
Le 4 octobre dernier, Courrier international mettait en lumière « une nouvelle contre-culture de droite », ce que le journal a appelé « le phénomène « cayetano » ». Derrière cette appellation, résume le journal, se cache un « bon vivant qui aime la corrida et regrette l’élégance désuète d’antan », qui « fustige les « excès » du féminisme, du multiculturalisme et des politiques progressistes ».
Cayetano : de la moquerie à la fierté
Courrier international s’appuie, en particulier, sur un article du New York Times paru le 18 septembre dernier et intitulé : « En Espagne, les conservateurs aisés captent l’attention ». En effet, explique le média américain, « le phénomène « Cayetano » s’est imposé comme un porte-drapeau de la contre-culture en Espagne, en s’opposant à un gouvernement de gauche qui dirige le pays depuis près d’une décennie ». C’est la reprise d’une chanson à l’origine ironique par le groupe espagnol Avenida qui a mis le phénomène sous les projecteurs, explique le New York Times. À l’origine, il s’agissait donc de se moquer de cette catégorie sociale très BCBG, mais « le fait qu’Avenida se soit réapproprié l’insulte « Cayetano » – un prénom aux résonances aristocratiques souvent associé aux familles fortunées – illustre la confiance nouvelle de ces jeunes conservateurs espagnols ». C’est ce qu’on appelle une inversion du stigmate : l’insulte devient une fierté pour qui s’en réclame. Ainsi, l’un des chanteurs du groupe Avenida expliquait que « ce qui était cool maintenant, c’était d’aller à la messe et de boire une bière le dimanche, de revenir à la façon dont les choses étaient avant, car « le vintage, c’est cool ». Politiquement aussi. […] Nous voulons revenir au passé. »
La revanche des BCBG
L’appellation « Cayetano » ne date, en effet, pas de la rentrée 2026 puisque sur Reddit, d’aucuns s’interrogeaient déjà, il y a trois ans, sur ceux qui se désignaient ainsi. « On dirait que c’est un stéréotype pour les Espagnols de la classe supérieure/moyenne supérieure », résume l’un, « d’ailleurs, on les appelle Cayetanos parce que Cayetano (et sa version féminine) est un nom populaire parmi les gens aisés ou chics. On peut en dire autant des noms Borja et Covadonga », ajoute un autre. Autrement dit, s’il fallait trouver un équivalent français, on les appellerait sans doute les « Jean-Eudes » ou bien l’on parlerait peut-être du phénomène « Édouard » . En effet, le New York Times décrit des jeunes gens « chaussés de mocassins, vêtus de pantalons blancs ajustés et courts, de gilets matelassés ou de vestes de chasse Barbour », une tenue qui, sans être un uniforme, se retrouve dans de nombreux pays d’Europe et peut être vu à la fois comme un signe de reconnaissance et d’appartenance. Pour le New York Times, il y a non seulement derrière cette contre-culture de droite « au caractère rétro » mais aussi « parfois revanchard ». Alors, si le phénomène ne date pas d’aujourd’hui, c’est maintenant qu’il inquiète certains.
Une contre-culture esthétique et politique
C’est que cette antonomase ne désigne pas qu’une façon de s’habiller, mais aussi des opinions politiques : « Si certains sont des habitués de la bonne société espagnole et membres du principal parti conservateur du pays, l’esthétique « cayetana » s’observe aussi lors des meetings de Vox, le principal parti d’extrême droite hostile à l’immigration », explique le New York Times. « Ils affirment être en première ligne d’une bataille pour un renversement culturel et politique de l’Europe, prônant un attachement renouvelé aux institutions religieuses, aux rôles traditionnels des genres et, pour beaucoup, au nationalisme politique », ajoute encore le journal américain, qui partage le témoignage d’un jeune « cayetano » qui explique que derrière ce mouvement, il y a aussi l’idée de rendre visibles leurs idées : « C’est une réponse à la vague d’antinationalisme. Nous voulons être fiers des racines de notre pays : la corrida, l’Église, notre façon de nous habiller. » « Pour les dirigeants de gauche, les « cayetanos » sont des loups franquistes habillés en Ralph Lauren, des totalitaires en mocassins proches du parti d’extrême droite espagnol Vox », ajoute le New York Times. Une chose est sûre : ce ne sont pas les « Cayetanos » ou les « Charles-Édouard » qui mettent le feu aux poubelles ou bloquent les lycées depuis deux semaines…
Le phénomène, qui ne se cantonne pas à une élite madrilène, s’étend d’autant plus que la gauche s’en inquiète, sous-entend l’article du New York Times. Il est une réponse à l’hégémonie culturelle et politique de la gauche et, donc, une véritable contre-culture esthétique et politique. Mais si elle est particulièrement visible en Espagne, cette contre-culture n’y est pas cantonnée : les vestes Barbour, les mocassins, qu’ils soient à glands ou non, et les chemises ouvertes sur des crucifix s’arborent fièrement aussi en France et, comme l’écrivait Gabrielle Cluzel, la gauche aurait raison de se méfier de la France bien élevée.
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