
Pour la 51e fois, au terme de trois jours de pèlerinage dans une région où les dénivelés ne sont pas qu’une légende, près de 3.000 routiers des scouts d’Europe (17 ans et plus) ont convergé, étendards au vent et sous une pluie battante, vers le parvis de Vézelay.
Entrez, les gueux !
Dans la nuit de samedi à dimanche, sous une pluie battante, ils ont attendu, en priant et chantant, que tous soient là. Puis, selon le magnifique rituel bien connu, ils ont entonné le Kyrie des gueux – « Ce soir chez le Bon Dieu, frappez, les gueux » -, monté les marches et tapé, de leur bâton, contre les portes qui très lentement se sont ouvertes, comme celles du paradis : « Ce soir chez le Bon Dieu, entrez les gueux ! »
Gueux, ils le sont sur le plan médiatique : qui parle d’eux ?
Pendant qu’ils pèlerinaient, les chaînes de télé montraient en boucle les images des manifestants, casseurs ou pas, censés être l’alpha et l’oméga de la jeunesse française parce que d’extrême gauche.
« Il y a beaucoup de scouts, ici ? »
Dans son homélie, Mgr Rougé a rappelé qu’au Stade de France, le pape n’était sorti de son texte que deux fois. Pour lancer « Vous êtes les saints de France ! » mais aussi « Il y a beaucoup de scouts, ici ? »… Un constat en forme de question salué par une immense ovation, qui en a dit long sur l’immense rôle joué par le scoutisme, sa loi, son école de vie, son sens du service, son « plus fort qui protège le plus faible », dans la formation de la jeunesse catholique française.
Mais tout s’est construit, et se construit encore, sous les radars parce que pour la bien-pensance, les scouts sont à la fois méprisés, dénigrés, raillés… qualifiés au choix de fachos, de paramilitaires, culs-bénits et tutti quanti.
Et ce dédain collectif est aussi individuel : combien d’entre eux se sentent profondément isolés dans leur lycée, université, grande école… forcés de raser les murs et de se taire parce que l’extrême gauche y fait la loi et régner la terreur ?
Déshérités
Il est convenu de dire LA jeunesse quand on évoque les bloqueurs et les casseurs, comme si celle-ci était une entité compacte, d’un bloc et leur appartenant parce qu’ils l’ont une bonne fois pour toute endoctrinée. Ils veulent ignorer qu’un autre modèle est possible. Que rien ne devrait condamner les enfants de nôtre pays au nihilisme, à l’islamo-gauchisme et au wokisme.
Sous les voûtes romanes de Vézelay, mille deux cents ans de chrétienté autour des reliques de Marie-Madeleine, la première à avoir vu le Christ ressuscité, et des échos de la voix de Bernard de Clairvaux qui y prêcha la deuxième croisade, contemplaient les têtes ébouriffées de jeunes gens sentant le feu de bois et le K-Way™ trempé. Dans une esthétique mythique dont l’Église de toujours a le secret, ils ont renoué avec leurs racines ancestrales et leurs grands saints, suivant en cela à la lettre l’exhortation de Léon XIV à Paris, il y a presque un mois.
« À bas les riches », crient les manifestants des blocus. De fait, cessons de leur mentir : on les a volontairement spoliés d’un héritage bimillénaire. Ceux qui en sont dépositaires ne demandent qu’à le partager. Mais encore faudrait-il qu’ils aient le droit de cité.
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