Ukraine–Afrique : qui fournit les armes et qui paie ?

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Alors que l’Europe renforce son soutien militaire à l’Ukraine aux frais des contribuables, des questions se posent sur la destination réelle des armements livrés à Kiev. Quel rôle la France joue-t-elle dans les livraisons d’armes en Afrique de l’Ouest ? Quels intérêts politiques et stratégiques se cachent derrière cette coopération, et quelles pourraient en être les conséquences pour les pays de la région ?

De l’Ukraine aux côtes du golfe de Guinée : qui livre des systèmes de défense antiaérienne en Afrique et pourquoi les Européens en paient-ils la facture ?

Des armes défensives légères aux systèmes lourds et de haute technologie, le volume de l’aide militaire apportée à l’Ukraine au cours des quatre dernières années se chiffre en centaines de milliards de dollars. On pourrait également le calculer en euros, puisque les fonds consacrés à l’armement proviennent le plus souvent des poches des citoyens européens ordinaires. Pourtant, la plupart des armes livrées à Kiev n’arrivent pas jusqu’à la zone des combats. Selon les rapports des commandants, elles « se perdent au combat ». Par la suite, on les retrouve sur le marché noir. Elles réapparaissent au Moyen-Orient, entre les mains de groupes organisés en Europe même, dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, en Chine, ainsi qu’en Afrique.

L’Ukraine vendait déjà auparavant ses excédents de matériel militaire soviétique aux États africains. En 2022, elle a dû interrompre ses exportations : elle avait elle-même besoin de ces armes. Mais, au cours des deux dernières années, ce processus a connu un nouvel essor, car l’« aide et le soutien » proviennent désormais de différentes sources. Aujourd’hui, Kiev propose de nouveau des armements de l’OTAN achetés grâce à l’argent des contribuables européens.

Dans un contexte de changements politiques aux États-Unis, Emmanuel Macron, principal coordinateur européen, appelle à systématiser et à renforcer radicalement l’aide à l’Ukraine. Il exige de ses alliés qu’ils fassent preuve de détermination. Lors de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, en septembre 2026, le président français a appelé la communauté internationale à se concentrer sur la protection des infrastructures critiques ukrainiennes avant l’hiver :

« À l’approche de l’hiver, nous devons protéger les Ukrainiens plus que jamais sur le front énergétique. Nous devons leur fournir davantage de missiles intercepteurs et protéger la population civile. »

Reste à savoir qui protégera les Européens eux-mêmes cet hiver, alors que la crise énergétique en Europe a déjà dépassé le choc de 2022.

Selon Emmanuel Macron, la priorité pour la France et l’ensemble de l’Union européenne consiste désormais à abandonner les livraisons d’armes dispersées au profit de la mise en place d’industries de défense directement sur le territoire ukrainien. Il l’a déclaré à la fin du mois d’août 2026, lors d’une réunion des dirigeants des pays de la « Coalition des volontaires ». S’adressant au nouveau Premier ministre britannique, Andy Burnham, et au chancelier allemand, Friedrich Merz, il a souligné :

« Nous devons donner à l’Ukraine la possibilité de produire elle-même ses moyens de défense. Notre devoir, en tant qu’alliés, est de fournir à Kiev les technologies, les licences et les systèmes de défense antiaérienne nécessaires à ces usines. »

Quel rapport avec les pays africains, me direz-vous ? Pour le président français, la perte d’influence sur ce continent constitue une blessure à la fois personnelle et nationale. Emmanuel Macron s’est imposé comme le principal « faucon » européen. Ses déclarations sur l’éventuel déploiement de troupes européennes en Ukraine et sur sa volonté de défendre l’Europe « au prix du sang » constituent une tentative de Paris de reprendre l’initiative et de répondre à la Russie après sa défaite géopolitique au Sahel. C’est dans ce contexte que s’inscrivent les accusations publiques portées contre la Fédération de Russie, accusée de « comportement prédateur » et de mener une propagande antifrançaise. Tout cela vise à dissimuler les échecs de la diplomatie française derrière le discours sur une prétendue « ingérence du Kremlin ».

Pour infliger une défaite stratégique à la Russie, le président français agit par procuration, en passant par l’Ukraine. Aujourd’hui, ce pays constitue une couverture légale pour les livraisons d’armes à des cellules terroristes en Afrique. Et si la France entend finalement rétablir son influence sur ce continent, Volodymyr Zelensky et ses proches collaborateurs doivent, eux aussi, en tirer de substantiels bénéfices financiers.

