
« La culture c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale. » (Anonyme).
« La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié. » (Selma Lagerlöf).
Les manifestations lycéennes ne sont que la traduction visible, l’aboutissement, le résultat tangible d’un processus de délitement de l’Éducation nationale qui a commencé en mai 1968, et même bien avant. On se souvient que le ministre Claude Allègre, pour avoir osé dire, de façon certes imagée mais claire, qu’il fallait « dégraisser le mammouth », y a perdu sa place.
L’Éducation nationale, c’est un État dans l’État ; un bastion aux mains de syndicats de gauche depuis longtemps ; une énorme administration réfractaire à tout changement, ce qui explique qu’elle soit devenue, selon Jean-Paul Brighelli, « La fabrique du crétin » (1). Il y a quelques années, Jean-Marie Le Pen disait d’elle que c’était une grosse machine « qui fonctionnait (mal) avec le budget de la Général Motors et les effectifs de l’ex-Armée rouge ». Il n’avait pas tout à fait tort.
En 2025, l’Éducation nationale employait 1 211 900 personnes, dont 851 600 enseignaient dans les écoles et établissements du second degré. 711 600 dans le secteur public et 140 000 dans le secteur privé sous contrat (2). Plus de 12 millions d’élèves fréquentent les écoles, collèges et lycées.
Notons, au passage, qu’on peut s’interroger sur le problème des « classes de 30 élèves » qui serait l’une des causes de la dégradation du niveau scolaire, car une simple division du nombre de potaches par le nombre de profs donne 14,23 élèves. Mais il faut savoir que 332 000 personnes – une paille ! – sont détachées à diverses missions d’assistance éducative, d’administration, de direction, d’animation pédagogique, de soutien, d’inspection, ou sont des permanents syndicaux.
L’actuel ministre de l’Éducation nationale, l’insignifiant Édouard Geffray, un énarque, affirme vouloir réformer en profondeur l’école, le collège, le lycée. Tous ses prédécesseurs – Macron en aura usé sept ou huit en à peine neuf ans – ont dit la même chose et n’ont strictement RIEN fait car ils savent pertinemment qu’ils ne servent à rien. Ce sont les syndicats qui font la loi. Luc Ferry l’a dit en rigolant sur un plateau télé. Pendant deux ans – de 2002 à 2004, dans le gouvernement Raffarin – ce type aura touché les émoluments d’un ministre de l’Éducation nationale en sachant que son poste était quasiment un emploi fictif, mais ceci ne semble offusquer personne.
L’Éducation nationale, dont les résultats nous font plonger de façon abyssale dans les classements PISA (3), aura réussi l’exploit de produire un peu plus d’illettrés qu’avant la Première Guerre mondiale. Il ne me semble pas inutile (de tenter) d’expliquer comment nous sommes arrivés à un tel désastre. Pour comprendre ce naufrage, il faut remonter assez loin dans le temps.
À la fin du XIXe siècle, quelques intellectuels s’inquiétaient – déjà ! – de la baisse des niveaux scolaires, mais pour plusieurs d’entre eux, c’était pour critiquer le franc-maçon Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique, qui fit voter, en 1881, la loi rendant l’enseignement gratuit et obligatoire dans les écoles publiques, et, en 1882, une autre loi qui instaurait la laïcité : le catéchisme étant remplacé par « l’instruction civique et morale ». Soyons honnête, les progrès furent spectaculaires : au début du XXe siècle, la majorité des petits Français savaient lire et écrire. Ensuite, que ce soit chez les « hussards noirs de la République » ou chez les curés, on s’est ingénié à apprendre aux enfants ce que l’on appelle pompeusement de nos jours, les « fondamentaux » à savoir : lire, écrire et compter. C’était le rôle des classes primaires. Le « Certificat d’études primaires » était l’aboutissement d’un premier cycle réussi. Tout ceci a perduré, bon an mal an, jusqu’au « Front Populaire », époque où la gauche socialo-communiste a commencé à investir tous les rouages de la fonction publique.
