
Depuis plusieurs mois les relations entre le président américain Donald Trump et son homologue russe Vladimir Poutine posaient des problèmes d’interprétation au monde des médias réputés « conventionnels ».
Les choses se sont récemment accélérées et on voit apparaître de plus en plus distinctement le rapprochement qui est en train de s’opérer sous nos yeux. Donald Trump, afin de pousser Vladimir Poutine et Volodimir Zelenski à trouver les conditions rapides d’un «cessez le feu» prélude à une fin de la guerre qui oppose leurs pays, a proposé au président russe de lever les sanctions américaines afin que celui-ci puisse exporter du gazole partout où il le voudrait afin de faire chuter le prix de ce combustible. Il a aussi demandé au président ukrainien de cesser les attaques contre les raffineries russes. Or, il se trouve que ce dernier a refusé et c’est probablement ce qu’attendait Trump.
L’apparence d’un conflit peut être trompeuse
On nous parle d’une guerre entre la Russie et l’Ukraine qui a commencé en février 2022 par une agression russe destiné à conquérir l’ensemble du territoire ukrainien. Naturellement, l’occident garant du respect du droit international ne pouvait rester sans réagir et devait apporter son soutien à l’Ukraine. On disait même que l’Ukraine devait vaincre pour empêcher la Russie de s’étendre davantage et qu’elle nous menaçait directement.
Cependant, certains indices pouvaient laisser penser qu’il y avait un tout autre enjeu dans cette guerre qui, comme Trump se plait à le répéter, n’aurait jamais du se produire.
Dès mars 2022, un accord dont les termes étaient acceptables par les deux parties semblait à portée de signature. Un article publié par le Monde diplomatique en 2024 reprend le déroulement de ces pourparlers et on peut y lire le passage suivant :
«Malgré des désaccords importants, le projet du 15 avril laisse entendre que le traité sera signé dans les deux semaines. Les parties ont l’intention d’aller vite. « À la mi-avril 2022, nous étions près d’en finir et de conclure un accord de paix », déclarera l’un des négociateurs ukrainiens, M. Oleksandr Chalyi, lors d’une réunion publique à Genève en décembre 2023 (3). Pourquoi les négociations se sont-elles alors interrompues ? M. Poutine incriminera les puissances occidentales, moins préoccupées par la paix que par le désir d’affaiblir son pays. Il affirmera que M. Boris Johnson, alors premier ministre britannique, avait transmis un message aux Ukrainiens, au nom du « monde anglo-saxon », spécifiant qu’ils devaient « combattre jusqu’à ce que la victoire soit acquise et que la Russie subisse une défaite stratégique ».
Sans verser dans la caricature osée ensuite par M. Poutine, force est d’admettre la tiédeur de la réaction occidentale à ces négociations. Washington et ses alliés se montrent profondément sceptiques quant aux perspectives offertes par la piste diplomatique d’Istanbul. Le communiqué élude en effet la question des frontières, et les divergences demeurent nombreuses. Les Occidentaux ne croient pas au succès des négociations.
De plus, Washington n’aura — selon un ancien fonctionnaire américain proche du dossier — été consulté qu’après la publication du texte, alors même que le traité envisagé aurait engagé juridiquement les États-Unis — notamment en les obligeant à entrer en guerre avec la Russie si celle-ci envahissait à nouveau l’Ukraine. Au lieu de soutenir le communiqué d’Istanbul et le processus diplomatique qui en résulte, l’Occident décide d’augmenter son aide militaire à Kiev et d’accroître la pression sur la Russie, notamment par le biais d’un régime de sanctions de plus en plus sévères»
Puis, un peu plus loin dans le texte:
«Le Royaume-Uni se montre particulièrement peu enclin à la diplomatie. Dès le 30 mars, M. Johnson déclare : « Nous devrions continuer à intensifier les sanctions avec un programme évolutif jusqu’à ce que toutes les troupes [russes] aient quitté l’Ukraine. » Le 9 avril, le premier ministre débarque à Kiev, devenant le premier dirigeant étranger à se rendre sur place depuis le début de la guerre. Selon le Wall Street Journal, il déclare alors à M. Zelensky que « tout accord avec Poutine serait sordide » et que cela reviendrait à « une victoire pour lui [M. Poutine] : si vous lui donnez quoi que ce soit, il le gardera, le mettra en banque et préparera son prochain assaut . »
Cette surprenante surenchère permet de penser que l’Angleterre n’agissait pas pour son propre compte mais se faisait le relais de l’Etat profond américain qui se trouvait alors représenté à la Maison Blanche, mais qu’il ne faisait pas entièrement confiance à Joe Biden. On peut penser que ce choix d’établir un potentiel conflit entre la Russie et l’Ukraine remontait à plusieurs années et que son activation serait une question de circonstances le moment venu.
