
par Gérard Leclerc
Quand Léon XIV est venu en France en septembre dernier, plusieurs associations se sont insurgées contre les conditions d’accueil du Pape. Certaines ont même protesté contre une messe célébrée place de la Concorde, haut lieu parfois tragique de l’histoire de France. Ces associations se réclament de la laïcité dans l’acception la plus dure du terme. Car force est de constater qu’au-delà de la distinction du temporel et du spirituel, perce une hostilité certaine à l’endroit du christianisme et plus spécialement du catholicisme.
Voilà qui oblige à revenir sur les origines du concept de laïcité, en observant les évolutions perceptibles depuis la période de la Révolution française.
Il faut rappeler d’abord que ce terme est d’invention récente. Il n’apparaît que dans les années 1870. Avant qu’il ne s’impose, la France a connu bien des convulsions qui tiennent d’abord dans la volonté de combattre l’influence du catholicisme dans les institutions et dans les esprits. Et cela ne passe pas par l’adoption d’un régime libéral fondé sur la liberté de conscience.
De la Terreur à la IIIe République
On ne peut oublier qu’au moment de la Terreur, c’est à une entreprise d’éradication complète de l’Église que l’on assiste. Dans son ouvrage monumental sur la Révolution qui vient de paraître, Jean-Christian Petitfils rappelle le sort dévolu alors au clergé : « Arrêtés, brutalisés, parqués, serrés dans des charrettes brimbalantes ou se déplaçant parfois à pied sur des centaines de kilomètres, hués, humiliés, près de 2 500 prêtres ou religieux furent ainsi conduits dans les ports de Rochefort et de Nantes pour être transportés vers les bagnes de Guyane ou à Madagascar, qu’ils n’atteignirent jamais. Un épisode longtemps ignoré des manuels d’histoire. »
Le XIXe siècle reste marqué par cette vindicte en dépit du régime apaisant de Concordat imposé par Napoléon. L’offensive connaît un nouvel épisode avec la IIIe République et notamment la lutte contre les congrégations religieuses. On oublie aussi très souvent que ce furent au moins 50 000 religieux qui furent expulsés du territoire en cette période. Gambetta n’avait-il pas lancé le mot d’ordre : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! »
Se place alors le tournant de 1905, avec la loi de séparation des Églises et de l’État. Le mot de laïcité ne s’y trouve pas inscrit, mais apparaît un nouvel acteur important signalé par l’historien Émile Poulat : « La loi considère que la laïcité est une affaire de conscience et de société, appelée à la liberté. La conscience devient ainsi le troisième acteur, trop méconnu aux côtés de l’État et de l’Église. » La laïcité qui se dessine alors met-elle fin aux batailles passées ? Ce qui est sûr, c’est qu’un modus vivendi permet au moins un certain apaisement. Par la suite, le mot de laïcité prendra une valeur de talisman républicain, jusqu’à évoquer un climat de tolérance.
Le parti laïque toujours actif
Mais le vieux parti laïque n’a pas désarmé pour autant. Il est significatif que Vincent Peillon, ministre de l’Éducation nationale sous François Hollande, défende l’idée que République et laïcité connotent une dimension religieuse qui s’oppose radicalement au catholicisme. Dans la même ligne s’inscrivent tous ceux qui osent prétendre que l’école publique a pour mission de soustraire les enfants à l’influence des familles trop empreintes de convictions, notamment religieuses. C’est ce courant qui se signale en ce moment par son hostilité à la visite du Pape en France.
Non, contre la foi catholique, les partisans d’une laïcité agressive n’ont jamais désarmé.
https://www.actionfrancaise.net/2026/11/01/de-laicite-est-il-question/
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