
Les menaces s’amoncellent. L’Europe regarde ailleurs
Le 5 octobre 2026, les États-Unis ont brusquement rapatrié sur le sol américain 12 bombardiers B-1 qui stationnaient sur une base aérienne du sud de l’Angleterre. Ce retrait précipité s’explique par la crainte d’une attaque de drones manigancée par le Corps des Gardiens de la Révolution iraniens. Israël aurait aussi alerté Washington et Berlin sur les menaces qui pèsent sur plusieurs installations militaires américaines en Allemagne, notamment les bases aériennes de Ramstein et de Spangdahlem.
La guerre Iran-États-Unis avait déjà débordé hors du territoire iranien. Les missiles tirés par le Corps des Gardiens de la Révolution avaient visé et atteint Bahreïn, Dubaï, le Qatar, l’Arabie Saoudite et même la Jordanie. Ce n’étaient pas seulement les hôtels de luxe qui étaient visés, mais aussi les installations militaires américaines. Et la précision des tirs a, semble-t-il, causé de sérieux dégâts.
Le rapatriement des bombardiers montre que l’Europe, déjà base arrière du terrorisme palestinien, est aussi devenue la base arrière du conflit qui oppose l’Iran aux États-Unis et à Israël.
DJIHAD EN EUROPE, ÉTAT DES LIEUX
L’Europe n’a jamais cessé d’être la base arrière du terrorisme palestinien. Elle était donc toute désignée pour devenir le prolongement de la guerre israélo-américaine contre l’Iran.
Le rapport Europol 2026, consacré à la situation sécuritaire dans l’Union européenne en 2025, montre que le djihadisme a représenté plus de la moitié des attentats signalés par 10 États membres (24 sur 45) et que les djihadistes arrêtés (347) représentent 71 % des suspects arrêtés (486).
Le risque iranien. Le 23 juillet, les Gardiens de la Révolution iraniens ont fait savoir que « toute base utilisée pour lancer des attaques sur le territoire iranien est une cible légitime pour nos forces ». Autrement dit, partout où sont les États-Unis, la guerre sera.
Jusqu’à présent, les Iraniens se bornaient en Europe à des opérations clandestines contre des individus ou des synagogues. Ils agissaient généralement par l’intermédiaire de mafias et de gangs locaux. Mais le mouvement a pris une telle ampleur que, le 10 juin 2026, 24 pays, principalement européens, ont condamné explicitement « les complots meurtriers et autres actions malveillantes perpétrés en Europe, en Amérique du Nord et en Australie par l’Organisation du renseignement du Corps des Gardiens de la Révolution islamique d’Iran, la Force Qods et le ministère du Renseignement et de la Sécurité (iraniens) ».
Le communiqué a mis explicitement en cause l’utilisation, par les « services de sécurité iraniens, de groupes criminels internationaux et locaux ».
Le risque iranien est particulièrement présent en Grande-Bretagne, où le MI5 a déjoué « plus de vingt projets potentiellement létaux soutenus par l’Iran en 2025 », mais aussi en Allemagne (présence ancienne du Hezbollah), où il se cumule et se superpose à d’importants courants islamistes sunnites. Rappelons qu’en 2020, les services allemands ont découvert que le Hezbollah, mouvement chiite lié à l’Iran, avait stocké des centaines de kilos de nitrate d’ammonium, un produit hautement explosif, dans le sud de l’Allemagne.
Le risque Hezbollah. Le risque Hezbollah ne doit pas disparaître derrière l’étiquette « Iran ». Le mouvement chiite libanais soutenu par l’Iran est, depuis plusieurs décennies, investi dans le trafic de drogue et la contrefaçon en Europe et au Moyen-Orient. À ce titre, il est en relation avec les réseaux criminels européens, qu’il ne se prive pas de mobiliser pour cibler des synagogues ou des centres communautaires juifs.
Le risque Hezbollah démultiplie le risque iranien. Téhéran active à son gré plusieurs instruments européens — IRGC, Hezbollah, réseaux criminels locaux — selon les circonstances.
Le risque Hamas. En mars 2026, un tribunal de Berlin a prononcé des peines de prison allant de quatre ans et demi à six ans contre quatre hommes reconnus coupables d’appartenance au Hamas. Ils avaient constitué des dépôts d’armes en vue d’opérations contre différentes cibles juives ou israéliennes, dont l’ambassade d’Israël à Berlin et la base américaine de Ramstein.
En octobre 2025, toujours en Allemagne, trois agents présumés du Hamas ont été arrêtés pour avoir acquis armes et munitions en vue d’attaques contre des cibles israéliennes ou juives.
