
Jordan Bardella s’est rendu à Ceuta ce lundi pour y rencontrer son homologue du parti Vox, Santiago Abascal. Ce dernier a rappelé que des milliers d’immigrés illégaux n’avaient pas été renvoyés de l’enclave.
Une fête nationale sous fond de crise migratoire
Ce 12 octobre n’est pas un jour comme les autres dans le calendrier espagnol. Le pays ibérique célèbre sa fête nationale pour commémorer la date où, il y a plus de cinq siècles, Christophe Colomb et ses hommes débarquèrent sur l’île de Guanahaní, dans l’archipel des Bahamas, au nom du roi d’Espagne.
La rencontre entre deux mondes, survenue en 1492, trouve une résonance particulière à Ceuta, enclave espagnole située au nord du continent africain, où près de 80.000 personnes en provenance du Maroc ont fait irruption entre le 30 et le 31 juillet derniers. Un renversement historique pour certains descendants des conquistadors, qui estiment vivre désormais une sorte de colonisation à l’envers — à la différence près que les conquistadors arrivèrent à l’époque par centaines, et non par dizaines de milliers.
Peu ou pas d’allusions à Mediapart dans les médias
Rien de surprenant, donc, à ce que Jordan Bardella choisisse ce 12 octobre pour se rendre à Ceuta, où il a retrouvé le chef du parti Vox, Santiago Abascal. Une occasion d’afficher sa proximité politique avec son principal allié au sein du Parlement européen et de rappeler le « défi civilisationnel » que constitue pour l’Europe l’endiguement des vagues migratoires. Si elle a bien couvert l’intervention des deux leaders, la presse ibérique n’a pour l’heure pas saisi l’occasion pour faire référence aux accusations d’antisémitisme portées par le journal Mediapart à l’encontre du président du Rassemblement national. Le sujet a bien été évoqué auparavant par le quotidien de centre-gauche El País et quelques autres journaux, mais il semblerait avoir trouvé beaucoup moins de résonance qu’en France.
Entre 16.000 et 18.000 illégaux toujours présents
En revanche, c’est bien le principal point de convergence entre le Rassemblement national et Vox qui a été mis en avant. Santiago Abascal a tenu à rappeler que la crise était loin d’être terminée. Selon des sources policières citées par la presse, entre 16.000 et 18.000 personnes résideraient encore dans la ville sans avoir été expulsées. Le patron de Vox s’est ensuite lancé dans une diatribe à l’encontre du gouvernement espagnol : « L’Espagne ne saurait oublier, particulièrement en ce jour, les habitants de Ceuta », victimes « d’une invasion pilotée par le Maroc et permise par le gouvernement ». Abascal a souligné que la situation était loin d’être résolue, notant que les immigrés délogés des plages par les autorités locales avaient été répartis dans plusieurs quartiers de la ville. Celui qui espère gagner les élections grâce à son alliance avec le Parti Populaire, regroupant la droite traditionnelle et le centre-droit, a affirmé sa volonté ferme de renvoyer tous et chacun des migrants qui étaient entrés de façon illégale à Ceuta.
En outre, il a expliqué son refus de participer aux cérémonies officielles aux côtés des autorités gouvernementales afin d’éviter de prendre place dans une tribune qu’il considère « remplie de traîtres ». Outre cette opposition sur le terrain de l’immigration, Vox reproche en effet à Pedro Sánchez son alliance avec les partis indépendantistes basques et catalans, qui en 2017 avaient soutenu un référendum déclaré contraire à la Constitution.
« Ceuta, la préfiguration de ce qui attend l’Europe »
Le président du Rassemblement national a voulu, pour sa part, souligner à quel point la crise vécue par l’enclave préfigure ce qui attend l’ensemble de l’Europe si les frontières ne font pas urgemment l’objet d’un contrôle plus efficace.
Pointant la responsabilité du gouvernement socialiste, Jordan Bardella a réaffirmé ce qu’il considère comme un défi civilisationnel dont la France et l’Espagne doivent s’emparer fermement, soulignant que l’immigration illégale constitue une menace pour la souveraineté des pays européens. Il a par ailleurs rappelé une série de mesures préconisées par le parti à la flamme : réformer les conditions de libre circulation au sein de l’espace Schengen, protéger et renforcer les frontières par l’intermédiaire de l’agence Frontex — dont il a dénoncé le laxisme —, et traiter les demandes d’asile directement dans les pays d’origine plutôt qu’a posteriori.
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