[POINT DE VUE] Manifestations, épisode 2 : Laurent Nuñez au rattrapage

 

À l’heure où nous écrivons ces lignes, il est évidemment trop tôt pour tirer un « bilan consolidé » de la journée de manifestations du samedi 24 octobre. Il semble toutefois que le chaos se soit un peu apaisé par rapport à la semaine passée. « Consignes strictes » données par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, interdiction des manifestations à Lyon et Marseille, itinéraire changé au dernier moment à Paris : indubitablement, le ton du pouvoir avait changé.

Il y aura certainement des échauffourées en fin de cortège, comme à chaque fois. Il y a eu près de mille arrestations et il y aura sans doute des comparutions immédiates dans les jours à venir. Peut-être quelques-unes déboucheront-elles sur des condamnations à de la prison ferme. Mais pour l’instant, la situation semble relativement sous contrôle. Cela n’enlève pas l’essentiel.

Ce que la France a vu, depuis des semaines, c’est que l’alliance objective entre les racailles et les gauchistes, la « convergence des luttes » pour le dire avec les mots de La France Insoumise, a fonctionné. Tous voulaient la même chose : faire tomber le pouvoir, les uns pour piller à loisir, les autres pour faire advenir la révolution. Tous utilisaient les mêmes modes opératoires : la dispersion, la confrontation violente avec les forces de l’ordre, la sauvagerie, l’indifférence totale aux biens et aux personnes. « Des dommages collatéraux », disait une prof de gauche à une jeune femme aux bord des larmes, au lendemain des manifs du 17 octobre. C’est comme ça que les émeutiers considèrent les honnêtes gens dont les commerces sont ravagés : des dommages collatéraux.

Ce que nous avons également vu, c’est que le pouvoir avait terriblement peur de la bavure, bien davantage qu’il n’avait peur de l’apocalypse. La France peut brûler, du moment qu’il n’y a pas un nouveau Nahel, pas un nouveau Rémi Fraisse, pas un nouveau Malik Oussekine. C’est ça qui leur importe.

Il y a eu des pillages pendant cette journée, mais ils étaient, semble-t-il, sans commune mesure avec ceux du 17 octobre. Toutefois, les commerçants, eux, ont pris des mesures, en barricadant les vitrines, tout comme les braves gens semblent avoir tiré des conclusions similaires, puisque les armureries ont été prises d’assaut en amont de cette journée qui s’annonçait comme un cataclysme. C’est la première conclusion que l’on peut tirer de ces émeutes qui ne sont pas encore terminées : les citoyens ont compris que le pouvoir ne leur rendrait pas en capacité de protection ce qu’ils lui donnent en impôts confiscatoires.

La deuxième conclusion que l’on peut tirer de ce samedi, c’est que quand on veut, on peut. Le dispositif a été étoffé. Il n’a pas été exagérément violent. On a enfin sorti les blindés, habituellement réservés aux manifestations des agriculteurs. Laurent Nuñez a fini par réussir son examen de ministre de l’Intérieur au rattrapage, après l’échec de la première vague d’émeutes. Et le discours de LFI, qui rend les policiers responsables de tous les débordements, est ridiculisé par les faits.

La troisième conclusion, malgré ce succès d’estime, c’est que la gauche aux abois jette toutes ses forces maléfiques dans la bataille qui s’annonce pour la présidentielle. Pendant que les émeutiers essayaient de bordéliser la rue, il y avait à Orléans une autre manifestation, celle du deuxième visage de la gauche : le visage de la vertu sûre d’elle-même. Le RN, réuni en congrès, fait face à distance à quelques milliers de personnes (ils prétendaient qu’ils seraient des dizaines de milliers, ils étaient à peine 11 000, selon la préfecture…) qui, dans la ville de Jeanne d’Arc, se dressent contre un fascisme d’opérette et prétendent dénier au premier parti de France le droit de mener une campagne normale.

Ne soufflons pas trop vite, simplement parce que les émeutes ont été moins apocalyptiques que prévu. Ce n’est pas la fin : ce n’est que le début, au contraire. Et ça ne va pas s’arranger.

 

Arnaud Florac

Votre commentaire