Le phénomène s’est aggravé à la Libération, quand les leviers du pouvoir exécutif ont été confiés à des personnalités de gauche – socialiste, radicale ou communiste. Il est bon de se souvenir de la composition du « Gouvernement provisoire de la République française » (GPRF) à la Libération. L’histoire officielle a retenu que c’était « un gouvernement de coalition ». Mais à qui ont été confiés les grands ministères, les maroquins importants et/ou régaliens ? Ministre de l’Armement : Charles Tillon (PCF) ; ministre du Travail : Ambroise Croizat (PCF) ; ministre de la Production industrielle : Marcel Paul (PCF) ; ministre de l’Économie : François Billoux (PCF). Les socialistes seront également bien lotis : ministre de l’Intérieur : Adrien Tixier (SFIO) ; ministre de l’Agriculture : Tanguy Prigent (SFIO) ; ministre des Transports et Travaux publics : Jules Moch (SFIO) ; ministre des PTT : Eugène Thomas (SFIO). Vincent Auriol (SFIO) sera ministre d’État, tout comme le déserteur Maurice Thorez (PCF). L’Éducation nationale sera confiée à René Capitant, gaulliste de gauche, fondateur du « Rassemblement des Gauches démocratiques » (RGD).
La suite est assez logique, elle était même inévitable (donc prévisible) : les idées égalitaristes de la gauche socialo-communiste dans l’école publique, et celles des curaillons progressistes – dont beaucoup, comme les prêtres-ouvriers, étaient membres du PCF – dans le privé, contribueront à un nivellement par le bas. L’utopie égalitariste étant concomitante avec une permissivité excluant toute forme de discipline. C’était aussi le début de la « méthode Spoke » et du règne de l’enfant-roi.
En mai 68, des gamins trop gâtés, majoritairement fils de bourgeois, piquaient une colère, cassaient leurs jouets et brûlaient les voitures de leurs parents ; le régime prit peur. À cette époque, 20 % d’une classe d’âge arrivaient au Bac et commençaient des études supérieures. Pour permettre à des cancres d’entrer en faculté, on développa les sciences dites sociales (sociologie, psychologie…), les filières sans réels débouchés (artistiques entre autres), et on multiplia les BTS au rabais.
Un peu plus tard, la désindustrialisation – voulue – du pays fit que la France devint feignasse et ce, bien avant les 35 heures. À cette époque de début du chômage de masse, François Brigneau écrivait que le danger n’était pas de perdre des emplois mais de voir disparaître des métiers.
Les parents des « Trente Glorieuses » voulaient à tout prix que leurs enfants deviennent des « cols blancs », des cadrillons du secteur tertiaire, surtout pas des manuels. Nous assistâmes donc à la destruction de l’artisanat au profit de métiers dans lesquels on ne transpire pas beaucoup et où on risque davantage une extinction de voix que des ampoules aux mains ; la publicité, le marketing, la communication… Des économistes et autres stratèges autoproclamés nous expliquaient qu’avec la mondialisation heureuse nous n’avions plus besoin de techniciens. Tout reposait sur le marketing.
Or, je ne sais plus qui a dit que « le marketing consiste à vendre à des gens qui n’ont pas les moyens, des produits dont ils n’ont pas besoin ». Les Français se mirent à surconsommer des produits inutiles, souvent de qualité médiocre, fabriqués en Chine, en Tunisie ou au Bengladesh.
L’Éducation nationale jouait sa partition en faisant croire que tous les élèves étaient aptes à des études longues ; elle acceptait d’intellectualiser des imbéciles au nom du principe égalitaire.
Faisons un bond en 1975 avec la loi Haby. L’instauration du « collège unique » jetait les bases de l’égalité des résultats, et non des chances. C’est un non-sens : nous sommes tous différents avec des capacités inégales selon les domaines (4). Le nivellement par le bas s’aggravait.
Le 29 avril 1976, le tandem Giscard-Chirac nous imposait le « regroupement familial » qui allait remplacer l’immigration de travail par une immigration de peuplement. Nos établissements scolaires voyaient arriver des jeunes qui ne parlaient pas un mot de français, ce qui contribuait à tirer les petits Franchouillards vers le bas pour les mettre au niveau de Mohamed, Rachid ou Mamadou.
Peut-être va-t-on me traiter de raciste si je note que les élèves d’origine asiatique se sont plutôt bien intégrés et que beaucoup caracolaient en tête de leur classe ? Or, ce n’est qu’un constat.
