
Le trotskysme français n’a jamais été l’expression d’une avant-garde ouvrière. Il a toujours été, pour l’essentiel, le produit d’une fraction de la gauche bourgeoise et petite-bourgeoise passée de la révolution verbale au gauchisme pratique.
En 1968, ses militants — étudiants pour la plupart — jetaient l’opprobre sur les ouvriers du PCF et de la CGT en les traitant de « staliniens » et de « traîtres », alors même que ces ouvriers constituaient la masse organisée du salariat dans les usines.
Cette diabolisation a isolé la radicalité étudiante de la classe ouvrière réelle et a objectivement facilité la reprise en main par de Gaulle et le patronat.
La continuité est frappante. Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon, formé à l’OCI lambertiste, et la force politique qu’il dirige traitent de « fascistes » ou de « racistes » les ouvriers et les salariés qui s’opposent à l’immigration au nom de la concurrence sur les salaires, l’emploi et les conditions de vie.
C’est exactement le même procédé : diaboliser la majorité du prolétariat qui ne suit pas la ligne des gauchistes (Melenchon NPA, anarchistes ) .
Or l’argument de la réserve de main-d’œuvre et de la pression à la baisse sur les salaires est un argument marxiste classique. Le refuser en le qualifiant de fascisme, c’est rompre avec la tradition ouvrière tout en se réclamant d’elle.
Dans les faits, ce courant a souvent servi objectivement les intérêts patronaux en divisant le camp ouvrier. Il a séduit la jeunesse hier comme aujourd’hui par une radicalité verbale qui n’a produit aucune rupture.
Nombre de ses cadres ont ensuite intégré la gauche bourgeoise installée dans le système, (Mélenchon, Dray, Jospin, etc) offrant l’illusion d’une alternance de ligne politique sans jamais toucher au pouvoir de la finance.
Lionel Jospin, passé par l’OCI, est devenu Premier ministre.
Mélenchon a été député, sénateur, et continue de vivre de la République (9000 € de retraite propriétaire foncier à paris et en province) .
D’autres ont suivi. Ils se sucrent sous les ors de la République tout en perpétuant les impasses qui maintiennent le salariat dans la division et le capital dans la continuité.
Cette continuité anti-ouvrière de fait n’est pas un accident. C’est le résultat d’un recrutement social, d’une méthode (l’entrisme, la diabolisation des ouvriers récalcitrants) et de trajectoires qui mènent régulièrement du gauchisme étudiant aux fauteuils de la Ve République.
Elle séduit encore, elle divise toujours, et elle ne change rien au pouvoir réel.
Rajout de dernière minute à propos dune déclaration de Melenchon :
Mélenchon a parlé du public des chaînes d’info (CNews compris) en ces termes : « l’abruti moyen, qui regarde en sirotant sa bière ou en sniffant sa coke ». La formule circule largement depuis ces derniers jours et a été relayée notamment par Boulevard Voltaire.
Ce n’est pas une première. Le même homme a déjà décrit des habitants d’Hénin-Beaumont (lors de sa campagne de 2012) comme des gens qui « transpiraient l’alcool dès le matin », « sentaient mauvais » et étaient « presque tous obèses » (propos rapportés par Ruffin). Il a aussi parlé du pays de Caux en Normandie comme peuplé d’alcooliques arriérés, et qualifié le FN local de « quatre alcooliques et dix dégénérés ». Le registre est constant : mépris de classe teinté de moralisme hygiéniste envers les « prolos » ou les ruraux qui ne votent pas comme lui.
Donc selon Mélenchon, le Français moyen est réactionnaire, raciste, avec son chien-loup (berger allemand), sa bibine, ses clopes et ses opinions de comptoir. C’était la caricature standard de l’intelligentsia de gauche bourgeoise des années 70-80 pour décrire le peuple qu’elle prétendait défendre.
C’est le même refrain depuis des décennies. Une partie de la gauche intellectuelle et politique a toujours eu un problème avec le peuple réel quand celui-ci ne se conforme pas à ses idéaux. Elle le dépeint comme alcoolique, fumeur, beauf, abruti, dégénéré… puis s’étonne qu’il vote ailleurs. Ce n’est pas de l’analyse sociale, c’est du mépris de classe déguisé en progressisme.
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-trotskyste-melenchon-trotskyste-273217
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