
Le matin, «tous les travailleurs se bousculaient pour aller dans mon camion. Ils voulaient tous venir avec moi» sur les chantiers d’aménagement extérieur, assure l’accusé, désormais salarié d’une société privée de paysagiste. «Pour moi, j’étais le grand frère». «Vous avez sept travailleurs handicapés» qui expliquent pourtant que «vous leur avez porté des coups, notamment de bâton, que vous avez utilisé un manche à balai pour l’introduire dans leur anus, fait baisser le pantalon…», lui oppose la présidente de la cour, égrainant les témoignages concordants de différents plaignants, tous des hommes.
«Je suis pas un agresseur sexuel». «Alors pourquoi ils portent ces accusations contre vous ?», demande la présidente. «Je sais pas», souffle Ahmed M., l’air désemparé. «Je sais pas». Pendant plus de quatre heures d’interrogatoire, il répètera cette phrase des dizaines de fois. Le quadragénaire ne reconnaît aucun des faits de viols, agressions sexuelles, violences aggravées et actes de torture ou de barbarie qui lui sont reprochés. Mais il ne parvient pas non plus à expliquer ce qui a poussé les travailleurs de l’Esat à dénoncer de tels agissements, une fois son contrat à durée déterminé (CDD) terminé, à la suite d’un différend avec une autre monitrice. «C’est un complot», avait-il déclaré lors de ses premières auditions. «C’est peut-être l’effet de groupe», nuance-t-il une décennie plus tard, qualifiant l’un des employés de «super menteur» et un autre de «manipulateur».
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