Il a bon dos, le réchauffement climatique !

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« Elle n’avait que 12 ans : le dérèglement climatique, nouvel accélérateur des mariages d’enfants ». Ce papier du Parisien a fait beaucoup réagir, sur les réseaux sociaux, tant il révèle la façon de fonctionner d’un certain monde politico-médiatique. « Au Bangladesh, au Kenya et ailleurs, les catastrophes climatiques aggravent les mariages précoces, écrit le journal, en détruisant revenus et logements, elles poussent certaines familles à marier leurs filles toujours plus tôt. » Le Parisien n’est pas le seul dans ce cas.

En août 2024, Le Monde, dans la rubrique « Planète-climat », avait titré : « Au Pakistan, les mariages forcés en hausse à cause du dérèglement climatique ». La démonstration était très simple, à peu près similaire : les moussons étant déréglées, les Pakistanais sont pauvres et n’ont d’autre issue que vendre leur fille. Finalement, le problème… c’est surtout la pauvreté et le réchauffement climatique. « Aggraver », « en hausse » sont les mots utilisés. Il y a donc une autre origine, mais de celle-là, vous ne saurez rien !

Cet exemple illustre parfaitement ce que l’on peut appeler la théorie de la boîte à outils fermée, qui préside à la pensée de gauche et à celle de la plupart des médias : tout phénomène doit être expliqué grâce à un nombre fini d’outils dûment homologués par le logiciel : réchauffement climatique, pauvreté, persécution envers les LGBT, Russie, pédophilie des prêtres, nazisme, fascisme, patriarcat, complotisme… tout argumentaire doit passer par l’un ou l’autre de ces tamis, le reste est à proscrire absolument. Les malheurs du monde sont priés de rentrer docilement au chausse-pied dans ladite boîte à outils bien fermée et de n’en plus bouger.

Le grand aveuglement

Cet article a attiré beaucoup de sarcasmes, parce qu’évidemment, tout le monde sait que la cause première du mariage forcé n’est pas celle-là. Est-ce aussi à cause du dérèglement climatique que, selon l’Organisation mondiale de la santé, plusieurs milliers de crimes d’honneur de femmes sont recensés ? Est-ce à cause de la mousson que des chrétiens, au Pakistan, voient régulièrement leurs maisons pillées, leurs filles, violées, forcées d’épouser leur bourreau en même temps que de se convertir, ou a-t-on le droit d’y voir un élément culturel, religieux, civilisationnel ? Et quid, pour ne citer qu’elle, d’Afshi Rani ? Originaire du Pakistan, celle-ci a grandi en France. Un été, elle a pourtant été mariée de force à la faveur de vacances au pays. À quel moment, exactement, dans cette histoire intervient le dérèglement climatique ?

Les mariages forcés pourraient être analysés sous l’angle du patriarcat, en accusant l’homme qui épouse la fillette ? Mais non, car c’est un mot dangereux. En matière de patriarcat, seul le patriarcat occidental est coupable. À présent, on se contente de tout concentrer sur le réchauffement climatique, qui a le dos large.

Comment soigner un mal si on refuse d’en faire l’étiologie et, donc, de poser le bon diagnostic ? Le procédé est habituel : les lycées brûlés ? Le manque de profs ou bien Parcoursup. La violence des jeunes ? Les jeux vidéo et les réseaux sociaux. Les coups de couteau ? Le manque de place dans les hôpitaux psychiatriques. Les filles agressées sexuellement ? La faute aux trottoirs qui ne sont pas assez larges. Et puis, sans doute, le dérèglement climatique en Suède est-il dû au manque de profs dans les lycées français et au conflit en Palestine, car sinon, on ne voit pas bien pourquoi Greta Thunberg serait venue en France soutenir les manifs avec son keffieh, n’est-ce pas ?

Tout le monde sait

Et si vous êtes circonspects pour tout cela, si, par exemple, en matière de mariage forcé, d’excision et de polygamie, vous émettez l’hypothèse que la progression vertigineuse de leur nombre en France pourrait être moins liée au réchauffement climatique qu’au réchauffement islamique et au phénomène migratoire qui le précède, c’est que vous êtes vraiment d’extrême droite, et donc raciste.

Aujourd’hui, ces sujets sont totalement occultés, une jeune femme l’avait d’ailleurs fait remarquer à Rockaya Diallo, à la Fête de L’Huma. Mais pourquoi parlez-vous si peu de la polygamie ? Parce qu’aujourd’hui, la critique de la polygamie est néocolonialiste. Assa Traoré, qui soutient les lycéens, a même qualifié « d’expérience formidable » celle vécue à travers ses parents.

Naïma M’Faddel raconte, dans son nouveau livre, Le Peuple sacrifié (Fayard), que « certaines communes, avec le bailleur social, ont fusionné des appartements pour les adapter aux familles polygames ». Elle s’interroge : « Pourquoi ce silence ? » Là aussi, tout le monde sait.

Gabrielle Cluzel

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