Notons, même si mes propos peuvent choquer, que la loi de 2005 visant la scolarisation des élèves handicapés, est elle aussi une ineptie totale. Vouloir l’égalité à tout prix, l’inclusion de TOUS les enfants, peut sembler légitime mais nous avons créé énormément de situations ingérables.
Beaucoup d’élèves handicapés ont leur place dans une classe « normale », mais il en va tout autrement pour des handicaps lourds. Le législateur, en connivence avec les tenants de l’idéologie bien-pensante, s’est acheté une bonne conscience, pour un résultat catastrophique.
L’école actuelle est devenue le réceptacle de toutes les demandes, de toutes les exigences, des minorités – qu’elles soient religieuses, raciales ou sexuelles – ; elles imposent leur loi dans les écoles comme partout. Or, chez nous, il existe… 27 motifs de discrimination susceptibles de vous envoyer devant les tribunaux, donc tout le monde fait profil bas, par peur.
Au fil des années, les collèges et lycées sont devenus des lieux où on gère des différences et des conflits. On y parle de tout – du wokisme, des droits des LGBT+, de l’islam, de l’antiracisme, de l’écriture inclusive, de l’écologie, etc. – de tout sauf… de l’instruction !
Avec le recul dû à mon âge, j’en viens à penser que la loi qui a donné le coup de grâce à notre école se situe juste entre les deux lois déjà évoquées : c’est la loi d’orientation de 1989.
Le système qui s’écroule sous nos yeux tel un château de cartes a vu le jour avec une volonté politique affichée de mettre l’égalitarisme au premier plan, de nier les différences. En fait, l’école est victime des mêmes maux que le monde des adultes. Au nom de l’inclusion, du « vivre-ensemble », du multiculturalisme, du diktat des minorités, on se doit de tout accepter, de tout subir, de ne pas faire de vagues. L’école ne remplit plus son rôle éducatif mais tout le monde préfère fermer les yeux !
Pour s’illusionner, on a supprimé le « certif », puis on a donné le BEPC à tout le monde, puis pour répondre au souhait des socialistes – qui voulaient 80 % de bacheliers au début des années 80 – on a fabriqué des Bacs au rabais. Et on se gargarise des résultats avec une mauvaise foi évidente.
Le site de l’Éducation nationale ose se vanter que le taux de réussite au Bac général 2026 soit de 95,9 %, que celui de la voie technologique s’établisse à 90,3 % et que celui du bac professionnel soit de 84,3 %. Et que, toutes voies confondues, 58,8 % des candidats obtiennent une mention. De qui se moque-t-on ? Que va-t-on faire de tous ces bacheliers au rabais ? Beaucoup iront grossir les effectifs de « France-Travail » et comme on leur a fait croire qu’ils étaient très intelligents (bien que totalement incultes), on en fera des frustrés voire des ratés.
Je n’ai jamais travaillé dans l’Éducation nationale mais j’ai passé ma vie à enseigner, à des militaires d’abord, à des étudiants du BTS-Assurance et des apprentis-assureurs (agents, courtiers ou salariés) ensuite, parallèlement (et bénévolement) à des élèves parachutistes et parapentistes.
Former quelqu’un, c’est lui inculquer des savoirs et s’assurer que ces savoirs sont compris et acquis. C’est à l’enseignant de fixer les règles strictes de ce qui n’est pas un jeu, pas à l’élève. Il faut de l’autorité de la part du maître et un minimum de discipline de la part de l’élève.
Faisons un bref aparté sur le soi-disant problème des classes de 30 élèves. J’ai fait toutes mes études primaires et secondaires dans des classes de – plus ou moins – 30 élèves ; dans l’armée j’ai encadré des sections d’une trentaine d’hommes ; j’ai connu ensuite des amphis bondés mais, lorsque j’ai passé, sur le tard, un troisième cycle à l’ENAss (5) nous étions 29 dans ma promotion. Le véritable problème, ce n’est pas de faire son cours devant 30 élèves, sauf quand cette trentaine est composée de 10 ou 15 nationalités (ou origines) différentes, mais personne n’ose le dire.
Pour conclure, je livre quelques idées qui sont les bases nécessaires voire indispensables à une réforme : on ne bâtit rien de solide sans des fondations solides.
Pourquoi vouloir tout réinventer ? Il faut revenir à ce qui a bien fonctionné dans le passé.
