’hommes2, une mise à niveau aux standards de l’Alliance. S’y joignent les forces territoriales et d’autres corps pour un peu plus de quatre cent mille hommes cumulés.

En face, l’ordre de bataille russe intègre environ 60 000 soldats des républiques, motivés, mais équipés d’un matériel de fortune (l’armée russe les rééquipera et les réorganisera au cours de l’année 2023), et environ 160 000 soldats russes. Ce corps de bataille compte donc un peu plus de deux cent mille hommes. Aux deuxième et troisième trimestres 2022, son augmentation viendra de la mobilisation dans les deux républiques pour le porter à environ trois cent mille personnels.

Malgré son infériorité numérique, il va pourtant enfoncer l’armée de Kiev dans les premiers jours de combats et lui arracher le sud des oblasts de Kherson et de Zaporijia, ce qui établit la continuité territoriale entre les républiques et la Crimée et rétablit l’approvisionnement en eau de la région, coupé par le gouvernement de Kiev durant les années antérieures3.

Les soutiens du gouvernement de Kiev et de ses supports occidentaux feront grand cas des retraits russes, de l’échec de la prise de l’aéroport d’Hostomel et, par la suite, de Kiev, proclamée l’objectif des Russes par des gens dont on se demande encore où ils ont pris connaissance des ordres rédigés par l’état-major général de Moscou. Sans doute la boule de cristal !

Certes, par rapport à la situation de 2014, où les troupes envoyées dans l’Est par Kiev étaient passées avec armes et bagages du côté des républiques, le maintien de la cohésion politique de la population sous les ordres de Kiev constitue un indéniable succès politique pour l’OTAN.

Le mot clé est politique, et les hurlements de victoire de ceux qui ont fait du soutien au narratif de la gentille Ukraine le cœur de leur idéologie sonnent bien trop hypocrites. Dans la réalité, entre le 24 février et juin 2022, l’armée russe a assuré deux objectifs stratégiques cruciaux. S’y ajoute d’avoir éloigné les concentrations ukrainiennes de Donetsk, ce qui a évité le triomphe du bien et de la démocratie qu’aurait été l’entrée des bataillons de représailles dans une ville qu’ils considèrent comme rebelle.

Comment expliquer que, malgré la supériorité numérique, malgré la doctrine de l’OTAN supposée former des super soldats, les forces de Kiev échouent à imposer leur rythme aux Russes ? Nos médias se rattrapent en mettant en exergue telle ou telle bêtise impardonnable d’une unité russe ou d’une autre, mais la guerre est une cruelle affaire de statistiques et celles-ci sont impitoyables : l’armée russe avance et impose son rythme.

Seule une courte période d’extrême supériorité numérique fait exception, quand les trois cent mille soldats russes luttent contre les sept cent mille soldats rassemblés par Zelenski4. Si les reculs russes de la fin de l’année 2022 sont importants, ils restent supportables. En revanche, ils cesseront au moment où le président russe mobilisera trois cent mille soldats supplémentaires.

D’où cette question : comment 80 000 soldats formés à l’excellence OTANIENNE ont-ils pu avoir un si faible palmarès contre un soldat russe réputé mal commandé, mal formé et peu motivé ? Imaginez s’ils affrontaient de véritables adversaires.

La vérité est que ces gens qui, depuis des années, passent leur temps à mettre en valeur le plus minuscule succès des troupes de Kiev pendant qu’ils dénigrent les Russes nous ont MENTI !

Tous ces généraux de plateau qui, pendant des décennies, ont touché leur solde en vous promettant de former des super soldats irrésistibles n’ont pas tenu leur promesse. Leur escroquerie devrait les conduire devant les tribunaux pour emploi fictif !

Plus exactement, car nous parlons de défense, dans un pays avec une justice, tous ces gens venus bramer sur les plateaux depuis le 24 février 2022 seraient devant les cours militaires, qui leur appliqueraient la pleine rigueur des codes. L’Occident étant devenu un repaire de corrompus, ce rappel demeurera un vœu pieux !

En attendant, pour le cas où un procureur se déciderait au nécessaire travail, il convient de nourrir le dossier d’accusation. Ce que nous avons constaté est la faiblesse de l’infanterie et des troupes de mêlée, dont les échecs à Robotyne et à Bakhmut nous disent tout ce qu’il y a à savoir de la valeur militaire des troupes de l’OTAN : suffisante pour ne pas se faire détruire par des djihadistes en sandalettes et leurs chèvres, mais en aucun cas adaptée à une guerre entre égaux contre une armée un minimum compétente.

