
Ils sont 763 000. C’est le nombre d’enfants étrangers nés en France et âgés de moins de 18 ans qui vivaient sur le territoire au 1er janvier 2024. Sauf changement de la loi, la plupart deviendront français à leur majorité par le seul effet du droit du sol. Le chiffre figure dans une étude d’une cinquantaine de pages publiée par 2 groupes de réflexion classés à droite, la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) et l’Observatoire de l’immigration et de la démocratie (OID). Elle s’appuie sur les données de l’Insee, du ministère de l’Intérieur et d’Eurostat.
3 millions d’acquisitions depuis 2000
Depuis l’an 2000, environ 3 millions de personnes nées étrangères sont devenues françaises. 1,6 million l’ont été par naturalisation, sur décision de l’administration. 770 000 l’ont été par le droit du sol dit « différé », qui permet aux enfants nés en France de parents étrangers de devenir français à 18 ans, ou dès 13 ans de manière anticipée, s’ils ont résidé au moins 5 ans en France. 560 000 enfin l’ont été par mariage avec un Français ou une Française.
Selon les auteurs, c’est près de 2 fois plus que durant le dernier quart du XXe siècle. Cette hausse n’a pourtant pas fait baisser la part des étrangers dans la population. Elle a au contraire presque doublé, de 5,5 % en 1999 à 9,1 % en 2025, un record qui dépasse les pics de la fin des années 1920 et des Trente Glorieuses. Pour l’étude, la naturalisation ne suffit plus à absorber des flux migratoires eux-mêmes historiquement élevés.
Les chiffres du ministère de l’Intérieur vont dans le même sens. En 2025, 377 000 premiers titres de séjour ont été délivrés, soit 9,2 % de plus en un an. Les renouvellements progressent aussi, en particulier pour motif familial (+10,5 %). Fin 2025, environ 4,5 millions d’étrangers résidaient légalement en France, et près de 3 millions de visas ont été accordés dans l’année.
De la loi Pasqua à la loi Guigou
L’étude revient sur l’histoire récente du droit de la nationalité. En 1993, la loi Pasqua-Méhaignerie avait supprimé l’automaticité : les jeunes nés en France de parents étrangers devaient manifester leur volonté de devenir français entre 16 et 21 ans. Votée sous le gouvernement Jospin, la loi Guigou de 1998 a rétabli l’acquisition automatique à la majorité. C’est toujours le régime en vigueur.
La naturalisation par décret, gérée par le ministère de l’Intérieur, s’est en revanche durcie : 5 ans de résidence en principe, intégration professionnelle, absence de certaines condamnations, preuve de l’assimilation. Les circulaires de Bruno Retailleau en 2025 ont encore relevé ces exigences. Le droit du sol et le mariage, qui relèvent de la justice, échappent eux à tout contrôle d’assimilation. Les auteurs dénoncent aussi un empilement d’exceptions : délais réduits ou supprimés pour les étudiants ayant validé 2 années d’études en France, pour les ressortissants de certains pays francophones et pour les réfugiés, ou accès de plein droit à la nationalité pour les mineurs non accompagnés après 3 ans de prise en charge par l’aide sociale.
61,5 % des nouveaux Français originaires d’Afrique
L’étude détaille l’origine des nouveaux Français entre 2004 et 2023. 61,5 % sont originaires du continent africain, Maghreb compris, soit 3 fois plus que les Européens (20 %). Les ressortissants du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie représentent à eux seuls 36 % des acquisitions. Les Marocains forment le premier contingent, avec plus de 400 000 personnes, soit 1 nouveau Français sur 6.
Parmi les 20 nationalités d’origine les plus représentées, 12 sont africaines, dont 9 d’Afrique subsaharienne (Côte d’Ivoire, Mali, Sénégal, Congo, Cameroun, Comores, République démocratique du Congo, Guinée, Madagascar). Seules 4 sont européennes : le Portugal, la Serbie, la Roumanie et le Royaume-Uni. Plus largement, 49 % des immigrés vivant en France sont nés en Afrique, contre 30 % en Europe. Pour les auteurs, c’est l’immigration la plus africaine d’Europe.
La France est aussi la porte d’entrée privilégiée vers la citoyenneté européenne pour certaines nationalités. 83 % des Algériens devenus citoyens d’un pays de l’Union l’ont fait en devenant français, contre 61 % des Tunisiens et 28 % des Marocains. Les auteurs l’expliquent en partie par un effet de la citoyenneté européenne : les ressortissants de l’Union, dispensés de titre de séjour et admis dans la plupart des emplois publics, ont moins de raisons de demander la nationalité française.
Un enjeu électoral pour 2027
L’étude s’aventure ensuite sur le terrain électoral. Selon les données qu’elle mobilise, les électeurs dont les 2 parents sont d’origine extra-européenne déclarent 4 fois plus souvent que les autres une intention de vote pour La France insoumise en 2027. Ils sont 2 fois moins nombreux à envisager un vote pour Les Républicains, et près de 3 fois moins pour le Rassemblement national. Les auteurs mettent en garde contre la tentation, pour certains partis, d’adapter leur position sur l’accès à la nationalité à ces préférences électorales.
La question n’est pas nouvelle. En 2011, le think tank Terra Nova, proche du PS, conseillait déjà à la gauche de miser sur les jeunes, les urbains et les électeurs issus de l’immigration. Il estimait alors que 500 000 à 750 000 personnes naturalisées entre 2007 et 2012 pourraient voter à la présidentielle suivante.
Une voie unique : la naturalisation par décret
Pour y remédier, l’étude propose de faire de la naturalisation par décret la seule voie d’accès à la nationalité française. Droit du sol et mariage seraient supprimés comme modes d’acquisition automatique. Une naissance en France ou un mariage avec un Français donnerait seulement droit à une « bonification » dans la procédure. Le délai de résidence exigé passerait de 5 à 10 ans, toutes les dérogations disparaîtraient sauf pour les profils exceptionnels, et le contrôle de l’assimilation serait renforcé. Le directeur général de l’OID, Nicolas Pouvreau-Monti, résume ce principe : « Personne ne doit devenir français sans l’avoir voulu expressément », ni sans que la République ne l’ait décidé.
Un sondage Ifop réalisé pour l’OID en accompagnement de l’étude indique que 61 % des Français soutiennent cette voie unique, dont 35 % très favorables. La mesure est approuvée par 70 % des sympathisants de Renaissance, par plus de 4 sympathisants socialistes et écologistes sur 10, et par 1 sympathisant LFI sur 3.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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