
Est-ce vraiment une question du nombre de professeurs ? Il y a 1 219 600 fonctionnaires de l’Education Nationale, mais seulement 851 500 enseignants et encore ce chiffre inclut des gens qui ne voient pas spécialement les élèves, des coordonnateurs, des conseillers, des chargés de missions, des cadres… privé et public confondus, puisque l’argent public paye aussi les professeurs du privé. C’est assez normal vu que si les enfants du privé allaient tous dans le public, il faudrait payer pour eux : les salaires sont les mêmes. 453 000 profs dans le second degré et 397 700 dans le premier, le reste en supérieur.
Sur les vingt dernières années, le budget de l’Education Nationale est passé de 120 à 195 milliards, soit de 5,5% du PIB à 6,7% du PIB, alors que le nombre d’élèves est relativement stable, entre 12 et 13 millions d’élèves. Si on compte bien les choses, les personnels ont augmenté, les coûts nets ont augmenté et le niveau a très sérieusement baissé. S’il suffisait donc de mettre plus d’argent pour que le niveau s’améliore, le niveau aurait dû s’améliorer, or il a régressé, donc ce n’est pas une question d’argent.
Où passe l’argent donc ? Dans le dédoublement des classes es zones sensibles par exemple. Les classes de CP et de CE1 y ont été dédoublées. On le doit à Macron, dès 2017, sur le constat qu’en France, plus de 20 % des élèves sont illettrés et ne savent pas lire, écrire et compter correctement à la fin de l’école primaire. La reconnaissance officielle aussi, que l’échec scolaire touche particulièrement les banlieues françaises, peuplées de qui on sait, où les résultats scolaires sont nettement inférieurs au reste du territoire, malgré tous les plans d’aide déjà mis en place Zone d’éducation prioritaire, programme Ambition réussite, qui se traduisaient déjà par des apports d’argent. À la rentrée 2017, le dispositif a été appliqué dans 2 200 classes de CP dédoublées en réseau d’éducation prioritaire renforcée les REP+ en zones rurales, soit 60 000 élèves concernés. À la rentrée 2018, pour la deuxième année mise en place du dispositif, les classes de CE1 de REP+ ont également bénéficié de ce dispositif. Étaient alors concernées 3 200 classes de CP en REP et 1 500 classes de CE1 en REP+, soit près de 190 000 élèves et au fil des ans, près de 300 000 élèves font partie de ce dispositif de réduction des effectifs par classe qui engendre des coûts considérables pour le système éducatif en termes de recrutement d’enseignants supplémentaires. Pour quelle amélioration ? Aucune. Et même une baisse du niveau général de ces secteurs. Encore une fois, il ne s’agit pas d’une question d’argent. Ces opérations en ZEP se sont également traduites par des recrutement de secrétaires, de coordonnateurs et autres personnels sans classe et parfois même pas au contact des élèves. Globalement, les effectifs par classe n’ont jamais été aussi bas. Et tout ce petit monde se retrouve dorénavant dans l’enseignement supérieur où évidemment, certains n’ont rien à faire.
La réalité est que le secret de l’enseignement est le désir d’apprendre, qui va faire que l’élève sera attentif, que le travail et le résultat seront au centre du dispositif et non pas l’élève au centre du bazar, comme la gauche mitterrandienne nous l’a inoculé. Oui, il faut avoir envie d’apprendre l’école française, la culture française, même quand on ne rêve que du pays d’origine… un peu comme cet Mohamed, dont je me suis occupé et à qui ses parents avaient enjoint de ne pas se fatiguer à l’école française, car ils allaient « rentrer au pays », ce qu’ils n’ont jamais fait finalement. Et quand on n’est pas dans l’adoration du pays d’origine, on peut aussi être déjà blasé, quand on a tout ce qu’on veut, quand on veut, comme on veut et sans condition. Comme cet autre enfant, bien d’ici, qui m’avouât : j’ai tout ce que je veux, même quand je suis vilain et que je travaille mal à l’école. Nous avons donc deux problèmes, avant même de parler d’argent : un problème éducatif sérieux, avec les nôtres et un problème culturel, avec les autres, et parfois, les deux à la fois, l’un n’empêchant pas l’autre. L’autre problème est celui de l’école elle même : est ce que ce qu’on y propose est susceptible de donner vraiment envie d’apprendre ? Quand on écoute cette professeure des écoles, sur les réseaux sociaux, expliquer que sa mission est de faire en sorte que ses élèves ne votent jamais à l’extrême droite, on comprend que l’école elle-même est aussi, en partie, à côté de sa mission. Enfin, il paraîtrait que certains établissements sont en mauvais état… seulement ceux que les élèves s’appliquent à détruire eux-mêmes. Mais tout cela n’est pas politiquement correct, le mieux est de continuer à clamer que c’est juste une question de moyens.
Votre commentaire