
Il est plus de 22 heures, ce samedi 31 octobre, lorsque Martin propose à ses amis de leur faire visiter Rouen. La quinzaine de copains est réunie le temps d’un week-end pour fêter son anniversaire et celui d’un autre ami, qui a soufflé ses bougies la veille. Après un repas festif à la maison, la bande décide de sortir pour se rendre à la Foire Saint-Romain où Martin veut faire découvrir à ceux qui ne sont pas de la région les fameux beignets qui font la spécialité de la ville.
Dans le bus, on chante, on rit. Certains inconnus se joignent même à cette chorale improvisée, qui alterne chansons à boire, variété française et chants « catho ».
Le groupe, des jeunes hommes d’une vingtaine d’années, ne le sait pas encore, mais quelques heures plus tôt, à proximité d’un bar de la ville, une quinzaine de supporters de football ont été violemment agressés par des dizaines d’individus de type maghrébin, aux cris de « sales Blancs », comme le rapporte l’Observatoire de la violence.
« On était joyeux, on chantait, c’était très marrant, sympathique. » L’insouciance ne devait pas durer puisqu’alors qu’ils approchent de la foire, les amis sont soudainement invectivés avec une fulgurance qui place tout le monde dans un état de prostration.
« Je suis musulman, j’ai 16 ans et je te baise ta mère »
« Il y a des fachos ! » Ainsi pointée du doigts par un individu posté aux abords de la foire, une partie de la bande se retrouve encerclée en l’espace de trente secondes par ce qui paraît à Martin être une centaine d’individus de type maghrébin.
« C’étaient des gamins, ils avaient 16, 18 ans. Certains sortaient de la foire, d’autres zonaient, tous en jogging noir », s’étonne encore Martin qui se souvient de l’un d’eux crier à l’encontre d’un de ses amis, qui nous rapporte aussi les faits : « Je suis musulman, j’ai 16 ans et je te baise ta mère ».
Après les insultes, les crachats et les menaces – « sales gwers, sales blancs on va vous buter » –, les coups pleuvent sans que les victimes n’aient le temps de réagir, ni même de fuir. Le petit frère de Martin, 21 ans, se retrouve jeté à terre et roué de coups de pieds, sans qu’aucun de ses amis ne parvienne à lui venir en aide. Lorsque Martin tente de s’approcher pour sortir son frère de cette situation, les coups s’abattent à nouveau. Tête, tempes : « Ils savaient où frapper ». « Ce qui était saisissant, c’est qu’il y avait un aspect très instinctif chez eux. Ils se sont regroupés naturellement autour de nous. Ils se savaient en surnombre », poursuit-il.
Agressés parce que catholiques et Français
Pourquoi une telle violence ? Pour Martin, « c’était sûrement leur programme de la soirée, mais il y avait un côté très spontané » à cette scène qui dure environ cinq minutes. Assez de temps pour laisser les victimes abasourdies, encore sous le choc de l’agression subie.
« Ça ne m’était jamais arrivé », réagit Louis*, convaincu que leur identité catholique et française a été prise pour cible. À mesure qu’ils approchaient de l’entrée de la foire, les amis chantaient encore « Ressuscito, Alleluia ». « On ne s’est pas rendu compte qu’en fait, c’était chaud. »
Lorsqu’il entend les cris de « fachos », l’un des jeunes s’approche pour tenter de désamorcer la situation : « Non, non, on n’est pas fachos, on est catholiques ! » Pas de quoi convaincre les agresseurs qui crient « on vous déteste ». Un peu « naïf », peut-être, ou « bisounours », selon une mère de famille qui a également témoigné auprès de BV, il leur répond alors : « Mais nous, on vous aime. On ne vous a rien fait. »
« C’est la génération Léon XIV », s’indigne la mère de famille, dont le fils est heureusement sorti indemne de l’agression. « Celle qui était au Stade de France… »
Fractures, hématomes, saignements…
Quatre des jeunes hommes pris pour cible ont terminé leur soirée à l’hôpital. L’un d’eux souffre d’une fracture du plancher de l’orbite ; les autres présentent des hématomes et des saignements de nez. Un autre membre du groupe, qui n’a pas consulté à l’hôpital, boîte depuis l’agression. Quant à Martin, il ne s’est pas rendu aux urgences immédiatement, mais a finalement dû s’y faire examiner et y passer la nuit après avoir perdu connaissance en arrivant chez lui.
Plusieurs plaintes ont déjà été déposées, comme BV a pu le constater. Les autres membres du groupe se réservent la possibilité d’engager à leur tour des poursuites. L’agression aurait été filmée par les caméras de vidéosurveillance, pourtant, selon les témoignages recueillis, les perspectives judiciaires susciteraient déjà le scepticisme de certains policiers : « Ça arrive tout le temps ici, mais on ne peut quasiment rien faire. »
Contacté au sujet de cette affaire, le parquet n’avait pas encore réagi au moment de la publication.
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