
Le jeudi 1er octobre, près du lycée Rosa-Parks à Saint-Denis, un jeune homme de 23 ans prend un mégaphone devant des lycéens. Il leur annonce que le 17 octobre sera « mille fois pire que les Gilets jaunes », avant de promettre barricades, incendie de l’Élysée et révolution. Quelques minutes plus tard, des policiers en civil l’interpellent. Il s’appelle Ritchy Thibault et a été, de 2024 à 2025, collaborateur parlementaire de la députée insoumise Ersilia Soudais, sans être membre du parti. Il était sous contrôle judiciaire, avec interdiction de participer à une manifestation. 2 jours plus tard, il a été placé en détention provisoire.
La scène dit beaucoup du mouvement qui secoue les lycées depuis la rentrée. Il est parti de revendications réelles : manque de professeurs, classes surchargées, bâtiments délabrés. Mais il a très vite pris une autre dimension.
« Une manœuvre organisée par LFI »
Ce n’est pas l’opposition de droite qui le dit, mais les services de renseignement. Selon une note citée dans la presse, ils voient dans les violences autour des lycées une « manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l’ultragauche ». La présence des élus insoumis aux abords des établissements n’est pas un secret. Ils se rendent sur les blocus pour appeler les élèves à les rejoindre en 2027. D’après la presse, une note de la préfecture de police évoque aussi un mouvement en partie spontané et éclaté. La convergence n’en est pas moins nette entre la colère des lycéens et l’agenda d’un parti qui a fait de la jeunesse des quartiers sa cible électorale.
Le bilan matériel et humain est lourd. À Nantes, le hall du lycée Nelson-Mandela est parti en fumée, et le lycée Talensac a été visé le même matin. À Marseille, un camion de pompiers a brûlé devant un lycée. À Saint-Denis, une policière a été violemment agressée devant un établissement. À Beaugency, dans le Loiret, des élèves ont bloqué le lycée François-Villon en diffusant un morceau de rap faisant référence à Mohamed Merah, à Salah Abdeslam et au Bataclan. Le député européen Matthieu Valet a saisi la justice.
La « Nouvelle France »
Pour comprendre ce que LFI attend de ce mouvement, il faut revenir à Saint-Denis, au printemps. C’est là, devant la basilique qui abrite la nécropole des rois de France, que Jean-Luc Mélenchon a lancé sa campagne présidentielle en vantant sa « Nouvelle France », une société plus connectée, urbaine et métissée. Il voit son incarnation dans le nouveau maire de la ville, Bally Bagayoko, élu en mars dès le 1er tour.
Ce dernier assume pleinement ce rôle. Il veut faire de Saint-Denis la « capitale de l’Insoumission » et décrit la « Nouvelle France » comme celle des « enfants de la République » et des « héritiers de l’immigration ». Le récit insoumis oppose ainsi une France nouvelle, née de l’immigration, à une « vieille France » présentée comme blanche, figée et excluante, dont les institutions devraient être refondées dans une VIe République.
Mélenchon a d’ailleurs donné le ton lui-même. À Saint-Denis, galvanisé par la victoire de Bally Bagayoko, il a lancé à un public hilare : « tout blancs, tout moches que vous êtes ». La phrase aurait valu à n’importe quel élu de droite des poursuites et une mise au ban médiatique. Venant du chef de l’antiracisme officiel, elle est passée pour une boutade.
Des quartiers en première ligne
Le mouvement est parti de lycées de la banlieue parisienne avant de gagner les grandes villes, puis la province. Ce sont précisément les territoires où LFI concentre son discours sur une police décrite comme raciste et un État présenté comme hostile, et où elle espère trouver le gros de ses électeurs en 2027. Pour un parti qui fait le pari d’une jeunesse en rupture avec l’« ancienne France », un mouvement lycéen qui s’en prend aux écoles, aux policiers et aux symboles de l’État vaut toutes les campagnes de terrain.
Le gouvernement, qui avait promis 800 millions d’euros supplémentaires pour l’Éducation nationale, se retrouve face à un mouvement qui ne parle plus guère de moyens. Ritchy Thibault, lui, avait donné rendez-vous à la rue le 17 octobre.
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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