
par François Marcilhac
L’inquiétude gagne les Français devant la désagrégation du pays, d’autant que le Gouvernement a semblé, dans un premier temps, laisser faire, pensant peut-être susciter, dans un réflexe légitimiste de la part du pays réel, une réaction de rejet de tous ceux qui s’opposent au pouvoir en place. Ce faisant, il a laissé la situation s’envenimer tout en perdant toute crédibilité.
Gouvernement et racaille : une complicité objective
Car les Français ont vite compris ce jeu dangereux. Les mieux disposés, prenant pour argent comptant le piteux récit officiel des premiers jours, ont pensé à une mauvaise appréciation des risques — mais un tel décalage entre les prévisions et la réalité des faits, de la part de ceux qui sont censés évaluer les menaces pour assurer le maintien de l’ordre, confine alors à de l’incompétence majeure. Les plus critiques, les plus lucides surtout ont, eux, compris que le pouvoir avait laissé leshonnêtes gens seuls avec la racaille pour réitérer le coup des Gilets jaunes : pourrir un mouvement de protestation qui a sa légitimité en le laissant aux mains des antifas et de bandes venues des quartiers afin d’en désolidariser la population etd’apparaître comme le parti de l’ordre. Mais nous ne sommes plus à l’hiver 2018-2019. Macron et sa clique ont durant deux quinquennats trop montré leur mépris des Français pour que nos compatriotes leur accordent encore quelque crédit que ce soit. Lecornu, macronien de la première heure, a été aveuglé par une fidélité sans honneur, car elle a eu pour effet d’aggraver la situation déjà critique du pays, en laissant son ministre de l’Intérieur laisser lui-même le pays aux mains desincendiaires, casseurs et pilleurs. Oui, le pouvoir en place — doit-on dire encore « le gouvernement » tant celui-ci a perdu toute légitimité — s’est trompé d’époque ou plutôt de quinquennat. Nous ne sommes plus au début du premier, où il était encore possible pour certains de penser à un avenir de la macronie, nous sommes à la fin du second : les Français ont définitivement jugé ceux qui s’accrochent à leurs prébendes et à l’exercice de leur autorité, alors que celle-ci a failli et ne tient plus que grâce à la force d’inertie d’un pays réel qui attend avril 2027 avec une impatience contenue. Malheureusement, nous pouvons d’ores et déjà prévoir qu’ilsera déçu aux lendemains d’élections qui ne changeront pas les données fondamentales du problème : celui d’un pays livré à la loi des partis et des oligarchies que résume le mot de république.
De l’arc républicain à la révolution ?
Telle est la vraie nature de l’arc républicain : la montée en puissance de LFI dans les quartiers gangrénés par le narco-trafic et l’islamisme permet de donner un cadre, du moins apparent, à la cohésion du pays légal allant de l’extrême-centre à l’extrême-gauche. Lors de la présidentielle, les Philippe, Attal ou Glucksmann s’apprêtent déjà, quoi qu’ils en disent, à voter Mélenchon, en cas de second tour RN-LFI, ou à demander son aide pour l’emporter sur l’hydre fasciste si l’un d’entre eux passe devant le candidat d’extrême-gauche. Mais Mélenchon sait mieux qu’eux comment finissent les Kerenski : balayés par Lénine et sa clique. En revanche, il ignore, ou feint d’ignorer comment finissent ceux qui, comme lui, ouvrent les vannes des bas-fonds, dans l’espoir de laisser faire le premier travail à un lumpenprolétariat encouragé à cultiver son apartheid social au prétexte d’un racisme systémique, avant d’apparaître, à son tour, comme le parti de l’ordre, une fois la mission de désagrégation des institutions achevée, au nom de la discipline révolutionnaire. Peut-être Mélenchon croit-il à sa bonne étoile, comme les naïfs qui, en Iran, ont cru pouvoir laisser l’islamisme commencer la révolution. Les mollahs ont rapidement écarté puis réprimé les opposants laïques ou communistes qui les avaient aidés à chasser le Chah. Pense-t-il, une fois qu’il aura laissé les mains libres aux forces conjuguées du crime et de l’islamisme, l’un et l’autre organisés au sein des fameux « territoires perdus de la République », pouvoir reprendre la main ?