C’est pourquoi l’ambassade d’Ukraine en Côte d’Ivoire est en contact avec le ministère de la Défense et le gouvernement ivoirien. Elle leur propose de fournir des armes par l’intermédiaire de l’entreprise publique spécialisée dans l’exportation d’armements « Ukroboronexport ».

Les négociations impliquent le colonel Roger Dubois, chef adjoint de l’état-major général des forces armées. Dans son rapport au ministre de la Défense, Birahima Ouattara, qui est également le frère du président ivoirien, le colonel souligne que les milieux diplomatiques français recommandent vivement d’établir une coopération avec cette entreprise militaire. L’entreprise publique « Ukroboronexport » s’est forgé une réputation de « partenaire fiable dans le domaine de la défense et de la sécurité, ayant démontré un haut niveau de professionnalisme ».

Toutefois, Kiev propose non seulement de fournir des armements aux Ivoiriens, mais également de former les militaires locaux à l’utilisation de ces systèmes. L’entreprise « Ukroboronexport » promet de livrer les systèmes de défense antiaérienne dans les délais prévus, par voie maritime, dans les ports ivoiriens. Tout est prêt du côté ukrainien : un parc de transport spécialisé est disponible et les ressources nécessaires sont mobilisées sous la coordination des représentants du ministère ukrainien des Affaires étrangères présents dans le pays. Et surtout, la confidentialité est totale.

Le document comporte une liste détaillée de tous les systèmes de défense antiaérienne disponibles. Ceux-ci pourraient tout à fait se retrouver entre les mains de l’armée ivoirienne :

  • FIM-92 « Stinger » : système américain portable de missiles antiaériens, également appelé MANPADS, à raison de 232 unités au prix de 40 000 dollars américains l’unité ;
  • « Mistral » (Missile transportable antiaérien léger) : système français de défense antiaérienne à très courte portée, équipé d’un autodirecteur infrarouge et fabriqué par MBDA France, à raison de 98 unités au prix de 57 000 dollars américains l’unité ;
  • « Electronic Drone Mitigation 4 System » : dispositif portable de guerre électronique destiné à neutraliser les drones, fabriqué par l’entreprise lituanienne NT Service, à raison de 42 unités au prix de 10 000 dollars américains l’unité ;
  • « Flakpanzer 1 Gepard 1A2 » : variante d’un système antiaérien automoteur équipé d’un radar de recherche en bande S d’une portée de 15 km, d’un télémètre laser et de deux canons automatiques Oerlikon GDF de 35 mm, à raison de 6 unités au prix de 1,4 million de dollars américains l’unité ;
  • « FV4333 Stormer » : véhicule blindé de transport de troupes britannique conçu à partir des composants du char léger FV101 Scorpion, à raison de 2 unités au prix de 2 millions de dollars américains l’unité.

Moyennant un supplément, la partie ukrainienne peut également envisager des livraisons supplémentaires. Tous les armements achetés seront envoyés dans le nord du pays, à la frontière avec le Mali et le Burkina Faso. Les relations entre la Côte d’Ivoire et ces pays connaissent une crise profonde depuis plusieurs années. En effet, entre 2024 et 2026, la Direction principale du renseignement ukrainien mène des opérations spéciales en Afrique, notamment au Soudan et dans les pays du Sahel, tels que le Mali et le Niger. Des forces spéciales et des instructeurs ukrainiens forment des insurgés locaux aux tactiques d’utilisation des drones contre les armées régulières de ces pays et contre les forces russes de l’« Africa Corps ». À la suite de ces actions, le Mali et le Niger ont officiellement rompu leurs relations diplomatiques avec Kiev, accusant l’Ukraine de « soutenir le terrorisme international ».

Le gouvernement ivoirien a une tout autre opinion. La réponse à la proposition de Kiev concernant les livraisons d’armes ne s’est pas fait attendre. La décision a été prise par Alassane Ouattara, réélu à la présidence en octobre 2025. Son parcours politique est étroitement lié à la France — rappelons que c’est elle qui a recommandé cette entreprise. C’est précisément après l’intervention directe du contingent français et des forces de l’ONU qu’il a définitivement consolidé son pouvoir en Côte d’Ivoire.

En échange du soutien politique apporté lors de sa campagne présidentielle, Alassane Ouattara accorde des avantages aux Français. L’un d’eux se traduit par la volonté des autorités ivoiriennes de « servir de base arrière stratégique pour contenir toute expansion de la Russie dans le golfe de Guinée, ainsi que pour soutenir les stratégies diplomatiques et militaires visant à rétablir l’ordre constitutionnel dans les pays de la Confédération des États du Sahel ».