Le public désireux de s’informer en fut d’ailleurs convaincu lorsque les Occidentaux venus aider les Kiéviens s’enfuirent la queue entre les jambes. Eh oui, ces hommes qui avaient vu la guerre, tiré sur des guérillas (ou peut-être pas) à Bagdad comme à Kaboul, se sont soudain retrouvés sous l’artillerie russe. Étonnant comme le super soldat s’est dégonflé !

Mais bon, si ce détail démontre que, peu importe son armée d’origine, le soldat occidental ne se distingue que par l’orgueil, nous n’apprenons rien. Revenons aux choses sérieuses : gagner la guerre.

Les médias nous ont donné la recette. Pardon, pas la recette, mais les recettes ! Des chars, des avions, des missiles à longue portée et de l’artillerie. Tout a été donné et, vu les miracles promis, les Russes devraient se battre dans les faubourgs de Vladivostok. Seul problème, selon les propagandistes prorusses de LCI et de l’ISW, l’armée de Poutine se trouverait dans les faubourgs de Slaviansk. Je vous accorde que c’est sur la route, mais quelques milliers de kilomètres d’écart incitent à des conclusions légèrement différentes !

Toutes ces armes n’ont pas gagné la guerre. Bien au contraire, la seule promesse tenue fut celle de Piotr Tolstoï, vice-président de la Douma, qui avait promis de brûler les chars5. Salauds de Russes qui ignorent encore que les politiciens ne DOIVENT en aucun cas tenir leurs promesses ! Le faire serait respecter le peuple auquel elles sont adressées.

Moralité, les invincibles chars occidentaux finirent en magnifique feu de joie lorsqu’ils ne furent pas reconduits à l’arrière pour des problèmes logistiques. Est-il même utile de mentionner ce peu glorieux épisode, qui démontrait surtout que les concepteurs de l’OTAN avaient fait d’un matériel adapté à un terrain une vérité universelle ? Les têtes de 152 mm des Kornet ont apporté le nécessaire démenti à ce trop grand enthousiasme. Personne ne paiera cette erreur de conception ?

Il existe en revanche une doctrine qui mérite que l’on s’y arrête, car elle n’a pas été démentie par l’action des Russes, mais par un choix direct des Ukrainiens !

Avez-vous noté ? Au moment de fournir des Scalp et autres armes à longue portée aux dirigeants de Kiev, tout ce que les plateaux comptent de généraux s’est précipité pour nous rappeler que la doctrine de l’OTAN prévoit explicitement de frapper les chaînes logistiques pour éviter de combattre les troupes sur le champ de bataille.

Les armes à longue portée furent fournies. Malgré de grands beuglements de victoire d’experts de plateau plus doués pour les adjectifs épithètes que pour l’analyse factuelle et de sang-froid, on peine encore à distinguer l’effet opérationnel. À tout le moins, si les Russes n’avançaient pas vite, ils continuaient à moudre l’armée de Kiev et à grignoter du terrain. On pourrait admettre que le manque de munitions ait conduit à un effet trop faible pour être remarqué.

Cependant, au cours de l’année 2026, l’armée de Kiev accède à cette capacité. Assez pour attaquer la Russie avec des centaines de vecteurs. Les moyens sont là ; pourtant, la décision n’est pas de frapper les dépôts de munitions, de carburant et de pièces détachées, mais de s’en prendre au territoire russe.

Le choix est fait de chercher une victoire politique en multipliant les frappes sur l’immensité du territoire russe, pour faire sentir la guerre aux populations.

En dehors de l’aspect raciste et du crime de guerre que constitue cette politique, bien évidemment souhaitée par les dirigeants occidentaux qui devront un jour en répondre devant les juridictions internationales6, la question clé est militaire. Lancés contre la logistique russe, ces moyens n’auraient-ils pas pu démanteler la structure opérationnelle des forces en première ligne ? Peut-on encore plaider le manque de moyens lorsque des centaines de drones et de missiles frappent le territoire russe ?

En réalité, la campagne des quarante jours7 proclame qu’une victoire militaire par destruction de la logistique russe est impossible.

Autrement dit, que la doctrine OTAN ne vaut même pas le papier sur lequel elle est écrite. Dommage pour une organisation qui emploie plus de 9 000 civils et coûte à la France environ 535 millions d’euros par an, sur un budget commun de 5,3 milliards en 20268. On peut déplorer que ce brillant travail en commun nous ai conduit à dilapider des dizaines de milliards dans nos forces aériennes pour réaliser EXACTEMENT cette mission d’attaque logistique. D’ailleurs, si vous regardez les réarmements occidentaux, vous y trouverez une seconde confirmation : ces plans achètent des chars, des canons9, ils reposent sur une idée de remontée vers des armées de masse destinées à gagner le combat sur le champ de bataille.

Si transit gloria logistique !

