
C’est avec effarement que le monde a découvert les images d’une France en flammes, ce week-end. Notre pays, symbole traditionnel de raffinement et d’élégance, fait désormais l’objet du regard stupéfait de la presse internationale, et notamment latino-américaine. Au gré des titres revient une question, une seule : « Mais que se passe-t-il en France ? »
Pour la presse sud-américaine, des scènes de guerre
Du côté de l’Argentine, le média en ligne Infobae souligne les prévisions de nouvelles émeutes et met en avant les demi-aveux macroniens pointant les failles du renseignement. Ce quotidien, le plus lu d’Amérique latine, semble s’étonner que les autorités françaises aient mis en cause l’extrême gauche sans mentionner de lien entre l’insécurité et l’immigration, au contraire des déclarations de Donald Trump et de son vice-président J.D. Vance qui, eux, l’ont pointée, quitte à établir des raccourcis hâtifs érigeant l’immigration en cause exclusive du problème.
Quelle que soit son orientation politique, l’ensemble de la presse converge vers un même constat : l’image d’une France ravagée. O Globo (Brésil) présente un Emmanuel Macron sous pression, El Espectador (Colombie) parle d’émeutes sans précédent, le quotidien péruvien El Comercio se fait l’écho d’un pays devenu étranger à lui-même, marqué par des scènes de guerre, quand La Nación, grand quotidien argentin, s’attarde sur les villes remplies de vitrines brisées où restent les carcasses fumantes de voitures carbonisées. Le quotidien chilien El Mercurio s’est, quant à lui, livré à un bilan chiffré. Tout y est, ou presque : 2.000 interpellations, des centaines de pompiers et policiers blessés, près de 1.500 boutiques « endommagées », des centaines de millions d’euros de pertes. Y figurent même les couvre-feux partiels fraîchement annoncés par Sébastien Lecornu.
Mais parmi les réactions outre-Atlantique, une prise de parole en particulier est sortie du lot : celle du président du Salvador Nayib Bukele. Dans un message publié sur X, le dirigeant salvadorien explique avoir relevé une situation bien pire que celle de la France : « J’ai entendu dire que la France était finie, qu’il était trop tard pour la sauver. Mais la France est toujours aussi belle, enviable même. Sa grandeur n’a pas disparu, elle ne demande qu’à renaître. Nous avons surmonté en un an un problème cent fois plus grave, sans avoir les moyens dont dispose la France. La France pourrait y arriver en une semaine. » Mais comment ?
Au Salvador, la méthode Bukele
Avant l’élection de M. Bukele, le pays était littéralement submergé par des guerres intestines entre gangs aussi puissants que mortifères. En 2015, le Salvador se retrouvait même classé comme le pays le plus dangereux du monde. Et pour cause : dans un espace public en grande partie déserté par les forces de l’ordre, le nombre d’assassinats avoisinait les 7.000 par an.
Aujourd’hui, sept ans après la première élection de M. Bukele, les statistiques officielles ne décomptent plus un seul meurtre depuis quatre ans et demi, et des sources plus neutres confirment que le taux d’homicide est le plus bas d’Amérique latine.
Aux grands maux, de grands remèdes : Nayib Bukele a mobilisé l’armée pour quadriller les rues et mis en place le CECOT (Centro de confinamiento contra el terrorismo). Dans cette méga-prison de haute sécurité, les conditions de détention sont draconiennes : les prisonniers sont massés dans des pavillons cloisonnés, surveillés 24 heures sur 24 par des gardes lourdement armés. « Pour le CECOT, nous avons un engagement avec les Salvadoriens : que ceux qui iront là-bas ne reviennent jamais et ne retournent jamais dans les communautés », déclarait, à la BBC, le ministre de la Justice Santiago Villatoro.
Une gouvernance d’exception, rendue possible par le décret d’état d’urgence en vigueur depuis 2022. Les procédures sont critiquables et certaines conditions de détention peuvent être jugées inhumaines : au CECOT, les prisonniers sont entassés et privés de toute sortie à l’air libre, malgré une température moyenne dépassant souvent les 30 °C, avec un taux d’humidité de 60 %. Sans compter que l’état d’urgence peut couvrir des incarcérations plus ou moins arbitraires.
Mais s’il faut reconnaître les défauts de cette méthode, il faut alors avoir l’objectivité de constater qu’elle est le résultat d’années de laxisme des autorités de l’État. Cette fois, hélas, toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé n’est ni fortuite ni le fruit d’une pure coïncidence.
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