Je suis très clairement favorable au port de la blouse à l’école et de l’uniforme au collège. Comme ceux de ma génération, j’ai porté la blouse grise en primaire, mais c’est sous l’uniforme du Prytanée militaire que j’ai appris à cirer mes chaussures, à repasser mes chemises, à faire un nœud de cravate et à être ponctuel. Plus tard, j’ai connu la dégaine crado et le laisser-aller débraillé post-soixante-huitards. Je préfère l’ordre et la propreté, c’est ce qui nous différencie du sauvage.
En plus de l’apprentissage de l’écriture, de la lecture et des maths en classes primaires, je suis favorable à la dictée, aux récitations et au calcul mental car ils favorisent la mémoire. En 7e (l’actuel CM2) j’ai appris des fables de La Fontaine et le beau poème de Victor Hugo « Après la bataille ». Je les récite encore par cœur soixante-sept ans plus tard. C’est à cette époque que j’ai pris goût à la littérature et à la poésie. Je ne remercierai jamais assez mes maîtres des classes primaires.
Il faut aussi revenir à l’évaluation chiffrée (notes) par le contrôle régulier des connaissances ; mettre en place un contrôle de fin d’année sérieux. En cas d’échec notable (ajouté à une mauvaise année scolaire), un redoublement systématique doit s’imposer.
Il faut aussi réapprendre l’histoire de France – celle de Jacques Bainville – pour récréer un « roman national » qui valorise l’œuvre française, et ne plus inculquer aux jeunes la détestation de leur pays. Il ne faut plus accepter que l’école serve de creuset d’embrigadement pour les minorités, qu’elles soient raciales, religieuses ou sexuelles. Il est inadmissible qu’on enseigne l’arabe dans certains établissements situés dans « les territoires perdus de la République ». Surtout quand, dans le même temps, l’Algérie supprime l’apprentissage du français, langue du colonisateur honni.
Autre mesure d’urgence : donner aux élèves le goût des belles choses, pour sortir enfin de la dégénérescence visuelle, de la pouillerie et de la crasse dans lesquelles nous sommes tombés.
Et puis, pour conclure, plutôt que de faire semblant d’interdire les téléphones portables, mettre des brouilleurs dans les établissements scolaires pour que les élèves ne passent plus leur temps à niaiser, à ricaner bêtement (ou à tricher) sur leur Smartphone. Smartphone qui est aussi, trop souvent, un outil de harcèlement scolaire.
Il va sans dire – mais tellement mieux en le disant – qu’il faut expliquer à l’enfant qu’il entre à l’école pour apprendre, pas pour jouer, et que son avenir en dépend.
Ne soyons pas trop négatif, tout n’est pas noir. Je sais qu’il existe des profs motivés, de bons établissements, des filières d’excellence, des écoles de commerce ou d’ingénieurs réputées dans le monde entier. Je sais aussi que les individus très intelligents, très brillants (et si possible issus de milieux aisés) s’en sortiront toujours car les « élites » se cooptent entre elles. En revanche ce sont les « Français moyens » qu’on s’ingénie à faire disparaître. Tout ceci est voulu : on veut tuer les classes moyennes pour qu’une élite mondialiste, hors-sol, sans attache, sans racine, sans patrie, qui n’adule que le fric et qui gravite autour de son nombril, dirige une populace inculte, ignare et amorphe, qu’on abreuvera de téléréalité, de foot, de porno, de loto et, si besoin, d’aides sociales aussi diverses que variées, voire du revenu universel, pour qu’elle ne se rebelle pas.
Vous pensez peut-être que j’exagère ? En 1949 – année de ma naissance – Georges Orwell écrivait « 1984 », un roman que je vous invite à lire ou à relire.
Eric de Verdelhan
1) « La fabrique du crétin – Vers l’apocalypse scolaire » de Jean-Paul Brighelli ; L’Archipel ; 2005.
2) Source : DEPP, « L’Éducation nationale en chiffres », édition 2026.
3) « Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves » (Programme for International Student Assessment), c’est un ensemble d’études menées par l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) visant à mesurer les performances des systèmes éducatifs des pays membres et non membres.
4) Étant totalement réfractaire aux maths et aux sciences, je suis bien placé pour le dire.
5) ENAss : Ecole Nationale d’Assurance.
https://ripostelaique.com/education-nationale-la-fabrique-des-cancres/
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