
Chez Pujadas, David Lisnard a trouvé son meilleur agent de promotion. Elle s’appelle Lola-Fleur, est présentée seulement comme proche de LFI, alors qu’elle a été candidate LFI à Paris. Si un romancier l’avait inventée, on lui aurait reproché, à forcer le trait, de manquer de crédibilité : au-delà de la préciosité du prénom que même, dans nos colonnes, le facétieux Jany Leroy n’aurait pas osé, son compte Instagram est une accumulation de clichés : contente – et à raison – d’elle-même, la gracieuse jeune fille prend avantageusement la pose (pêle-mêle) devant un drapeau palestinien ou avec une pancarte « La police tue, Justice pour Nahel », sur une plage à l’île de Ré ou sur le ponton d’un bateau en Croatie, avec Sophie Chikirou puis en famille, tout sourire, entre papa et maman, coiffée de sa toque universitaire de lauréate en sciences sociales à l’université de Manchester. La scolarité s’y élève à environ 30.000 euros.
Pas de quoi empêcher Lola-Fleur d’arborer un joli tee-shirt « Taxez les riches » ou de tendre, en manif, devant des policiers – pour lesquels cette somme rondelette doit représenter pour certains pas loin de leur rémunération annuelle -, une pancarte fièrement revendicatrice : « Augmentez les salaires ». Lola-Fleur est un (joli) monument de contradictions et d’idéologie convenue. Avec chic et fierté, elle arbore un prêt-à-penser aussi à la pointe de la mode que son prêt-à-porter.
Moraline
Sur le plateau de LCI, elle a voulu donner une leçon de moraline à David Lisnard. Sur le ton pointu d’une maîtresse d’école voulant coincer un élève n’ayant pas bien appris sa leçon, elle lui a demandé : « Vous avez parlé des drapeaux algériens et demandé ce qu’ils faisaient là… Est-ce que vous pouvez nous rappeler ce qui s’était passé, le 17 octobre 1961 ? » Habituée à voir le personnel politique, y compris de droite, se coucher tête baissée et faire aussitôt repentance en battant sa coulpe sur la poitrine de ses aïeuls, elle n’a pas compris ce qui lui arrivait : « Je m’en fous, Madame », lui a répondu David Lisnard, « on s’en fout », « rien à foutre », « rien à cirer », « votre rhétorique ne m’intéresse pas, on la connaît par cœur ». Il se moque aussi de sa pédanterie : « Vous avez fait des études. Moi aussi, je suis allé à l’école. »
Nouvelle Énergie n’est pas seulement un nom de parti : c’est avec beaucoup de pugnacité que David Lisnard a fait du Ménard mâtiné de Zemmour et épicé d’une pointe de Trump. Et gageons qu’il a gagné, aussi sec, beaucoup de points à droite.
Rien à cirer
Ce « on s’en fout », devenu viral sur les réseaux sociaux, pourrait devenir la devise d’une droite (enfin) décomplexée et libérée de ses chaînes. Non pas que toute mort ne soit pas un drame, mais l’instrumentalisation de celles du 17 octobre 1961, jamais mises en balance avec les exactions atroces du FLN (il est à peu près certain que cette jeune femme, biberonnée à une Histoire hémiplégique, n’en sait absolument rien), ne mérite rien d’autre que d’être résolument écartée et ignorée : on s’en fout, comprenez on ne se laissera plus ficeler, neutraliser, annihiler par vos injonctions culpabilisantes.
Lola-Fleur W., c’est l’anti-Louise M. Élevée dans le confort matériel et intellectuel, jamais soumise à la moindre adversité, toujours du côté du manche et de la bien-pensance, elle doit aujourd’hui être secouée par la raillerie brutale dont elle fait l’objet (qui n’est pas à encourager, d’ailleurs, laissons le lynchage en meute à la gauche).
Et comprendre peut-être, à ses dépens, qu’elle a aujourd’hui aidé, mieux que n’importe quelle militante collant des affiches, l’homme politique qu’elle prétendait clouer au pilori. L’extrême gauche se croyait forte comme Goliath, elle a perdu face à David (Lisnard).
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