Après CNews, LFI élargit sa croisade médiatique

Photomontage BV

« Il ne faut pas faire de CNews l’arbre qui cache la forêt. » La formule de Sarah Legrain, députée La France insoumise, a le mérite de la clarté. Elle explique que la question du racisme supposément banalisé sur CNews doit également être posée pour d’autres chaînes, et de citer spontanément Sonia Mabrouk sur BFM TV, ainsi que les anciens journalistes de CNews désormais présents sur le service public. Le problème, pour les Insoumis, ne s’arrêterait donc pas aux portes de la chaîne de Vincent Bolloré, il suivrait même certains journalistes jusque dans leurs nouvelles rédactions.

Cette déclaration intervient alors que LFI multiplie les initiatives contre CNews avec le député Thomas Portes promettant qu’en cas d’arrivée au pouvoir de LFI, la fermeture de la chaîne serait menée « de manière extrêmement rapide ». Une perspective assumée présentée comme une priorité politique. La critique d’un média a laissé place à la promesse de sa disparition.

De CNews à BFM TV, la chasse aux voix dissidentes s’élargit

BFM TV a déjà fait les frais de cette stratégie. En septembre, LFI a organisé le boycott de la chaîne, dénonçant sa prétendue dérive éditoriale vers l’extrême droite. Le mouvement est ensuite revenu sur certains plateaux tout en maintenant à l’écart plusieurs émissions, dont celle de Sonia Mabrouk. La journaliste se retrouve ainsi nommément désignée par une députée insoumise et écartée des rendez-vous auxquels les représentants du mouvement acceptent de participer. La contestation a même gagné l’Assemblée nationale avec les députés de gauche Benjamin Lucas et Léa Balage El Mariky demandant à Yaël Braun-Pivet le retrait des accréditations des médias du groupe Bolloré au palais Bourbon. Quelques jours auparavant, le même Benjamin Lucas avait déjà assumé l’exclusion d’une journaliste de CNews d’une conférence de presse organisée dans l’enceinte parlementaire. La liberté de la presse se retrouve ainsi confrontée à une conception pour le moins sélective du pluralisme.

LFI veut aussi remodeler le paysage médiatique

Jean-Luc Mélenchon donne à cette offensive une dimension encore plus vaste. Il défend une loi de déconcentration des médias et prévient qu’il ne faudra pas « s’arrêter qu’à Bolloré ». Son projet vise ainsi à revoir les règles de propriété et de financement de l’ensemble du secteur. La concentration des médias peut être un sujet politique légitime, mais lorsque cette ambition s’accompagne de promesses de fermeture et de mises en cause nominatives de journalistes, le projet prend une autre dimension. Derrière la réforme annoncée, c’est bien la question du pouvoir sur l’information qui se pose.

Sarah Legrain invoque la lutte contre la « banalisation du racisme » alors que la loi définit les limites de la liberté d’expression et les tribunaux sanctionnent les infractions. Mais la députée LFI de Paris ne se contente pas de dénoncer des propos précis, elle étend son interrogation aux journalistes, aux émissions et aux chaînes qui les accueillent. Qui décide alors de ce qui est acceptable à l’antenne ? Qui établit la liste des personnalités dont la présence deviendrait problématique ? Certainement pas les responsables politiques, dont le rôle n’est pas de distribuer des certificats de respectabilité aux rédactions.

Ceux qui se réjouissent, aujourd’hui, des difficultés de CNews parce qu’ils n’en partagent pas les opinions feraient bien de méditer les mots du pasteur allemand Martin Niemöller : « Quand ils sont venus chercher les socialistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas socialiste. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif. Puis ils sont venus me chercher. Et il ne restait personne pour protester. » La liberté de la presse ne se défend pas seulement quand le média attaqué nous plaît, elle se défend surtout quand il nous déplaît. Demain, les silencieux d’aujourd’hui pourraient bien regretter de ne pas avoir élevé la voix.

Yann Montero

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