
À Amboise, le 4 octobre, des responsables des Républicains lançaient « Puissance verte », au nom d’une « écologie de droite et du centre », retombant dans leur travers habituel : reprendre les idées de la gauche pour les accommoder d’un vernis de pragmatisme. Mais pourquoi continuer d’accepter la domination idéologique de la gauche alors que le bilan catastrophique de ses idées est sous nos yeux ? Pourquoi se contenter de promettre une écologie un peu moins punitive sans jamais remettre en cause les principes qui la gouvernent ? Pourquoi se contenter de limiter les dégâts quand on peut régler les problèmes à la racine ?
Après un demi-siècle de politiques environnementales, un bilan peut être tiré et des questions fondamentales méritent d’être posées : certaines politiques écologistes ne finissent-elles pas par nuire à la protection de l’environnement ?
L’écologie avait pour vocation de préserver nos paysages, nos forêts, nos espèces, d’améliorer la qualité de l’air et de l’eau, de protéger la santé humaine. La gauche l’a dévoyée en en faisant l’instrument principal de son combat contre le capitalisme, tandis que la technocratie européenne y trouvait un moyen d’améliorer sa popularité et sa légitimité.
De cette confiscation idéologique est née un changement de priorité : la réduction les émissions de carbone est devenue l’alpha et l’oméga de la politique environnementale car elle est apparue comme le moyen le plus efficace pour contraindre l’appareil économique vers la décroissance chère aux écologistes. L’Union européenne a ainsi prévu de consacrer au moins 30 % de ses financements pluriannuels au climat alors que la biodiversité bénéficie seulement de 10 % !
Quand l’écologie devient l’ennemie de l’environnement
Notre politique énergétique offre un exemple dramatique de cette dérive. La France produit une électricité largement décarbonée grâce au nucléaire et finance pourtant massivement des capacités renouvelables intermittentes au prix d’un renchérissement exceptionnel de l’énergie (le prix de l’électricité a quadruplé depuis 25 ans). D’après la Cour des comptes, le soutien à l’électricité renouvelable et au biométhane a coûté 26,3 milliards d’euros de 2016 à 2024 et représentait encore 87 milliards d’engagements à long terme fin 2024. Et pendant ce temps, l’Allemagne, qui a fermé ses centrales nucléaires, produisait encore plus d’un cinquième de son électricité avec du charbon en 2025, contribuant massivement à la pollution de l’air européen.
Soumise à une transition énergétique à marche forcée au nom de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’automobile européenne affronte une grave crise : ses équipementiers ont annoncé 104 000 suppressions d’emplois en 2024 et 2025. La concurrence chinoise et les coûts de production expliquent aussi ces difficultés, mais pourquoi aggraver ces difficultés par l’accumulation de contraintes ? Lorsque la production industrielle part vers des pays moins exigeants en matière de protection de l’environnement, les émissions de gaz à effets de serre et la pollution s’aggravent à l’échelle planétaire.
À quoi ont abouti les énormes sacrifices consentis par l’Europe et par les Français ? L’Union européenne a réduit ses émissions d’environ 36 % depuis 1990. Mais elle ne représente que 5,8 % des émissions mondiales. Selon les calculs de l’économiste Bjørn Lomborg, les engagements climatiques européens pour 2030, s’ils étaient prolongés jusqu’en 2100, ne réduiraient la hausse de la température mondiale que d’environ 0,05°C à cette échéance. Au regard des dégâts économiques provoqués par cette politique, des sommes engagées et de l’impasse de nos finances publiques, le temps est venu de remettre en cause la pertinence de cette politique.
Appauvrir l’Europe ne sauvera pas la nature
En accélérant la désindustrialisation, nous ne faisons que déplacer les pollutions, tout en perdant les emplois, les savoir-faire et les richesses qui financent la protection de notre environnement. C’est tout le paradoxe d’une écologie qui prétend sauver la nature en détruisant les moyens de la préserver.
Car il est une leçon que les partisans assumés ou cachés de la décroissance oublient : « prospérité économique » rime avec « efficacité écologique ». L’Environmental Performance Index 2026 de l’université Yale démontre la forte corrélation entre richesse nationale et performance environnementale : dépolluer des rivières, restaurer les sols, protéger les forêts ou mettre au point des technologies propres exige des capitaux, une industrie innovante et des finances publiques saines, capables de dégager des capacités d’investissement.
Dans ce domaine comme dans les autres, le bloc central et la fausse droite des LR macronistes manquent de lucidité et de courage. L’enjeu n’est pas de reprendre les idées des écologistes en espérant de manière illusoire en tirer des bénéfices électoraux, au prix de la décroissance de notre économie et de l’appauvrissement des Français. Il faut oser remettre en cause les totems de l’écologisme de gauche : la décroissance, la réduction forcenée des émissions de carbone, l’opposition aux technologies agronomiques, la préférence pour les énergies renouvelables et la défiance envers l’industrie, la technologie et l’agriculture. Une écologie de droite doit juger les politiques écologiques à leur efficacité réelle en matière de préservation de l’environnement, consacrer davantage d’efforts à la protection de la biodiversité et à la lutte contre les pollutions, et faire confiance aux technologies plutôt qu’à la multiplication des interdictions préventive et des contrôles bureaucratiques.
Car l’écologie est, au fond, une idée profondément conservatrice : préserver ce que nous avons reçu pour mieux le transmettre. La gauche radicale en a fait un instrument de transformation collectiviste de la société. La droite doit assumer une écologie pragmatique de préservation et de réparation qui ne fasse pas de l’innovation et de la prospérité économique le problème mais la solution.
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