Cumul emploi-retraite : les Français pénalisés, les élus épargnés

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Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Ce mardi 3 novembre, deux décrets ont été publiés au Journal officiel en vue de la mise en œuvre de l’article 102 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 concernant le cumul emploi-retraite. Au 1er janvier 2027, les nouveaux retraités de moins de 67 ans qui poursuivent une activité ou reprennent un emploi verront leur pension réduite s’ils touchent, dans le cadre de ce travail, plus de 7 000 euros bruts par an. Sont exclus de cette réforme… (roulement de tambour)… les élus !

Le site gouvernemental dédié à cette nouvelle restriction indique : « Les indemnités et les revenus peuvent être librement cumulés avec le paiement d’une pension dès lors qu’ils proviennent d’un mandat d’élu public local ou national. »

Retraités étranglés

Concrètement, cela signifie qu’un ancien salarié du secteur privé qui reçoit une retraite de 2 000 euros par mois et qui est élu maire d’une commune avec une indemnité de fonction de 2 500 euros par mois peut toucher, sans la moindre restriction, 4 500 euros chaque mois.

En revanche, si ce même retraité, âgé de 65 ans et dont la pension prend effet à compter de 2027, retrouve un emploi rémunéré 2 500 euros bruts par mois, sa pension sera réduite. La réforme prévoit la déduction de 50 % des revenus professionnels dépassant 7 000 euros annuels. Il ne percevra alors plus que 3 542 euros par mois, soit 958 euros de moins que l’élu.

Les élus de la République, ceux qui demandent sans cesse aux Français de faire des efforts, n’en font pas eux-mêmes et bénéficient d’un régime dérogatoire. Ce n’est rien de le dire puisqu’en 2025, via la loi Gatel, ils ont aussi fait évoluer les règles concernant leurs pensions de manière à ce qu’un cumul soit possible. Le site de la caisse Ircantec est formel : « Depuis le 1er août 2026, vous pouvez percevoir une retraite d’élu tout en poursuivant ou reprenant des fonctions électives, quelle que soit la catégorie de mandat exercé. » Ainsi, un ancien maire réélu au même poste ou à un autre peut toucher sa retraite de maire et son indemnité de fonction.

Élus soignés

Vous ne rêvez pas, alors que la règle du cumul emploi-retraite va être durcie pour bon nombre de salariés et engendrer des pertes de revenus non négligeables à l’heure où le pouvoir d’achat des Français ne cesse de diminuer, les élus, eux, s’arrangent pour ne pas être soumis aux mêmes restrictions et, pire, bénéficient d’un assouplissement législatif leur permettant de cumuler davantage de revenus qu’auparavant. Ils rédigent des textes qui visent à faire 400 millions d’euros d’économies en 2027 et 1,9 milliard d’euros par an à l’horizon 2030, ce qui est, selon leurs dires, une impérieuse nécessité, mais refusent de s’appliquer leurs propres dogmes. Une indécence crasse vis-à-vis des petites gens qui peinent chaque mois à remplir leur réservoir et leur réfrigérateur.

En fin de journée, ce mercredi, le sénateur Renaissance des Hauts-de-Seine Xavier Iacovelli a fait savoir que le groupe RDPI (Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants), dont il est président, s’opposait à ce décret et demandait « solennellement au gouvernement de le retirer ». Il a indiqué au micro de Public Sénat qu’une telle réforme serait une « désincitation manifeste au travail » et « un coup porté au pouvoir d’achat de nos seniors encore en activité ». Le « travailler plus pour gagner moins » voulu par le gouvernement n’est pas du goût de ceux qui, en principe, le soutiennent.

Sarah-Louise Guille

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