Trappes, la bataille frériste pour imposer le récit de l’islamophobie

Copie écran X - Ali Rabeh s'exprime devant Elias d'Imzalem face à la presse

À Trappes, la récupération politique a suivi de près les coups de feu. Le 23 octobre, Pengo Bossio Wangi, 26 ans, est tué lors d’une fusillade qui fait également plusieurs blessés. Selon Le Monde, le tireur présumé a expliqué aux enquêteurs avoir voulu venger les commerçants victimes des pillages du 17 octobre et avoir ciblé des Noirs et des Arabes. Mais tandis que l’enquête s’attache à établir les motivations du tireur, le maire de Trappes, Ali Rabeh, évoque déjà un acte « à connotation raciste, probablement islamophobe ». Apparaissent alors à ses côtés Elias d’Imzalène et des militants engagés dans la dénonciation de l’islamophobie comme Assa Traoré ou le militant antiraciste Almany Kanouté, qui s’emparent à leur tour du drame. La mécanique est lancée, un crime raciste devient le support d’un récit politique centré sur la persécution des musulmans.

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Mais un détail donne à cette requalification une résonance particulière : Pengo Bossio Wangi était chrétien, comme l’a rappelé sa sœur Ritsia, sur Blast : « J’ai la foi, je suis chrétienne, lui aussi, il l’était. » Auteur du Frérisme et ses réseaux (Odile Jacob, 2023), l’anthropologue et chercheuse au CNRS Florence Bergeaud-Blackler pointe auprès de BV une subtilité dans la définition de l’islamophobie, définie comme une « attitude d’hostilité, de rejet, de peur ou de haine envers l’islam, les musulmans ou les personnes perçues comme telles ». Tout se joue dans ces trois mots : « perçues comme telles ». Ils permettent d’étendre la qualification d’islamophobie à une personne qui n’est pas musulmane dès lors qu’elle aurait été prise pour telle. Une définition suffisamment large pour faire entrer le drame dans le récit d’une persécution antimusulmane, alors même que la victime était chrétienne. Ceci ne fait aucun doute pour Fadila Maaroufi, cofondatrice et directrice de l’Observatoire européen des fondamentalismes, qui explique à BV que « les islamistes ont très rapidement récupéré l’affaire ».

Une récupération politique menée tambour battant

Le rôle du maire de Trappes mérite qu’on s’y arrête. En évoquant, très tôt, un acte « probablement islamophobe », Ali Rabeh donne une caution politique à cette lecture pour qu’Elias d’Imzalène et d’autres puissent ensuite inscrire l’événement dans une dénonciation plus large du racisme et de l’islamophobie en France. La mécanique est efficace : l’émotion suscitée par la tuerie est convertie en argument politique, tandis que la question des motivations précises du tireur se retrouve prise dans une bataille idéologique. Le drame ne concerne plus seulement les victimes d’un homme armé, il devient une nouvelle illustration de la prétendue persécution des musulmans. La récupération frériste ne consiste alors pas à nier le crime raciste mais à le réinscrire dans un récit communautaire qui sert ses propres objectifs.

L’islamophobie, arme de victimisation

Florence Bergeaud-Blackler décrypte ce mécanisme : « C’est l’occasion de profiter d’un crime dont on ne sait à peu près rien pour en faire une affaire d’islamophobie. » Elle y voit l’application d’une stratégie ancienne : « Ce n’est pas une nouvelle méthode, c’est leur méthode préférée, explique-t-elle, la victimisation. » L’objectif est de faire entrer un événement dans un récit préétabli, celui d’une communauté constamment menacée et d’une France désignée comme hostile aux musulmans. Cette interprétation place immédiatement ses contradicteurs sur la défensive et transforme toute contestation du récit en soupçon de complaisance envers le racisme. Le fait divers devient ainsi un levier de mobilisation, comme le montrent les rassemblements qui ont suivi ; avec ses coupables désignés et son accusation récurrente, la société française serait structurellement islamophobe.

La toile de fond frériste

Cette stratégie prend un relief particulier, à Trappes. Un rapport de l’Assemblée nationale en 2025, consacré aux réseaux et organisations liés à l’islamisme, mentionne la ville parmi huit écosystèmes qui « relèveraient plutôt de la mouvance des Frères musulmans », sur la base d’informations attribuées aux renseignements territoriaux. Florence Bergeaud-Blackler parle, elle, de « frérosphère » pour désigner le milieu militant dans lequel elle situe plusieurs des acteurs de cette séquence. Ali Rabeh, Elias d’Imzalène et les relais mobilisés autour de l’affaire s’inscrivent, selon son analyse, dans cet environnement idéologique où la dénonciation de l’islamophobie occupe une place stratégique. La récupération de Trappes s’inscrit ainsi dans la bataille plus large visant à imposer une lecture communautaire des événements et faire de l’accusation d’islamophobie un levier d’influence politique pour les réseaux fréristes.

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Le procédé est politique autant que médiatique. Une tragédie survient, le récit est rapidement fixé, les militants mobilisent et l’événement rejoint une dénonciation générale de la France. À Trappes, la condamnation du crime raciste se retrouve doublée par une opération de récupération qui transforme le drame en argument au service d’une cause. Derrière la bataille des mots, l’enjeu de taille, pour les fréristes, est d’imposer l’idée que les musulmans seraient les victimes désignées de la société française. Pour Fadila Maaroufi comme pour Florence Bergeaud-Blackler, cette séquence illustre la capacité des réseaux islamistes et fréristes à exploiter l’émotion et à installer leur grille de lecture dans le débat public.

Contacté par BV, Ali Rabeh, maire de Trappes, n’avait pas répondu à nos sollicitations à l’heure de la parution de l’article.

Yann Montero

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