
Décidément, malgré les exhortations macronesques à l’« autonomie stratégique », quand ça ne veut pas, ça ne veut pas.
Bien sûr, entre une crise de la dette qui se profile et des pillages du vivrensemble émeutes « étudiantes », la désindustrialisation est un sujet qui passe rapidement à la trappe : l’industrie française, déjà mal en point, se retrouve seule dans une Europe qui se réarme sans elle, y compris dans la défense, secteur pourtant privilégié par les politiciens pour rouler des mécaniques…
Prenons les Forges de Tarbes, seule usine française capable de produire les corps creux des obus de 155 mm du CAESAr : auditionnés à l’Assemblée nationale en avril, ses salariés ont décrit un outil usé, des pannes à répétition et une trésorerie tendue comme un budget de Lecornu à tel point que l’usine a dû subir un 49.3 s’arrêter une quinzaine de jours faute de pouvoir acheter sa matière première. En 2025, elle a sorti environ 70 000 corps pour un objectif de 160 000, et la seule commande reçue pour 2026 s’élevait alors à 30 000 pièces, moitié moins que d’ordinaire. KNDS, de son côté, annonce des besoins de 60 000 à 150 000 corps creux d’ici 2028. Commandes molles, usine à la déroute, le tableau ressemble peu à une reprise en main « stratégique » vigoureuse.
Tout en négociant la cession de son pôle défense pour 150 millions, son actionnaire Europlasma affiche 37,9 millions d’euros de perte nette en 2025 et des capitaux propres négatifs de 24,3 millions. On dirait les meilleurs moments de Bruno Le Maire à Bercy.
Un prêt hypothécaire prévoit même la vente du site en cas de défaut. Selon les salariés auditionnés, l’État a versé 7,1 millions d’euros d’aide remboursable depuis la reprise, avec une absence de contrôles quasi-flegmatique. Ainsi, cinq tours à commande numérique ont été payés environ trois fois le prix du marché, ce qui serait une aubaine pour une « souveraineté industrielle » de bonne qualité, seconde main mais peu servie et qui passe le contrôle technique, n’est-ce pas.
Ce genre de déroute pourrait être un petit nuage noir dans un grand ciel bleu.
Malheureusement, ce n’est pas le seul.
Ainsi, pendant ce temps, chez Airbus, Lars Wagner, ancien de MTU Munich, dirige les avions commerciaux depuis janvier et passe pour l’héritier présomptif de Guillaume Faury dont le sort se règlera en 2027. La présidence du conseil vient d’échoir à une Espagnole : l’équilibre franco-allemand ressemble de plus en plus à un flamenco germano-espagnol dont Paris serait exclu.
D’ailleurs, le 8 octobre, le chef d’état-major des armées annonce aux députés que Berlin a quitté le projet de char commun MGCS. Le soir même, il rétropédale. Le lendemain, Boris Pistorius achève la clarification : « Le projet MGCS n’est pas terminé. Il n’a pas été abandonné. Personne ne l’a arrêté. » Ouf. Tout va bien et tout le monde sait qu’un programme que personne n’a arrêté, mais que personne ne fait avancer non plus est destiné à un succès retentissant, du même acabit que le SCAF, l’avion commun qui n’est plus que Français.
Il faut dire que Berlin a depuis longtemps cessé de mimer un couple franco-allemand qui n’a vraisemblablement que très peu existé.
En octobre 2022, l’Allemagne lance l’European Sky Shield Initiative, un bouclier antimissile fondé sur l’IRIS-T SLM allemand, le Patriot américain et l’Arrow 3 israélo-américain. Dix-sept pays y adhèrent dès 2023, Royaume-Uni compris, mais pas la France bien sûr, qui reprochait au projet de n’être pas assez européen et défendait son SAMP/T franco-italien (OSW). Et à la fin, toute l’Europe s’est donc équipée, mais pas franco-italien. Caramba !
On peut y voir une certaine difficulté française à attirer le collectif… Mais aussi une volonté allemande de continuer à jouer avec les Américains.
Ces deux facteurs jouent de plus en plus : le 16 septembre, Pistorius et Pete Hegseth ont ainsi signé au Pentagone une déclaration sur le rapprochement des industries de défense allemande et américaine. L’Allemagne est déjà le deuxième acheteur d’armes américaines en Europe, derrière la Pologne : 35 F-35A pour 10 milliards d’euros, 8 batteries Patriot, près de 450 missiles PAC-2 et PAC-3. Pologne qui montre là encore que Washington regarde nettement plus vers Varsovie que vers Paris.
Reste l’énergie, point faible allemand.
Des responsables américains et russes, autour de Jared Kushner, auraient évoqué la cession d’une partie de Nord Stream à un investisseur américain ; l’AfD, quant à elle, réclame la reprise des flux de gaz. Bien sûr, Berlin assure ne pas en vouloir, et pour le moment, les sanctions l’interdisent, mais la fermeté des gouvernements s’effritera vite quand les partis qui prospèrent sur les hausses de facture d’énergie vont arriver au pouvoir. Si le gaz russe revenait à bas prix, l’Allemagne y gagnerait un handicap de moins (il lui resterait la Chine et l’automobile, mais on ne guérit pas tout d’un coup). Et pour Washington, une Allemagne puissante et arrimée à ses fournisseurs d’armes est une configuration idéale.
Qui, en Europe, préférera alors s’adosser à Paris ? La France fournit pourtant des chiffres frappants. L’industrie manufacturière pesait 14,5 % du PIB en 2000, environ 10 % en 2025, pour 2,84 millions de salariés (France Industrie). Certes, 80 000 emplois nets ont été créés entre 2016 et 2024, puis 13 000 perdus en 2025. Appelons cela une réindustrialisation.
En face, Rheinmetall passe de 70 000 obus de 155 mm en 2022 à une capacité de 350 000 par an à Unterlüß dès 2027, et vise 1,5 million par an à l’échelle du groupe en 2030. La France, elle, a péniblement sorti en 2025 à Tarbes, en nombre de pièces, l’équivalent de ce que l’industriel allemand produisait au début de la guerre.
Quant au spatial, où la France jouait les premiers rôles, l’Europe a confié Euclid et plusieurs satellites Galileo à des Falcon 9 faute d’Ariane 6 à l’heure. Or SpaceX aurait cessé de prendre des réservations Falcon 9 au-delà de 2028, pour miser sur Starship.
Le plus drôle, c’est que personne n’a rien caché : les chiffres sont publics, les auditions publiques, les dépêches publiques. Mais tout ceci est fort technique et contredit assez violemment les postures de l’Exécutif.
À la fin, la France conserve son « autonomie stratégique », mais sans les obus, les alliés et l’argent.
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