
En 1993, Sylvester Stallone incarnait dans Demolition Man un policier décongelé dans une société aseptisée, incapable de se défendre face au retour d’un criminel venu du passé. Plus de 30 ans plus tard, Laurent Obertone fait de ce film le fil rouge de La France Demolition Man, son nouvel essai paru aux éditions Magnus. 13 ans après La France Orange mécanique, l’auteur de la trilogie Guerilla s’y intéresse à l’évolution de notre rapport à la violence. Il y voit le cœur d’une « domestication » qui aurait laissé la France sans force face à tous les fléaux, et propose un remède de choc : « décongeler le démolisseur ». Méthode, humour, rapport aux médias, blocages lycéens, paternité, présidentielle de 2027 : nous l’avons interrogé.
Breizh-info.com : Vous avez choisi un film de 1993 comme fil rouge. À quel moment de l’écriture ce choix s’est-il imposé, et quelles autres références avez-vous envisagées puis écartées ?
Laurent Obertone : Je me suis vite concentré sur Demolition Man, aucune autre référence ne me paraissant aussi efficace et adaptée, même si elle parle surtout à ma génération. Ce film d’anticipation a bien vieilli, ce qui est rare, avec le mérite d’opposer la force et le caractère d’un homme à l’ancienne, à un système tyrannique, aseptisé, dévitalisé, ne rêvant que d’éradiquer toute forme d’autonomie et de liberté. Je voulais depuis longtemps écrire sur l’évolution de notre rapport à la violence, et ses conséquences. C’est un point clé de notre domestication, qui à la fois explique notre présent et détermine notre futur.
Breizh-info.com : Comment avez-vous travaillé concrètement sur ce livre (sources, chiffres, lectures, terrain), et en quoi votre méthode a-t-elle changé depuis La France Orange mécanique il y a 13 ans ?
Laurent Obertone : J’ai pris l’habitude de compiler des chiffres, de collecter des études, de mettre à l’épreuve du terrain quantité de données, mais ce livre est plutôt le fruit d’une réflexion à long terme. Au-delà du constat, nous sommes dans la prospection, dans l’exploration des solutions, qui commencent à l’échelle du lecteur.
Breizh-info.com : L’éditeur présente ce livre comme votre plus drôle et votre plus mordant. Comment travaille-t-on l’humour sur des sujets aussi sombres, et vous a-t-on demandé de retirer certains passages jugés trop risqués ?
Laurent Obertone : L’humour finit par s’imposer, dans le travail et la vie, à la fois comme arme et moyen de résistance. Je vois cet esprit gaulois comme un bien essentiel, qu’il faut cultiver entre tous. Concernant une éventuelle censure, je crois avoir toujours pu dire ce que je voulais. À défaut des foudres judiciaires, j’ai subi celles de l’antiracisme systémique, profondément ancré dans le paysage médiatique. Ça fait partie de ce qu’il faut démolir, donc pas question de transiger.
Breizh-info.com : Depuis 2013, comment a évolué l’accueil médiatique de vos livres ? Y a-t-il des plateaux ou des médias qui vous restent fermés, ou que vous refusez vous-même ?
Laurent Obertone : Le spectre s’est un peu élargi, mais hors CNews, Sud Radio, ou Europe 1, je n’ai accès à aucun média audiovisuel d’envergure. Je n’ai pas mis les pieds sur le Service public depuis dix ans. BFM a osé une fois, pour contrer la concurrence, et a priori ne réitèrera pas l’expérience.
Breizh-info.com : Les blocages de lycées et la mobilisation annoncée pour le 17 octobre ont éclaté au moment de la sortie du livre. Ces événements confirment-ils votre analyse, ou vous ont-ils surpris sur certains points ?
Laurent Obertone : De tels mouvements sont fréquents, comme les émeutes dans les cités, mais leur ampleur reste assez imprévisible, en particulier l’agrégation d’une certaine racaille qui jusqu’ici ne se mêlait pas trop à ce jeu petit bourgeois et citadin. L’influence de la culture « racaille » sur la jeunesse autochtone est considérable, et une offre alternative crédible, à la fois morale et identitaire, peine à exister.
Breizh-info.com : Vos lecteurs vous écrivent-ils pour raconter ce qu’ils ont changé concrètement dans leur vie après vous avoir lu ? Avez-vous un exemple qui vous a marqué ?
Laurent Obertone : Oui, ça arrive ! Sur la recherche d’autonomie en particulier, la remise en cause d’une vie jusqu’ici dépourvue de sens. Mon but n’a jamais été de lever une nouvelle armée de clones, plutôt de semer des germes de réflexion, de recul sur soi.
Breizh-info.com : Vous dites vouloir désormais « vivre » le réveil plutôt que l’écrire. Qu’avez-vous changé, vous, dans votre propre vie depuis que vous défendez ces idées ?
Laurent Obertone : Je suis devenu père, l’étape la plus décisive qu’un homme puisse accomplir. Cela implique de devenir adulte, de bâtir le clan, de transmettre, ce qui est un travail de tous les instants. Cela remet les choses en perspective, en plus d’augmenter le niveau d’exigence envers soi : on ne peut plus se contenter de belles phrases, il faut incarner l’exemple, tout le temps, à tous les niveaux. La paternité donne une raison supplémentaire de travailler sans répit au réarmement des esprits.
Breizh-info.com : Vous jugez que s’en remettre à la politique, c’est renoncer à soi. À quelques mois de la présidentielle de 2027, irez-vous voter, et attendez-vous quelque chose de ce scrutin ?
Laurent Obertone : J’ai un principe simple : je ne me fie jamais à quelqu’un avant qu’il n’ait fait ses preuves. La politique exige que l’on fasse le contraire. C’est un pari sur la crédulité et la manipulation. Et je mets les Français en garde : notre situation est due à notre impuissance, notre attentisme, notre incapacité à tenir en laisse la politique. Si nous ne travaillons pas à incarner cette force de pression, la politique continuera de nous échapper. Nous devons nous donner des garanties d’être entendus, et surtout obéis, en particulier sur les points non négociables que sont l’immigration et la sécurité. On ne peut plus jouer notre avenir à la roulette russe.
Breizh-info.com : Après Guerilla, un retour à la fiction est-il prévu ? Quel est votre prochain projet, et la forme romanesque permet-elle de dire des choses que l’essai ne permet pas ?
Laurent Obertone : Oui, j’ai beaucoup de projets, il est fort possible que je renoue avec le roman, à l’ancienne, sans IA. Paradoxalement, la quête d’une fiction « vraisemblable » peut parfois restituer des nuances de réel plus fidèlement que l’essai ou le récit. Les anciens utilisaient la fiction pour s’échapper du réel : le réel a tellement disparu des esprits que nous utilisons la fiction pour les y ramener.
Propos recueillis par YV
La France Demolition Man, Laurent Obertone, éditions Magnus, 21 euros.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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