
Rien n’y aura fait. Cette fois-ci, le RN n’aura pas renouvelé l’exploit de sa dernière niche parlementaire quand, il y a un an, il parvenait à obtenir une majorité pour voter l’abrogation des accords franco-algériens de 1968. Ce 8 octobre, main dans la main, le bloc central macroniste a mêlé ses voix pour faire tomber les textes du Rassemblement national.
Le parti de Marine Le Pen avait modifié sa stratégie : présenter des propositions de résolutions, non contraignantes côté législatif, sur lesquelles aucun amendement n’est examiné. Une façon d’éviter l’obstruction parlementaire dont son allié l’UDR a fait les frais avant l’été avec son texte sur les centres de rétention administrative (CRA). Favoriser l’accès à l’eau potable en outre-mer (situation dramatique à Mayotte, notamment), favoriser une priorité nationale dans la commande publique, créer une double frontière dans l’espace Schengen, panthéoniser Olympe de Gouges, figure féministe, suppression des ZFE. Des sujets souvent consensuels avec un objectif : mettre leurs adversaires face à leurs responsabilités.
Intérêt général : quid ?
Partager des convictions mais avoir un haut-le-cœur lorsque ces convictions sont partagées et défendues par le Rassemblement national ? Voilà le résumé de cette journée parlementaire qui a vu l’intégralité des propositions RN être rejetées. Dans le camp mariniste, on se réjouit de voir les masques tomber. « La Macronie a délégué à la gauche l’opposition au RN », constate le député RN Sébastien Chenu. Les parlementaires RN s’insurgent contre des postures qui empêchent le Parlement de voter des mesures de bon sens. « On a entendu toute la journée « on ne veut pas jouer votre jeu et votre agenda présidentiel », ce n’est pas sérieux », nous glisse un parlementaire. Le barrage républicain a fonctionné parfaitement. « Les castors ont de beaux jours devant eux, raille Caroline Parmentier, mais il y a un moment où cela ne marchera plus. »
Dans la tête de tous, l’échéance présidentielle et les élections législatives qui suivront pourront permettre au RN d’obtenir une majorité à l’Assemblée. « Ils sont prêts à toutes les compromissions, même lorsqu’il s’agit de textes relevant de l’intérêt général », souligne Robert Le Bourgeois, député de Seine-Maritime.
« Jour sombre »
Les contradictions de certains ont été complaisamment soulignées. À l’image du député de l’Aube, Jordan Guitton, restant perplexe devant l’attitude du bloc central. Quand le RN souhaite une double frontière au sein de l’espace Schengen, ce dernier vote contre dans l’Hémicycle. Pourtant, « monsieur Philippe et monsieur Attal proposent l’inverse pour la présidentielle », a-t-il pointé en séance.
Très attachée aux outre-mer, Marine Le Pen s’est offusquée, dans un communiqué, du sort réservé à la proposition de son groupe en dénonçant une « coalition partisane et mesquine ». « En refusant […] de s’associer à la résolution du Rassemblement national pour faire de l’accès à l’eau une grande cause publique et transpartisane, les parlementaires du bloc central et de la gauche ont fait de ce 8 octobre un jour sombre pour la représentation nationale. » À la tribune, le député Guitton a scruté l’horizon : « Nous le disons à tous les Français : vivement 2027 ! »
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