Un nouveau NSDAP ?
Le risque de guerre civile est évidemment avéré si, par malheur, triomphait cette convergence des haines que l’arc républicain n’aura fait qu’enclencher en désignant la droite nationale, à travers toutes ses composantes, comme le véritable danger, dont les destructions d’octobre dernier n’auraient été qu’un avant-goût. Si l’historien d’extrême-gauche Johann Chapoutot — pourtant né à Martigues, ce qui devrait obliger à plus de lucidité historique —, spécialiste du nazisme, n’a pas tort de dénoncer le rôle ambigu de l’extrême-centre allemand (le Zentrum) dans l’établissement du IIIeReich, il se complaît trop en revanche dans une sorte de complotisme et pense à tort que, l’histoire se répétant exactement, l’extrême-centre français, qui va de Retailleau à Glucksmann, préparerait l’arrivée de Le Pen au pouvoir. Or,l’arc républicain dément précisément la reproduction de la dynamique ayant mené à l’effondrement de la république de Weimar. Surtout, le tropisme gauchiste de Chapoutot le rend aveugle sur la réalité d’un Rassemblement national qui n’a évidemment rien à voir avec le NSDAP, à moins qu’il ne faille faire de la résurrection du RPR — plus exactement d’un RPR qui aurait peur de son ombre — une résurgence du national-socialisme. Le RN est un parti politique parfaitement républicain, dont on peut seulement craindre qu’il ne réalise pas les promesses les plus clivantes de son programme, qui sont aussi les plus attendues des Français, notamment en matière d’immigration, de droit de la nationalité, de « priorité nationale » — à notre sens, un simple pléonasme — ou de réindustrialisation, toutes promesses, et ce ne sont pas les seules, qui exigeraient un bras de fer avec l’Union européenne ou la CEDH. On trouve toujours des prétextes pour manquer de courage. Non, s’il existe aujourd’hui en France un parti qui, toutes choses étant égales par ailleurs, comme le NSDAP au début des années 1930 en Allemagne, menace les libertés fondamentales, souffle le chaud et le froid, organise quand il le veut le désordre dans la rue, en profitant de la veulerie intéressée de l’extrême-centre, intimide ses adversaires de manière violente, recourt à des sections d’assauts (SA pour Sturmabteilung) qui vont jusqu’à tuer (la Jeune Garde officiellement dissoute mais nullement mise hors d’état de nuire), et affirme un antisémitisme décomplexé, ce n’est certainement pas dans le camp de la droite dite nationale qu’on le trouve.
Les fossoyeurs
Les travailleurs allemands étaient réputés avoir « leur » parti. Il en est de même des travailleurs français dans le discours officiel de l’extrême-gauche. La naïveté et la sincérité de certains des militants de LFI, que le parti de Mélenchon recrute parmi les Français les plus abîmés ou les plus fragilisés, ne servent qu’à présenter une façade qui se veut encore sociale. Mais la peinture s’écaille. Il est de plus en plus évident que la « nouvelle France » qui nous est aujourd’hui promise est aussi éloignée du bien commun et de l’unité des citoyens que l’était jadis la « nouvelle Allemagne ». L’une et l’autre ont le même moteur : la haine de l’autre, quand, à nos yeux, la nation est une amitié.
En faisant croire aujourd’hui en France au péril fasciste, nos élites détournent le regard des Français du vrai danger, qui est d’extrême-gauche. On comprend pourquoi : en jouant sur la peur, l’extrême-centre espère l’emporter en 2027 sur les forces de désagrégation, alors qu’il est le principal fossoyeur du pays. Il pense, le moment venu, pouvoir jouer de LFI comme LFI croit qu’elle pourra jouer des « quartiers ». Le réveil sera de toute façon douloureux pour les Français, la république n’étant que la guerre civile institutionnalisée. Faute d’un arbitre actif, intéressé au seul bien commun, faute d’un Roi, l’avenir est sombre.
https://www.actionfrancaise.net/2026/11/02/la-convergence-des-haines/
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