Pour quelle raison l’État profond a-t-il provoqué cette guerre ?
Lors de son premier mandat, Trump à fait sortir l’État profond de l’ombre protectrice dans laquelle il se tenait depuis les années 50. Cette dualité de pouvoir entre lui et la Maison Blanche, longtemps restée ignorée des Américains est alors apparue et la défaite de Trump en 2020 a provoqué beaucoup d’interrogations.
Depuis 2005, un certain nombre de pays voulant se dégager de la domination occidentale ont entrepris de s’unir afin de construire une nouvelle architecture mondiale dans laquelle les souverainetés nationales seraient respectées. (Discours de Poutine Munich 2007)
Les incontestables progrès de cette démarche ont suscité des inquiétudes parmi les dirigeants de l’Etat profond, dont l’essentiel du pouvoir résidait dans le contrôle du dollar et de la puissance militaire américaine.
Conscients du fait que le temps travaillait contre eux, ils tentèrent d’endiguer la montée en puissance de leurs adversaires en lançant l’opération «Great Reset» qui a débuté en août 2019 avec le discours de Mark Carney, alors gouverneur de la Banque d’Angleterre.
Le Great Reset n’ayant pas donné les résultats escomptés, l’entrée en guerre de la Russie a permis d’appliquer des sanctions économiques qui devaient «mettre l’économie russe à genoux». Mais cela a surtout mis en évidence que le monde «multipolaire», alternatif à celui, monopolaire, dirigé par l’Etat profond occidental et supra-national, avançait rapidement et que la part du dollar dans le commerce international diminuait rapidement.
Les conditions d’un conflit opposant l’occident au reste du monde se mettaient en place, et l’État profond s’y préparait.
La réélection de Trump
En novembre 2024, Donald Trump est réélu. Il ne perd pas de temps et réinvestit avec des gens dont il est sûr les postes clés de son administration. De son côté, l’Etat profond américain, qui se sentait menacé depuis plusieurs années, accèlère son repli vers l’ Europe, et notamment l’Angleterre, dont il émanait depuis plus d’un siècle. L’isolationnisme déclaré de Trump était totalement incompatible avec l’idée de domination mondiale qui avait prévalue dans l’establishment britannique à la fin du 19ème siècle, socle idéologique de l’Etat profond américain. Sur ce sujet, le lecteur trouvera tout le détail dans le livre de Caroll Quigley «l’histoire secrète de l’oligarchie anglo-américaine» et celui de Peter D Scott « l’Etat profond américain ».
Trump a poursuivi sans relâche depuis le début de son second mandat la lutte qu’il mène contre cet Etat profond devenu international dont l’Union européenne semble constituer la base arrière, ce qui peut expliquer la vigueur de ses attaques contre elle. De plus, l’éloignement progressif de l’OTAN du président américain posait la question de la survie de cette organisation qui avait toujours été intimement liée à l’Etat profond que Trump combattait par ailleurs.
Le rapprochement Trump – Poutine
Il est le résultat logique de ce combat mené par Trump et il lui est utile pour au moins 3 raisons :
La première est leur intérêt commun à affaiblir l’Union européenne. Cette dernière étant de plus en plus colonisée par l’État profond peut se révéler un adversaire en s’opposant à la mise en place de ce monde multipolaire en train de naître qui va sonner le glas du projet de domination mondiale mis en place par les jeunes Anglais de la «Round Table» dont parle Quigley.
La seconde est que Trump a tout intérêt à faire miroiter à Poutine qu’il pourrait augmenter son l’influence sur l’Europe occidentale en se rapprochant du concept très gaullien d’une «Europe des nations» qui s’étendrait de l’Atlantique à l’Oural. Cela pourrait inciter la Russie a se retourner vers l’ouest et se distancier de la Chine, rendant ainsi plus équilibré un futur monde tripolaire.
Enfin, la troisième raison est que l’influence des Etats-Unis sur la marche du monde est déclinante et que le fait d’avoir un allié comme la Russie leur redonnerait une importance géopolitique. La politique d’accrétion territoriale menée par Trump vers le Groenland et le Canada poursuit manifestement ce même objectif.
Le piège de Thucydide
Le piège de Thucydide entre l’État profond et le reste du monde se met-il en place sous nos yeux ? Certains indices peuvent y conduire comme le fait d’avoir des conflits prolongés en Ukraine, en Iran et au moyen orient. Ils peuvent agir comme des détonateurs pour s’étendre et se rejoindre dans un conflit généralisé qui rebattrait alors toutes les cartes de la géopolitique mondiale. L’État profond ira-t-il jusqu’au bout de la démarche ?
C’est probablement une des raisons pour lesquelles Donald Trump semble pressé d’y mettre un terme. Le pourra-t-il ?
C’est toute la question à laquelle le sort du monde semble suspendu.
Jean Goychman
Illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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