
Dans cette nouvelle tribune au ton incisif, Guillaume d’Aram de Valada établit un parallèle entre les violences révolutionnaires de 1792, les événements de Mai 68 et les tensions politiques actuelles. Dénonçant ce qu’il considère comme une instrumentalisation de la jeunesse par l’extrême gauche, il livre une réflexion historique et institutionnelle sans concession sur les contradictions de la Cinquième République et la crise de légitimité du pouvoir.
Polémia
La stratégie de la tension : le vieux moule de la Révolution
À peine l’automne pointe-t-il son nez que les porteurs d’urticaire viscérale permanente se lancent à nouveau dans la bonne vieille « stratégie de la tension ». Nul besoin d’être grand clerc pour le voir : Mélenchon et ses troupes tirent des ficelles vieilles comme aux débuts de la Convention nationale de 1792. Les lycéens – réels ou de circonstance – ne sont que la chair à canon pour les amoureux transis de la Terreur.
La rhétorique, elle, reste inchangée depuis les journées de septembre 1792 : il faut que ça saigne !
Sauf qu’aujourd’hui, le « il faut que ça saigne » s’est retourné contre un pouvoir qui ne cesse de s’affaiblir d’année en année, réduit à n’être plus qu’un vulgaire animateur de colonie de vacances. Des adolescents, encadrés par des post-adolescents décérébrés rompus aux méthodes de harcèlement des forces de l’ordre, s’imaginent rejouer 1789 ou 1917, dans le sillage de leurs aînés de Mai 1968. L’orchestration millimétrée du parti de la « Nouvelle France » illustre une fois de plus la « stratégie de la tension », si chère à l’extrême gauche depuis des lustres.
Il ne s’agit nullement de proposer des solutions pour améliorer le quotidien de ces lycéens — réputé sombrer dans le marasme et le désœuvrement.
Non, l’objectif prioritaire est d’imprimer dans l’opinion publique une idée simple : toute révolte serait, par nature, légitime.
L’obsession de la rupture et l’héritage des slogans soixante-huitards
Sous les caméras, l’escalade programmée procède d’un calcul politique bien huilé.
Le maire de Saint-Denis — sans doute guidé par son sparring-partner Mélenchon —, en le proclamant haut et fort, y compris face à des forces de l’ordre figées comme des automates et prises à partie devant des établissements scolaires, s’inscrit pleinement dans cette logique : rendre la situation explosive.
Les slogans mélenchonistes, de « la police tue » à « tout le monde déteste la police », n’ont rien à envier à ceux de Mai 68, de « interdit d’interdire ! » à « CRS SS ! ». La mécanique reste la même :
« Tendre l’élastique » jusqu’à ce que ça pète !
Les lycéens instrumentalisés par la propagande politique
Et qui en seront les victimes ? Les lycéens eux-mêmes, ou du moins ceux qu’on estampille comme tels. Élémentaire, mon cher Watson !
Peu importent les violences, fantasmées ou réelles, peu importent les dégâts, peu importent les victimes. La seule obsession est de clouer au pilori un « ordre établi », véritable ombre de lui-même devant des apprentis « sans-culottes » en quête d’émotions fortes.
Et, suivant méthodiquement la vieille rhétorique trotskiste soixante-huitarde, c’est la quête cynique du martyr d’un « pouvoir policier ». Une victime (ou plusieurs) résultant de ce maintien de « l’ordre établi » est un vœu presque assumé ouvertement par les élus d’extrême gauche. Et la chair à canon ne manque pas.
Les dividendes de ces émeutes, financés à leurs dépens par les contribuables français, ne se feront sentir que plus tard : ils viendront nourrir les fourriers de la « révolution permanente ».
Du massacre des gardes suisses en 1792 au harcèlement des forces de l’ordre d’aujourd’hui
En 1792, en août, les adorateurs de la déesse Raison envoyaient leurs soiffards massacrer les gardes suisses aux Tuileries, devançant de peu ceux des massacres de septembre 1792.
Marat écrivait dans L’Ami du peuple en août 1792 :
« Le dernier parti, qui est le plus sûr et le plus sage, est de se porter en armes à l’Abbaye, d’en arracher les traîtres, particulièrement les officiers suisses et leurs complices, et de les passer au fil de l’épée. »
De là à comparer les gardes suisses aux forces de l’ordre républicain, cela serait peut-être osé, quoique ?
