Autour du détroit…

Nous vous proposons ici de lire un article de Bernard Lugan, historien africaniste de grande renommée ayant enseigné dans plusieurs universités et écoles, paru sur son blog hier (https://bernardlugan.blogspot.com/).

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par Bernard Lugan

Intervenant après la quasi fermeture du détroit d’Ormuz, la prise de contrôle de la rive arabe du détroit de Bab el-Mandebpar les Houtis alliés de l’Iran bouleverse la géopolitique des flux maritimes. Par le détroit de Bab el-Mandeb transitent, en effet, 10 à 15% du commerce mondial et près de 30% du trafic conteneurisé. Toute perturbation dans ce détroit affecte donc immédiatement les chaînes logistiques entre l’Asie, le Golfe, l’Europe et le reste du monde.

La mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb n’ont pas attendu la guerre américano-iranienne pour être au cœur de la géopolitique mondiale. Depuis le XVIe siècle, cette artère économique majeure est au centre des convoitises des grandes et des moyennes puissances. Longtemps cul-de-sac, la mer Rouge est devenue un des axes maritimes mondiaux les plus fréquentés après 1869, date de l’inauguration du Canal de Suez. Cependant, aujourd’hui encore, ses rivages inhospitaliers sont longés par des boutres mouillant au débouché de ces routes caravanières si bien décrites par Henry de Monfreid, et dont les constantes ethno-tribales s’inscrivent en arrière-plan des conflits actuels. 

Aujourd’hui, le contrôle des ports clés, Djibouti, Berbera, Assab, et plus au nord ceux du Soudan, explique la présence militaire régionale des États-Unis, de la Chine, de la France, de la Grande-Bretagne, des EAU et de la Turquie. Djibouti, « hub » militaire et logistique de la mer Rouge, accueille ainsi une base américaine, une base chinoise, une base française et des navires japonais et italiens y sont régulièrement présents. Sans perdre de vue que la Turquie, qui a fait de la Somalie un quasi protectorat, a opéré un retour spectaculaire dans ce qui fut son ancienne zone d’influence dont elle avait été chassée durant le premier conflit mondial. 

L’émiettement entre trois États, Érythrée, Djibouti et Somalie, plus deux États auto-proclamés, le Somaliland et le Puntlanddisputés entre les puissances régionales et extra régionales, ajoute à la complexité de la situation actuelle. 

D’autant plus que depuis la fin du mois de septembre, la guerre a repris en Éthiopie, une guerre sur trois fronts (Tigré, Afar et Amhara). Avec à la base, une fois encore, des questions ethno-territoriales qui menacent de faire éclater la mosaïque ethnique d’un pays enclavé depuis l’indépendance de l’Érythrée. Or, si ce conflit devenait une nouvelle guerre de tous contre tous, ce serait alors toute la région de la Corne qui pourrait s’embraser.

https://www.actionfrancaise.net/2026/10/30/autour-du-detroit/

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