
Dimanche soir Glucksmann était aux anges, il marchait sur l’eau. Pensez donc, il venait de remporter haut la main la primaire de la gauche pour désigner le candidat du courant « socialiste » à l’élection présidentielle de 2027. Son score de 66 % fut une surprise, notamment pour ceux qui ne voient pas bien ce qui se passe dans le PS. Mais cette victoire écrasante de Glucksmann va très vite se révéler telle qu’elle est : une victoire à la Pyrrhus, c’est-à-dire une victoire qui est en fait une défaite. En effet, il serait parfaitement erroné de croire que la suite de l’histoire va se dérouler comme un long fleuve tranquille pour Monsieur 66 %. Les résultats de ce scrutin cachent en fait de sérieux problèmes et le vainqueur de dimanche va certainement vite déchanter car il a indiscutablement mis le pied sur un gros nid de frelons. Pour bien cerner la situation, reprenons les grands enseignements de ce dimanche.
Le premier élément qu’il faut noter c’est que ce dimanche le parti socialiste est mort. Rendez-vous compte… il n’y a pas si longtemps ce parti dirigeait tout en France et le président de la République était socialiste. Depuis dimanche, on sait qu’il n’y aura même pas de candidat du PS à l’élection présidentielle de 2027. Quelle dégringolade ! Le PS est ainsi revenu à la situation de la SFIO après l’élection à la présidence de la République durant laquelle Gaston Defferre avait obtenu 5,01 % des suffrages, ce qui avait provoqué sa disparition et la création du PS au congrès d’Épinay en 1971. On peut même dire que le PS de 2026 fait encore moins bien que la SFIO en 1969. En effet en 2017 Hamon (PS) obtient 6,36 % des voix, en 2022 Hidalgo obtient 1,75 % des suffrages et pour 2027 le PS n’aura même pas de candidat. Oui, la première grande leçon à prendre en compte, c’est que le PS est bel et bien mort ce dimanche.
Au passage, on pourra également noter l’incroyable contradiction qui se constate quand on sait que le PS qui ne représente plus rien politiquement est pourtant à la tête des principales institutions de la République (Conseil d’État, Conseil constitutionnel, Cour des comptes, ARCOM, etc.) et y impose une politique que rejette massivement le peuple français.
La seconde grande leçon, c’est que ce qu’il reste du PS va certainement exploser. Pourquoi ? Parce que depuis le dernier congrès il y a deux courants principaux au sein du PS. Celui du 1er secrétaire, Olivier Faure, qui a gagné au dernier congrès, mais seulement parce qu’il a été rejoint à la dernière minute par le courant de Boris Vallaud. Le courant Faure étant favorable à l’alliance avec LFI dans le cadre du NFP. En face il y a le courant de Nicolas Mayer-Rossignol, tenant d’une ligne sociale démocrate classique donc hostile au rapprochement du PS avec LFI. En son sein, des gens comme Carole Delga ou Stéphane Le Foll. Avec l’élection de dimanche l’impossibilité de ces deux courants de s’entendre est devenue évidente. Ainsi Ségolène Royal et Olivier Faure, favorables à l’alliance avec LFI, qui étaient candidats de la primaire ont terminé avec 7 et 14 % des voix. Donc une débâcle totale. Débâcle qui prouve que de plus en plus de socialistes, après avoir pactisé avec Mélenchon pendant quelques années, se rendent compte qu’il faut une grande cuillère pour dîner avec le diable et donc ont compris (mais un peu tard) que s’ils continuaient dans cette voie, ils n’existeraient bientôt plus. Donc ils ont massivement décidé de rompre. Ce qui explique les scores de Royal et Faure. De plus un élément vient de provoquer ce qui va être un vrai tournant au PS. Boris Vallaud a rejoint Glucksmann et donc tourne le dos à Olivier Faure. Or c’est lui qui a permis par son ralliement à Olivier Faure, à la fin du dernier congrès PS, que ce dernier ait la majorité dans le PS et soit élu 1er secrétaire. Le ralliement de Boris Vallaud à Glucksmann le fait également rejoindre le camp de Nicolas Mayer-Rossignol qui de ce fait devient majoritaire et Faure minoritaire.
Le lecteur conviendra que pour un 1er secrétaire du PS, être minoritaire dans son propre parti et obtenir 14 % à la primaire, cela fait un peu chant du cygne. Il n’y a donc pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que dans le PS la situation va devenir ingérable pour Olivier Faure, et dans le même temps le camp Nicolas Mayer-Rossignol et Boris Vallaud vont revendiquer le départ de Faure du poste de 1er secrétaire. Il est donc parfaitement raisonnable de penser que l’éclatement du PS soit à l’ordre du jour avec une scission qui amènera Olivier Faure et ses troupes à rejoindre directement LFI ou a créer un petit parti qui pratiquera l’alliance avec LFI. De son côté ce qui restera du PS, retrouverait un positionnement politique plus classique mais serait clairement l’ennemi de LFI et Mélenchon. Ce dernier ayant d’ailleurs prévenu que quiconque se mettrait en travers de sa route et refuserait l’unité autour de sa personne, ou avec le NFP, sera vu comme un ennemi et aura automatiquement un candidat LFI face à lui lors des prochaines législatives de juin 2027.
