
C’est un petit pavé dans la mare que lance l’Inspection générale des finances. Dévoilé par nos confrères de La Lettre, un rapport de l’IGF dézingue la politique française d’aide publique au développement. Absence d’objectifs clairs, saupoudrage des crédits, gouvernance problématique : le document valide les attaques portées, ces derniers mois, par la droite contre l’Agence française de développement, de Sarah Knafo dans son livre Le Casse du siècle à Guillaume Bigot, qui dénonçait « une AFDgate ». Ce dernier, député RN du Territoire de Belfort et membre de la commission des affaires étrangères, commente ce rapport de l’IGF au micro de BV : « Ça reprend quasiment mot à mot les conclusions des deux rapports que j’avais faits sur le sujet. Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre qu’il y avait des problèmes. »
Pour Guillaume Bigot, le problème tient d’abord à une politique française devenue incontrôlable. À son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a considérablement augmenté l’aide au développement, notamment au Sahel, dans le prolongement des opérations militaires Serval et Barkhane. « On sécurisait une zone qui était quasiment de la taille de l’Europe, sur plusieurs pays », rappelle le député, évoquant la stratégie des trois « D » : Défense, Développement, Diplomatie. Mais après l’échec de cette politique, la France n’aurait pas tiré les leçons nécessaires. « On s’est lancé dans une politique tous azimuts, en fait », déplore-t-il. En intervenant dans 124 pays, avec une multitude de fonds et de canaux de financement, Paris aurait perdu la maîtrise de ses dépenses. Selon Guillaume Bigot, moins de 30 % de l’aide irait aux pays considérés comme prioritaires, tandis qu’une cinquantaine de pays à revenus intermédiaires en bénéficieraient également. « On va s’endetter sur des marchés pour bonifier des prêts pour prêter de l’argent à des pays moins endettés que le nôtre ! C’est fou… »
À ce saupoudrage s’ajoute un problème de gouvernance : l’Agence française de développement dispose d’une large autonomie, sous la double tutelle des Affaires étrangères et du ministère de l’Économie. « Et quand vous avez deux chefs, vous n’en avez aucun », résume le député RN, qui dénonce des projets lancés par l’AFD contre l’avis du Quai d’Orsay. Dans un contexte de redressement indispensable des finances publiques, il estime qu’il faut désormais faire des choix.
Recentrer l’aide sur les intérêts de la France
Pour autant, Guillaume Bigot ne préconise pas de couper indistinctement dans l’aide française. « La France a une réputation, elle est engagée, il faut qu’elle honore ses engagements dans tous les domaines. C’est la base », insiste-t-il. Depuis le Bénin, où il se trouve actuellement, le député rappelle l’importance stratégique de ce pays, situé au débouché du golfe de Guinée et voisin de la zone sahélienne, confrontée à l’influence djihadiste et à une présence russe. Pour lui, la France doit préserver ses relations avec les partenaires qui comptent, tout en concentrant ses moyens sur des projets utiles, dans des domaines où elle dispose d’une véritable compétence. « Il faut défendre nos intérêts, dans une situation de clarté », plaide-t-il, en faveur d’une coopération fondée sur le bénéfice mutuel. Il cite notamment l’électrification du Bénin, soutenue par des financements français et réalisée avec des entreprises françaises : les prêts sont remboursés et les entreprises nationales en tirent également profit. « Il faut poursuivre ce genre de choses. Tout le reste, les trucs idéologiques à dormir debout, il faut arrêter tout ça. Ça n’a jamais eu d’intérêt pour la France et, par ailleurs, nous n’avons plus l’argent pour faire ça. » C’est dit.
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