L’enseignant, nouvelle cible de « lycéens » embrigadés

Bérénice Levet est un professeur menacé. Son tort : refuser de subir la tyrannie d’élèves déculturés. Docteur en philosophie, elle a osé, sur des plateaux de télévision, rappeler le rôle supérieur de l’enseignant dans la transmission du savoir. Elle m’écrit : « Je reçois des appels téléphoniques masqués (…) Je reçois également des courriers électroniques explicitement menaçants. » Son sort indiffère les médias. Bérénice Levet a notamment été confrontée sur LCI, la semaine dernière, à un jeune lycéen arrogant qu’elle a voulu remettre à sa place.

Elle dit : « Les adultes sont tétanisés par la hantise d’être en retard sur la jeunesse. Je n’imaginais pas que rappeler des vérités d’évidence – que la jeunesse est vide, creuse, qu’elle a besoin de recevoir l’essentiel de sa vie morale, intellectuelle et spirituelle des aînés, que former des héritiers était une nécessité et pour l’homme en son humanité et pour la continuité historique du pays dans lequel l’enfant entre en naissant – déclencherait une telle tempête. Et pourtant, je ne devrais pas être surprise, moi qui avais la généalogie de cette histoire dans mon Crépuscule des idoles progressistes… ».

Là est le paradoxe de cet apparent « mouvement lycéen » qui réclame pour la galerie davantage d’enseignants. En réalité, des jeunes embrigadés incendient ou saccagent des lycées et des universités ; ils brutalisent des professeurs et des proviseurs : près de 150 d’entre eux ont été blessés depuis une semaine. La lente dévalorisation du rôle de l’enseignant fait désormais de cette profession un métier à risque. Les assassinats des professeurs Samuel Paty et Dominique Bernard par des islamistes semblent même avoir libéré les pulsions mortifères. Lundi, au collège Lakanal d’Aubagne (Bouches-du-Rhône), un élève de 14 ans, apparemment fasciné par les tueries de masse, a tiré au fusil de chasse sur le principal et une enseignante, les blessant grièvement.

L’École paie de son effondrement la conjonction de deux idéologies : le pédagogisme et l’islamisme. Le pédagogisme, issu de Mai 68, a mis l’élève au centre du système éducatif au détriment de l’autorité du maître ; l’islamisme, issu de l’immigration arabo-musulmane, a désigné l’enseignant comme le symbole d’une culture occidentale à rejeter. Aujourd’hui, l’observateur ne peut que constater l’expression publique, dans les rangs des lycéens, d’un palestinisme (keffiehs, drapeaux palestiniens, slogans anti-Israël, etc.) qui n’a rien à voir avec les revendications apolitiques de façade. Hier, la militante écologiste et pro-Hamas Greta Thunberg, 23 ans, keffieh sur les épaules, s’est jointe aux manifestants du lycée Paul-Éluard de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), ville dont Bally Bagayoko (LFI) est le maire. Partout, l’hyperviolence de l’islamo-gauchisme prend le moindre prétexte pour s’exprimer, dans ce qui se rapproche d’un affrontement civilisationnel. La guerre civile accélère ses répétitions quand Mathilde Panot (LFI) rappelle que le 17 octobre – journée censée accueillir des Gilets jaunes – est aussi la commémoration pour les Algériens de la manifestation parisienne pro-FLN de 1961, qui se solda par une confrontation avec la police française et la mort de nombreux Algériens. Ce ne sont pas seulement les professeurs qui sont menacés. C’est la France.

Mes interventions de mardi sur Ligne Droite (8 h 35-8 h 47) et CNews (11 h-13 h).

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