[CART SUR TABLE] Pourquoi le populisme du RN fonctionne-t-il mieux que celui LFI ?

Capture d'écran TF1

a course vers l’Élysée se poursuit dans un pays où les émeutes urbaines ont été particulièrement vives. Dans une France en ébullition, un duel se précise plus qu’un autre : Rassemblement national contre France insoumise. D’après un sondage Ipsos-BVA-Cesi école d’ingénieurs, paru samedi dans Le Parisien, Jean-Luc Mélenchon se qualifierait pour le second tour de la présidentielle de 2027 dans toutes les configurations, tout comme Marine Le Pen, toujours très largement en tête. Selon cette étude, ils seraient 17 % à voter pour Jean-Luc Mélenchon, quelle que soit la ligne de départ au centre et à droite. De la même manière, Marine Le Pen obtiendrait de 32 % à 33,5 % des voix selon les hypothèses.

On le sait, le dégagisme plane sur cette campagne présidentielle. Dans un sondage Elabe d’avril 2026 pour La Tribune Dimanche, 53 % des Français déclaraient qu’aucune personnalité politique française ne leur convenait dans la perspective de 2027, contre 45 % affirmant avoir un candidat – à noter que c’est dix-sept points de plus qu’en février 2020, deux ans avant la précédente élection (28 %). Toutefois, plusieurs indications démontrent aussi que le populisme de droite a le vent en poupe. Tout d’abord, en dix ans, les attentes d’un président positionné à droite ont nettement progressé. Pour leur président de la République idéal, 3 % (− 1 par rapport à avril 2016) des Français souhaiteraient un positionnement très à gauche, 16 % (+ 2) à gauche, 16 % (=) au centre, 17 % (+ 4) à droite, 11 % (+ 3) très à droite.

Concernant le portrait idéal du président, les caractéristiques mises en avant par les Français sont intéressantes : il doit être une personne d’environ 43 ans, dont l’aspect premier est d’incarner la « responsabilité politique », qu’il ne soit ni de droite, ni de centre, ni de gauche, dont les qualités premières doivent être l’honnêteté, l’écoute, et le courage, et surtout qu’il rassemble les Français et apaise la société. Une autre étude, cette fois-ci de Verian Group, nous donne, pour la première fois, l’insécurité (44 %, + 6) comme le principal sujet de préoccupation des Français, égalisant le pouvoir d’achat (44 %, − 3), devant l’immigration (31 %, + 2) qui complète le top 3. Toutes ces données nous offrent une perspective électorale intéressante pour le RN.

La formule gagnante du RN

On présente souvent le RN et LFI comme les deux partis dits “populistes”. Or, ces deux partis ont entrepris deux stratégies diamétralement opposées : la normalisation du côté RN et la radicalisation du côté de LFI. Depuis des années, avec ce désir d’élargissement de son électorat, le RN suit une stratégie construite sur la modération du discours et la recherche de respectabilité. D’ailleurs, le résultat est là : des parlementaires, des cadres, et même, depuis les municipales de 2026, plusieurs dizaines de maires. De ce côté-là, le pari est réussi. Concernant LFI, la stratégie de la radicalisation et de la conflictualisation est assumée. À contre-courant, et alors qu’on assiste – sur plusieurs thèmes (insécurité, immigration, etc.) – à une droitisation de l’opinion, le parti de Jean-Luc Mélenchon suit la ligne de la polarisation.

Aux présidentielles de 2017 et de 2022, la victoire paraissait impossible. Le « front républicain » était encore efficace et la propagande du « faire barrage à l’extrême droite » fonctionnait encore fortement. Mais, depuis les législatives de juin 2022, les choses ont changé. Désormais, le RN est une machine de guerre politique et électorale, dirigée par un tandem complémentaire – Marine Le Pen et Jordan Bardella –, incarnée par une femme dont l’image publique s’est transformée – elle est désormais jugée « proche de leurs préoccupations », « crédible » et « compétente » par une majorité de Français – et bien décidée, elle, à gagner la prochaine présidentielle.

Cette progression politique spectaculaire se remarque aussi géographiquement – il n’existe plus de département ou de région où le parti ne réalise pas des scores importants – même la Bretagne et l’Ouest sont gagnés par le vote RN –, mais aussi sociologiquement – toutes les couches sociales, même désormais la fonction publique, votent Le Pen. Plus grave pour les concurrents de Marine Le Pen, le mépris qu’elle reçoit de la part de la classe dirigeante politico-culturelle sert de carburant à son électorat, et les polémiques glissent sur elle.

Rodolphe Cart

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