L’Allemagne peut être considérée comme le centre de l’organisation européenne du Hamas, avec des caches d’armes un peu au Danemark, en Roumanie, en France… « Les capacités opérationnelles du Hamas ayant été décimées à Gaza, le groupe cherche d’autres moyens de mener des attaques. Les responsables européens et israéliens craignent que le Hamas n’ait pris la décision de se globaliser et de mener des complots à l’étranger, marquant un changement significatif par rapport au mode opératoire précédent du groupe », écrivait Matthew Levitt, chercheur au Washington Institute for Near East Policy, en 2025.
Les risques État islamique et Al-Qaïda
L’État islamique (EI) et Al-Qaïda représentent le risque terroriste sunnite. Les deux mouvements tiraient leur puissance d’une assise territoriale aujourd’hui disparue : l’Irak et la Syrie pour l’EI, l’Afghanistan pour Al-Qaïda. Le numérique est devenu leur nouveau champ de bataille pour la diffusion des idées djihadistes et le recrutement. La France, durement frappée le 13 novembre 2015 (Bataclan), est particulièrement exposée. La DGSI indique avoir déjoué 16 projets d’attentat depuis 2024, dont 7 en 2025.
Les autorités européennes n’hésitent pas à contrer hors d’Europe des réseaux djihadistes. Entre le 1er et le 5 juin, Europol a mené une opération antiterroriste conjointe avec huit services de police européens et le FBI, contre l’État islamique de la province du Khorasan (EI-K) et ses réseaux de soutien en Europe.
Quant à Al-Qaïda (Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015), l’Afrique de l’Ouest et le Sahel lui servent aujourd’hui de profondeur stratégique, avec des conséquences migratoires, financières et sécuritaires qui dépassent largement le théâtre africain.
Le « loup solitaire » radicalisé en ligne
Telegram, TikTok, les plateformes de jeux en ligne servent d’incubateurs de radicalisation. Le Soufan Center (juin 2026) souligne que ces outils favorisent un endoctrinement et un recrutement rapides, parfois « en l’espace de quelques semaines seulement », pour le djihad mondial.
Le service de renseignement britannique, le MI5, affirme que les mineurs jouent un rôle croissant dans le terrorisme. « Un cinquième des 232 arrestations pour terrorisme l’an dernier concernaient des jeunes de moins de 17 ans », indiquait sir Ken McCallum, directeur général du MI5, le 16 octobre 2025.
DJIHAD VS INDIFFÉRENCE
Comme le remarquait récemment Le Figaro, « les rapports sur le terrorisme islamiste se succèdent dans une relative indifférence ».
Cette « indifférence » des populations occidentales est structurée par cinq piliers.
⦁ La banalisation. Après vingt-cinq ans d’attentats, le terrorisme islamiste est devenu une menace « normale ».
⦁ Le déplacement de méthodique de l’attention. Les médias mettent l’accent sur la guerre en Ukraine, Trump, le climat, la Palestine… mais pas sur le risque djihadiste. S’ils le faisaient, les Européens pourraient en conclure qu’ils sont des Israéliens comme les autres : soumis aux mêmes risques de voiture-bélier, d’attentats au couteau et d’agressions de type 7 octobre. Mais
⦁ le « palestinisme », idéologie dominante aujourd’hui en Europe, interdit de pointer du doigt le danger djihadiste.
⦁ Le succès paradoxal des services de sécurité. Plus les services de sécurité déjouent un nombre croissant d’attentats, moins le public est sensible à la menace.
⦁ La difficulté à nommer l’ennemi. Dénoncer le terrorisme islamiste, c’est considérer que le voisin musulman est un risque. C’est craindre que le fils de 15 ans de ce voisin musulman cède aux sirènes en ligne du djihad. Alors, mieux vaut fermer les yeux.
⦁ Et surtout, la transformation du citoyen en consommateur. À force de se considérer comme des consommateurs uniquement préoccupés de leur pouvoir d’achat, les citoyens européens ont oublié qu’ils étaient aussi les acteurs d’une civilisation. Ils ne voient pas que c’est elle que le djihad attaque.
Les gouvernements européens qui ont dépolitisé leur population ne sont guère enclins à développer une vision à long terme. Quelle que soit leur antipathie pour Donald Trump et Israël, ils auraient pu considérer qu’il en allait de leur intérêt d’empêcher l’Iran de bloquer le détroit d’Ormuz par exemple. Mais leur refus d’intervenir aux côtés des États-Unis est un aveu. L’Europe se sait visée, mais préfère attendre que d’autres — Américains, Israéliens, monarchies du Golfe — prennent le risque à sa place. Leur communiqué du 19 mars est un concentré de pusillanimité. Les Européens veulent le pétrole, le commerce et la sécurité, mais refusent de payer le prix de la guerre qui les garantit.
Yves Mamou
https://ripostelaique.com/lautruche-europeenne-face-au-djihad/
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