
par François Marcilhac
Elle a tout, rogne, teigne… et le reste, et la gale !
Qu’on la pende pour voir un peu dinguer en croix
Sa vie horizontale et sa mort verticale !
Verlaine, Buste pour mairies
Alors que les émeutes de samedi dernier, organisées dans toute la France avec le concours de La France insoumise, a indigné à juste titre tous nos compatriotes, ceux-ci ont paru toutefois étonnés, pour ne pas dire scandalisés que des manifestants s’en soient pris aux mairies, jusqu’à incendier celle de Limoges, ou plus simplement y aient pénétré, pour les dégrader et y renverser un buste de Marianne, comme à Marseille. La mairie, n’est-ce pas le lieu des libertés communales reconnues comme telles ? Et Marianne n’est-elle pas le symbole de la République, dont le devise est « liberté, égalité, fraternité » ?
La pendaison de Marianne
Quel sens y a-t-il pour des manifestants à commettre un tel sacrilège aux yeux de compatriotes qui assimilent encore, même si c’est de plus en plus par simple réflexe conditionné et de moins en moins par conviction sincère, la République à nos libertés ? Nous ne manquerons pas au plaisir de rappeler cette anecdote riche d’enseignement, qui date du début du XXe siècle. Le 3 août 1908, à Paris, dans l’après-midi, à la Bourse du travail, rue du Château d’Eau, d’une fenêtre du 3e étage descendit un drapeau noir aux plis duquel était attaché par le cou un buste de la République peint en rouge. La même cérémonie recommença quelques instants après avec un drapeau rouge. Le lendemain, 4 août, dans L’Action française, Maurras écrit que « la pendaison de Marianne devant la Bourse du travail est l’acte le plus significatif de notre histoire depuis le 14 juillet 1789. Bourgeois, conservateurs, le comprendrez-vous ? » Et de commenter : « Lettré, cultivé, maître de grands loisirs pour la réflexion, le bourgeois n’a pas su lire ce que l’ouvrier qui pendait le buste de Marianne devant la Bourse du Travail a pu déchiffrer couramment — le nom et le prénom de l’ennemi commun : politique ! démocratie ! »
Manifestants ou racailles ?
Malheureusement, il faut en prendre conscience : si la vue du buste de Marianne le nez à terre dans le hall de la mairie de Marseille ne nous a pas franchement scandalisés, nous ne nous en sommes pas pour autant réjouis. Car, en 2026, cet acte est loin d’être un acte de revendication sociale et politique désignant l’ennemi — une république bourgeoise et oligarchique, préemptant la démocratie pour mieux imposer son ordre injuste. Maurras ne cessait de le répéter à l’époque, et encore sous le Front populaire : oui, il faut « établir le prolétariat », c’est-à-dire lui donner toute sa place dans la société afin que les ouvriers et leurs familles puissent assurer à la fois leur présent et leur avenir, une charité aléatoire ne pouvant fonder un ordre social qui doit reposer sur le respect de chacun. En pendant Marianne, les anarcho-syndicalistes de l’époque, avec lesquels, du reste, l’Action française fera un bout de chemin dans le cadre du cercle Proudhon dont la guerre de 14-18 interrompra les promesses, ces anarcho-syndicalistes désignaient donc bien l’ennemi de tout « établissement » social et civique du prolétariat et c’est la raison pour laquelle Maurras parle d’« acte le plus significatif de notre histoire depuis le 14 juillet 1789 » : il salue la lucidité de ces travailleurs.
Mais aujourd’hui ? En dégradant les mairies, en renversant les bustes de Marianne, que font les manifestants ? Pour donner la réponse, il faut tout d’abord comprendre qu’il ne s’agit précisément pas de manifestants, encore moins d’ouvriers exprimant symboliquement et légitimement une colère nourrie d’une prise de conscience politique. Non, il s’agit de simples racailles, plus ou moins politisées, plus ou moins narco-trafiquées, cet électorat composite que cherche à séduire LFI et que Mélenchon croit pouvoir manipuler, alors qu’il a certainement ouvert une boîte de Pandore : on ne favorise pas impunément la racaille, même si, pour l’instant, c’est le pays réel, ce sont les travailleurs, jusqu’aux lycéens dont certaines revendications sont loin d’être méprisables, qui en sont les premières victimes, le gouvernement se montrant particulièrement lâche ou incompétent pour empêcher d’agir les casseurs.
Or, ce nouveau lumpenprolétariat, c’est bien la République qui l’a laissé prospérer, l’a même en partie importé au nom de la liberté économique en vue de faire baisser les salaires. Et elle n’a même pas cherché à l’« établir » puisqu’elle mettait au même moment en doute la légitimité de l’existence de notre pays et de notre culture, organisant jusqu’à la dégradation de l’enseignement public, par voie de conséquence, d’un enseignement privé sous contrat trop souvent d’une docilité confinant à la servilité. Non, ce que ces racailles dégradent, renversent, du fond de leur inculture et de leur haine pour tout ciment social, c’est à la fois les lieux effectifs du pouvoir — en l’occurrence le pouvoir local mais le maire est également agent de l’État — et, dans le buste de Marianne, le symbole de la France elle-même, puisque la République a réussi à leur faire croire qu’elle avait absorbé ce pays que nos élites politiques, droite et gauche confondues, n’ont plus cherché à faire aimer aux nouveaux arrivants, le salissant dès le plus jeune âge, dans la tête des jeunes, de souche ou immigrés ou enfants d’immigrés.
Être à la hauteur
C’est pourquoi si Marianne gît le nez cassé à terre, elle n’a à s’en prendre qu’à elle-même. Ces émeutiers sont le fruit de décennies à la fois de crimes et d’erreurs politiques commis par la république au nom de ses prétendues valeurs. Pêle-mêle, 80 ans de plan Langevin-Wallon reposant sur un égalitarisme mensonger aboutissant à un baisse systémique du niveau scolaire sur fond d’imposture pédagogique ; des politiques migratoires inconsidérées pour répondre à la fois à l’avarice d’une bourgeoisie affairiste et mondialiste qui ne semble pas s’être améliorée depuis Maurras, avec la complicité d’une gauche cosmopolite, qui a trouvé là le moyen d’un prolétariat de substitution ; une perte « sociétale » de tous les repères visant la jeunesse le plus tôt possible ; un individualisme consumériste dégradant ces valeurs que sont la famille, le travail et l’effort ; un mépris ouvertement affiché pour une patrie dont il convient de salir l’histoire, d’éradiquer l’enseignement de la culture, qui, du reste, n’existe pas… Mai-68 qu’on accable de tous les maux ne fut qu’une étape dans cette longue dégradation de notre pays, qui a commencé bien avant et que Macron n’a fait qu’aggraver. Il ne s’agit évidemment pas de désespérer, ce qui, en politique, est une sottise absolue. Il y a toujours une jeunesse remarquable, celle qui était au stade de France, venue prier pour le pape, ou celle, aussi qui, croyante ou non, sait faire acte de générosité et se dépenser pour autrui sans compter, même si la cause n’est pas toujours la mieux appropriée. La famille continue d’exister et lorsque la patrie est menacée, comme lors des massacres islamistes commis en France, un surcroît de dévouement et d’engagement surgit par tout le pays. Nous renvoyons à leur triste plaisir solitaire les décadentistes de tout bord. La jeunesse de France, la jeunesse réelle, n’attend qu’une chose : qu’on lui montre une voie digne de s’y engager totalement. À nous d’être à la hauteur.
https://www.actionfrancaise.net/2026/10/19/marianne-le-nez-a-terre/
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