La troisième grande leçon concerne la candidature de Glucksmann. Il a certes gagné dimanche, mais il serait bien téméraire celui qui garantirait que tous ceux qui se sont présentés à la primaire vont maintenant le soutenir. Par exemple, on voit assez mal Ségolène Royal soutenir « le stagiaire politique Glucksmann ». De même Glucksmann aura certainement du mal à travailler en bonne intelligence avec Royal qu’il semble sérieusement mépriser comme le prouve sa sortie sur Ségolène accusée d’avoir été faire « la danse du ventre » devant Macron pour avoir des postes. Tout comme on a bien du mal à croire que Glucksmann va pouvoir travailler avec Faure qui ne cesse de prêcher l’alliance avec la LFI de Mélenchon. Les prochaines semaines vont nous permettre de mesurer la volonté de travail en commun de ces ex-candidats à la primaire et nous saurons vite s’ils soutiennent simplement Glucksmann comme la corde soutient le pendu. Pour ma part, je pense, au regard de ce qui précède s’agissant du PS, que l’affaire va d’abord se jouer au sein de ce parti. Explosion ou pas ? Scission ou pas ? Ce n’est qu’ensuite, lorsque la situation se sera clarifiée dans le PS, que nous saurons qui soutient la candidature Glucksmann. J’ai tendance à penser que c’est l’explosion et la scission qui sont les plus probables. Et je vois mal Royal et Faure soutenir Glucksmann alors que tout les oppose sur le plan de la ligne politique.
Donc un situation déjà bien compliquée pour Glucksmann. Dimanche il semblait marcher sur l’eau, mais en se réveillant ce lundi matin il a dû prendre conscience que sa victoire était à la Pyrrhus, et qu’en fait il venait de mettre les pieds dans un nid de frelons.
Ajoutons que l’affaire va sans doute devenir assez Rock & Roll pour Glucksmann vis-à-vis de LFI. Rappelons qu’il est juif et chez LFI on n’aime pas les juifs. D’ailleurs très récemment Mélenchon l’a ouvertement montré en s’autorisant à la tribune de son meeting d’appeler son concurrent… « Glucksman… pardon Glucksmann ». On rappellera aussi l’agression de St-Étienne le 1er mai 2024 où Glucksmann a été poursuivi, insulté – frôlant l’agression physique – et chassé de la manifestation du 1er mai par des individus dont plusieurs étaient LFI. Alors, comme Glucksmann a posé comme pierre angulaire de sa candidature son opposition absolue à Mélenchon, ce dernier ne sera certainement pas ingrat avec lui. Glucksmann peut donc s’attendre à des coups tordus à la pelle d’ici au scrutin 2027. On verra certainement des militants se faire brutaliser à l’occasion de collages, des réunions être infiltrées et bordélisées par des militants LFI, des meetings être plus ou moins agressés par des antifas et des LFI bras dessus bras dessous, etc. Il va et est déjà la bête noire pour LFI. D’ailleurs n’a-t-on pas déjà pu s’en apercevoir dimanche soir ? L’élection à peine finie, alors qu’il se dirigeait vers sa voiture, Glucksmann s’est fait enfariner.
Au final, que retenir de tout cela ?
D’abord que la candidature Glucksmann est, me semble-t-il, une tentative désespérée de la sociale démocratie classique de retrouver une place sur l’échiquier politique. Elle a voulu dîner avec le diable en faisant alliance avec LFI et elle s’est grillée. Glucksmann fera peut-être un score entre 10 et 12 ou 13 % mais ne sera en aucun cas au 2e tour. Par contre et c’est la seule chose dont on peut se féliciter, plus le score de Glucksmann sera élevé, moins Mélenchon aura de chance d’être au second tour. D’autant que le PCF va aussi présenter un candidat et même si le PCF aura bien du mal à dépasser les 5 %, les voix de Glucksmann et celles du PCF risquent de peser lourd dans la balance à la fin du 1er tour.
Autre idée importante à prendre en compte, la bipolarisation du paysage politique est une tendance qui devient indiscutable. En Allemagne par exemple, on voit l’AfD lancée à toutes vapeurs vers le pouvoir et les partis « modérés » s’effondrer. De l’autre côté on voit Die Linke (sorte de LFI allemande) s’affirmer également comme l’ont montré les élections à Berlin. Donc émergence de l’AfD et Die Linke avec effondrement de la CDU et du PS. En France nous constatons la même tendance. D’un côté une ascension du RN qui semble irrésistible et de l’autre côté une LFI qui s’impose de plus en plus à gauche, avec dans le même temps LR et le centre qui sont en complète perte de vitesse. Le plus probable est donc un second tour Mélenchon-Le Pen, même si la candidature Glucksmann pourrait contrarier les plans de Mélenchon. C’est pour cela que ce dernier ne va pas ménager Glucksmann dans les semaines et mois à venir.
Donc, avis de gros temps et même de tempête pour Glucksmann.
Reste un dernier point qui mérite d’être souligné. Mélenchon est en train de tout mettre en place pour accéder au pouvoir, d’abord par les urnes et à ce propos la candidature Glucksmann est un caillou dans sa chaussure, mais si la voie des urnes est une impasse alors il aura recours à la rue. C’est comme cela qu’il faut voir les émeutes avec les lycéens et étudiants. Une répétition générale avant les éventuelles émeutes de 2027 si Mélenchon n’est pas au 2e tour ou si Marine Le Pen gagne. C’est le second grand secteur à se préparer. Il y avait eu les émeutes de 2023. Là c’était la « nouvelle France » avec comme prétexte la mort du « petit ange ».
Nous sommes prévenus…
Bernard GERMAIN
Votre commentaire