
Édouard Philippe ouvre les yeux, observe le monde tel qu’il est et c’est tout un système qui lui tombe dessus. Invité du journal de 20 heures de TF1, dimanche 1er novembre, l’ancien Premier ministre a déclaré : « Dans les images que nous avons vues des pillages, il y avait de fait un certain nombre et un nombre important de jeunes Français, sans doute, que je considère comme des Français, issus de l’immigration. Ce qui traduit un sujet qu’on doit regarder les yeux dans les yeux. »
Il n’en fallait pas plus pour provoquer une invraisemblable levée de boucliers. Sur France Info, son timide constat a été présenté comme une « lecture politique » qui ne reposerait sur aucune « donnée ». Jean-Luc Mélenchon a ensuite dénoncé un « discours dégoûtant », accusant TF1 d’avoir laissé l’ancien Premier ministre développer ses propos sans contradiction. Et voici, maintenant, Jean-Michel Aphatie qui franchit un nouveau cap : pour lui, parler des origines des pillards relèverait tout simplement du racisme. Selon le chroniqueur de Quotidien, l’expression « Français issus de l’immigration » reviendrait à établir une distinction entre les citoyens, certains étant implicitement considérés comme moins français que les autres. Il a également reproché à Édouard Philippe de ne pas nommer explicitement les origines qu’il estime visées par ce discours : « On parle de l’immigration maghrébine ou africaine, mais on ne le dit jamais. » Avant de conclure, excédé : « C’est du racisme ! Ces formulations-là, les retrouver dans la bouche d’Édouard Philippe, c’est désespérant ! »
Également présent sur le plateau de LCI, le médecin Laurent Alexandre lui a calmement répondu. « Je crois que le vrai problème face auquel nous sommes aujourd’hui, c’est que l’opinion française ne pense pas comme Jean-Michel Apathie. » Une réplique qui fait mouche, mais qui reste insuffisante. Car le problème dépasse largement l’impopularité des opinions du journaliste. On pourrait lui rappeler une évidence : les origines sont une réalité. En parler n’a rien de raciste. Il suffit d’ailleurs de tendre un micro à cette fameuse « Nouvelle France » pour entendre nombre de ses représentants revendiquer haut et fort leurs origines étrangères, voire les opposer à leur nationalité administrative. Pourquoi ce qui peut être proclamé fièrement par les uns deviendrait-il interdit d’être mentionné par les autres ?
Des circonlocutions imposées par la gauche
Par ailleurs, si les discours s’alourdissent de périphrases et de pudeurs sémantiques, ce n’est pas par hasard. Les lois de gauche qui encadrent le débat sur l’immigration ont installé une véritable autocensure. Jean-Michel Aphatie le sait parfaitement. En septembre dernier, lorsque Christine Kelly s’était félicitée du bon déroulement des festivités organisées autour de la venue du pape en France — « Pas de bagarres. Pas de voitures brûlées. Pas de policiers blessés. Pas de débordements. Un événement festif qui rassemble, qui unit » —, le journaliste avait feint de ne pas comprendre son message.
Voilà pourquoi ces périphrases sont devenues incontournables : pour éviter d’être traîné devant les tribunaux. Éric Zemmour a bravé l’interdit et en paie chaque jour le prix. Jean-Michel Aphatie et les siens n’hésitent pas, d’ailleurs, à se saisir de ces condamnations très idéologiques pour demander l’exclusion du patron de Reconquête du débat public.
Un combat d’arrière-garde
Mélenchon et Aphatie tombent sur Édouard Philippe et le reste de la droite qui tient un discours de lucidité, mais pourquoi n’intentent-ils pas ce procès en « racisme » aux médias de gauche qui ont, eux aussi, pointé les origines étrangères des pillards ? Eh oui, CNews n’a pas le monopole de la vérité, il arrive à certains confrères de sortir momentanément de leur déni. Le 20 octobre, Libération publiait une tribune d’Édouard Louis, écrivain très engagé à gauche. Un passage mérite d’être relevé : « Comment ne pas voir que ce week-end, ceux qui cassaient et pillaient avaient tous un air de familiarité ?, écrivait-il. Comment ne pas voir qu’ils étaient, en grande partie, des hommes racisés, noirs et arabes. »
Le lendemain, France Inter donnait la parole à des jeunes de région parisienne ayant participé aux pillages. « On va pas bouger, on est nés en France », expliquait l’un d’eux. Et la voix off du reportage de préciser, sans détour, que ces pillards étaient « issus de l’immigration ». Voilà donc un constat que l’on peut établir à gauche sans être immédiatement accusé de racisme. Étrange indulgence !
En réalité, Jean-Michel Aphatie et ceux qui partagent son indignation livrent un combat d’arrière-garde. Les origines étrangères et leur impact sur la société sont des sujets qui ne vont cesser de prendre de la place dans le débat public. Il est vain de tenter de maintenir sous cloche une réalité dont les Français ont depuis longtemps fait sauter le verrou.
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