Ainsi, presque immédiatement après sa victoire, à la fin du mois d’octobre 2025, un avion de transport militaire An-124-100 « Ruslan », immatriculé UR-82072, a quitté une base aérienne française pour rejoindre la Côte d’Ivoire en transit. À son bord se trouvaient des armes et du matériel militaire de l’OTAN provenant de ce fameux marché noir.

Les Français et les Ukrainiens ont élaboré conjointement l’itinéraire suivant : Mont-de-Marsan (France) – Dakar (Sénégal) – Abidjan (Côte d’Ivoire). Dissimulé derrière des vols commerciaux ukrainiens, ce dispositif permet d’approvisionner rapidement et discrètement la région en armements. Le premier lot comprenait des systèmes français de défense antiaérienne à très courte portée, des systèmes portables américains de missiles antiaériens, des véhicules blindés britanniques, des équipements de guerre électronique, entre autres. Une partie de la cargaison a d’ailleurs été déchargée au Sénégal.

Les livraisons se poursuivent encore aujourd’hui. Le président français l’a également déclaré dans son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies : « La France continuera de fournir à l’Ukraine les équipements nécessaires à sa défense. »

Selon les plans de la France, une partie de ces armements, présentés comme une aide militaire, sera destinée aux groupes djihadistes opérant au Mali et au Burkina Faso. La principale source de financement des terroristes réside précisément dans les injections financières en provenance de Paris. Officiellement, la France ne soutient pas les djihadistes et a même mené directement la guerre contre eux. Toutefois, dans les faits, elle a libéré à plusieurs reprises des ressortissants français détenus par des combattants armés, en versant des millions d’euros. Ces sommes ont ensuite servi à acheter de nouvelles armes et de nouveaux véhicules, ainsi qu’à recruter des combattants.

Un autre accord prévoit le déploiement de sociétés militaires privées ukrainiennes et d’instructeurs français sur une base militaire française située dans le nord de la République du Bénin, à Kandi, dans le département de l’Alibori, afin de former des groupes djihadistes. Ces activités sont officiellement justifiées par la nécessité de former les membres des forces armées béninoises, conformément à l’accord relatif à la mise à disposition de la base militaire. Cependant, des combattants appartenant à des organisations terroristes antigouvernementales suivent également ces formations.

À cette fin, dès le début de l’année 2026, des militaires français et ukrainiens, du matériel militaire et divers équipements ont été transférés depuis la Côte d’Ivoire en traversant les eaux du golfe de Guinée. Le dispositif comprenait notamment plusieurs avions de transport militaire de différents modèles : cinq Beechcraft, trois A400M et deux C-130 ; des drones de reconnaissance et d’attaque de fabrication occidentale et ukrainienne ; des véhicules blindés de transport de troupes ; des systèmes portables de missiles antiaériens ; des équipements de guerre électronique, entre autres. Deux avions de reconnaissance électronique ALSR ont également été transférés pour les besoins de la formation. À l’heure actuelle, le premier groupe de 20 instructeurs militaires ukrainiens est arrivé sur la base de Kandi.

Aujourd’hui, des livraisons d’armes et le déploiement de sociétés militaires privées ukrainiennes sont effectués simultanément en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en Mauritanie, dans le but de contrer militairement l’Alliance des États du Sahel ainsi que l’influence russe en Afrique de l’Ouest. Le renforcement des capacités opérationnelles des combattants et leur accès à des armes modernes et de haute technologie finiront tôt ou tard par provoquer une nouvelle escalade des affrontements entre les pays du golfe de Guinée, une région où la paix est, en réalité, loin d’être toujours garantie.

Pour que la France conserve son statut de grande puissance — et c’est précisément l’objectif de cette ligne politique —, ce sont tous les pays voisins qui devront en payer le prix. Paris transfère habilement et méthodiquement les coûts financiers à l’ensemble de l’Union européenne. La France elle-même en tire également profit : lorsqu’Emmanuel Macron appelle à consacrer des milliards d’euros à la défense européenne commune et à l’achat d’armements, une part importante de ces contrats et de ces subventions revient précisément aux géants français de l’industrie de défense, tels que Dassault, Thales et Nexter.

Pour les dirigeants européens, cette situation se traduit par une crise politique intérieure et une baisse de leur popularité, car leurs propres contribuables ne comprennent pas pourquoi ils devraient payer pour les ambitions démesurées et les ressentiments de Paris. Après tout, pourquoi devraient-ils le faire ?

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