Je sais, je suis nul en latin ! Aussi mauvais dans cette matière qu’un général de l’OTAN en doctrine militaire, mais il existe une minuscule nuance : moi, je ne vis pas de l’argent du contribuable et je ne finirai pas dans un conseil d’administration ! Inutile donc de me citer en justice pour mon mauvais latin10 !

Surtout, mes faiblesses en latin n’ont pas de conséquences alors que nous avons dépensé des dizaines de milliards pour rien, et ceux qui ont prescrit la dépense vont aujourd’hui sur les plateaux pour, à longueur de mensonges, nous empêcher de le réaliser et de leur demander des comptes ! Rappelez-vous ce que ces individus valent la prochaine fois que vous les entendrez pérorer devant des journalistes incapables de les confronter !

Autant en emporte l’OTAN !

1Le Canada déclare plus de 30 000 militaires ukrainiens formés depuis 2015 par l’opération Unifier (Défense nationale du Canada, février 2022, https://www.canada.ca/fr/ministere-defense-nationale/organisation/rapports-publications/divulgation-proactive/nddn-mandat-priorites-fev-9-2022/securite-internationale.html). Boris Johnson revendique 22 000 militaires formés par l’opération britannique Orbital (février 2022, https://www.globalsecurity.org/wmd/library/news/ukraine/2022/ukraine-220210-sputnik01.htm). Le général américain Joseph Hilbert annonce jusqu’à 23 000 militaires formés par les États-Unis depuis 2015 (CGTN, 5 mai 2022, https://news.cgtn.com/news/2022-05-05/U-S-accelerates-training-of-Ukrainian-forces-19NjRzmNy5a/index.html).

2Le décret de Volodymyr Zelenski du 1er février 2022 ajoute 100 000 hommes en trois ans à une armée de 250 000 hommes (The Defense Post, 1er février 2022, https://thedefensepost.com/2022/02/01/ukraine-bolster-military/).

3Au mépris du droit international, mais qui se préoccupe dans les médias occidentaux que l’on prive les Russes d’eau pour les punir ? C’est pour le bien, la démocratie et l’expansion de l’OTAN, après tout.

Le gouvernement de Kiev bloque le canal de Crimée du Nord en 2014. L’armée russe en prend le contrôle le 24 février 2022 (Al Arabiya, 25 février 2022, https://english.alarabiya.net/News/world/2022/02/25/Russia-captures-key-water-supply-route-to-annexed-Crimea).

4Volodymyr Zelenski, entretien avec la presse ukrainienne, 21 mai 2022 : « 700 000 people who are fighting » (Ukrainska Pravda, https://www.pravda.com.ua/eng/news/2022/05/21/7347610/).

5Piotr Tolstoï sur BFMTV, en janvier 2023, à propos des chars allemands : « nous allons les brûler » (360.ru, 26 janvier 2023, https://360.ru/news/mir/nemetskie-tanki-uzhe-byli-sozhzheny-na-ukraine-deputat-tolstoj-prepodal-frantsuzam-urok-istorii/).

6Si les chefs de Kiev sont légitimes à frapper la Russie, nos dirigeants dissimulés derrière une cobelligérance déniée ne le sont pas !

7Annonce de l’opération (Euronews, 26 juin 2026, https://fr.euronews.com/2026/06/26/ukraine-lance-une-operation-de-40-jours-pour-obliger-la-russie-a-mettre-fin-a-la-guerre). Bilan des cibles revendiquées par le SBU (Kyiv Post, https://www.kyivpost.com/post/80174).

8Plus de 9 000 civils travaillent pour l’OTAN dans ses agences et ses commandements (OTAN, page « International Staff », https://www.nato.int/cps/en/natohq/topics_58110.htm). Le financement commun atteint jusqu’à 5,3 milliards d’euros en 2026, et la France en assume 10,1 % pour 2026 et 2027 (OTAN, page « Funding NATO », mise à jour le 8 avril 2026, https://www.nato.int/en/what-we-do/introduction-to-nato/funding-nato).

9En juillet 2022, la Pologne signe un accord-cadre pour 1 000 chars K2 et 672 obusiers K9 (Militarnyi, 27 juillet 2022, https://militarnyi.com/en/news/poland-purchases-1-000-k2-tanks-672-k9-howitzers/). En décembre 2025, la Bundeswehr a commandé 123 Leopard 2A8, et Boris Pistorius annonce une demande pour 75 de plus (DPA, repris par StratPost, 1er décembre 2025, https://stratpost.com/knds-lists-350-orders-for-latest-leopard-2-tank/).

10Ultime espoir, vous pouvez porter mon cas devant les associations de profs de lettres classiques, mais ils ont, hélas, l’habitude des cancres comme moi.

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/autant-en-emporte-l-otan-273312

Votre commentaire