Alors, l’histoire étant un éternel recommencement, le scénario n’étant pas toujours écrit d’avance, ce qui semble se préfigurer au début de cet automne, c’est tout simplement une répétition avant une guerre civile prédite depuis déjà longtemps. Celle de 1789, on le sait, ne se terminera qu’avec l’arrivée d’un général artilleur corse déterminé à franchir, à la force de l’épée, les marches vers le sommet d’un pouvoir révolutionnaire aux abois.
Mais Bonaparte voulait-il véritablement noyer les idéaux révolutionnaires jacobins sous prétexte d’arrêter le chaos et de rétablir l’ordre ? C’est une tout autre question que les historiens n’ont pas encore fini de trancher.
Pour les politiciens responsables de cette comédie, il reste à trouver une porte de sortie.
1968 et l’illusion d’une autorité retrouvée
Au lendemain des événements de Mai 68, un autre général français, encore tout auréolé de son parcours de libérateur de juin 1940 à mai 1945, qualifiera la comédie ambiante de « chienlit ». De Gaulle doutera même un instant de sa propre autorité présidentielle, allant jusqu’à consulter un autre général — Massu, cette fois —, qui le regonflera momentanément. Cela n’empêchera pas les Français, un an plus tard, de lui signifier qu’il était temps d’aller se reposer à Colombey-les-Deux-Églises.
La Cinquième République : fausse monarchie, vrai bonapartisme
Celui qui avait revêtu la tunique de la monarchie capétienne décapitée, avec l’adoption de la Constitution de mai 1958, s’est vu rapidement estampillé comme le bâtisseur d’une « monarchie républicaine ». Pourtant, les historiens et autres disciples zélés de « l’homme du 18 Juin » omettent souvent un détail essentiel : la Cinquième République n’est en rien une constitution d’inspiration monarchique.
Ce n’est en fait qu’un héritage bonapartiste consacrant en quelque sorte le culte du plébiscite. C’est, en réalité, le quasi-« copié-collé » d’un projet de constitution rédigé au début des années 1900 par le prince Napoléon. Son objectif premier était d’éviter au futur chef de l’État tout risque de renversement de majorité — prémunissant ainsi le pouvoir contre le funeste sort connu par Napoléon III.
Or, ce bonapartisme, qui se contente d’imposer un potentat par le biais du plébiscite, demeure bien éloigné de la verticalité de la monarchie capétienne qui présida aux destinées de la France et à sa construction treize siècles durant.
Conclusion : retrouver la légitimité du pouvoir
Les contradictions d’un régime à bout de souffle
Pour retrouver une stabilité politique et restaurer la légitimité du pouvoir, encore faudrait-il se poser les bonnes questions. La démocratie parlementaire ne résoudra pas ses ambiguïtés permanentes ni son manque de cohérence législative de plus en plus manifeste sans un véritable changement de régime, qu’on le veuille ou non.
C’est, en l’occurrence, tout le sens du projet de « Sixième République » de Jean-Luc Mélenchon qui a compris, lui, avant tous les autres, qu’il lui fallait opposer une vision révolutionnaire de sa « Nouvelle France » à une Cinquième République désormais défigurée.
Et le pire, c’est que cette rhétorique opère auprès d’une partie de la jeunesse qui ignore tout de la longue histoire de France. Les apprentis sorciers de Mai 68 peuvent être satisfaits de leur œuvre : ils ont engendré une génération d’amnésiques et de décérébrés heureux !
L’impasse institutionnelle et le choix de la nation
La Cinquième République est désormais confrontée à sa propre contradiction : prétendre exercer un pouvoir absolu par le haut tout en se refusant d’en assumer les exigences et les contraintes.
Face aux minorités agissantes, le choix du peuple et de la Nation
La première de ces exigences consisterait à remettre véritablement le pouvoir entre les mains du peuple français, plutôt que de laisser s’entretenir un climat de guerre civile larvée, alimenté par des minorités agissantes dont le seul objectif demeure la destruction de la France et de ses racines.
Vaste programme !
Guillaume d’Aram de Valada
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