
Jordan Bardella l’a révélé lors d’une conférence de presse, mardi : « Ces dernières heures, les journalistes de Mediapart en sont réduits à contacter un à un les amis avec qui j’étais au collège et au lycée, certains entre mes 12 et 16 ans, pour leur demander des conversations privées. » L’excuse de minorité, tant évoquée par la gauche et l’extrême gauche quand des racailles sont mises en cause, ne compte pas dès lors qu’il s’agit d’incriminer le président du Rassemblement national.
Après Mediapart, qui avait trouvé dans une erreur de langage courante une « preuve » de l’authenticité des messages exhumés des limbes de Meta – une « preuve », donc, de la culpabilité antisémite de Bardella –, c’est au tour de Marianne de déceler des références « soraliennes », voire « dieudonnéennes », dans de vieux tweets de Jordan Bardella écrits lorsqu’il avait 18-22 ans.
Vous avez la ref du gimmick ?
L’expression en cause ? « Merde, quand même. » À l’origine, détournement d’une citation de Manuel Valls : « Je suis lié de manière éternelle à la communauté juive, à Israël, merde, quand même ! » (Il avait déclaré cela le 7 juin 2011, sur les ondes de Judaïques FM.) L’expression était devenue un gimmick, autrement dit une phrase culte, qu’on utilise en ayant « la ref »… ou pas. D’autant que l’expression existait avant. Suivant ce principe, toute personne disant « Ben voyons » se rendrait coupable de zemmourisme ordinaire, puisque elle est devenue, elle aussi, un gimmick.
« Merde, quand même » est une tournure si naturelle, si bien française, qu’on la rencontre partout. Un rappeur tel que Sheldon n’hésite pas à dire de lui-même : « Merde, quand même, t’es un sacré petit con de parvenu. » Cela, dans une interview où il fait acte d’humilité woke. Le scénariste de bande dessinée Mathieu Gabella, tout autant progressiste (il est l’auteur d’Idoles, BD qui raconte, pour la dénoncer, une France dirigée par un gouvernement d’extrême droite !), utilise aussi, dans une interview, le « merde, quand même ».
À moins qu’il ne s’agisse de crypto-soraliens ? Mais des écrivains aussi différents qu’Anna Gavalda, Driss Chraïbi, Louis-Ferdinand Céline et tant d’autres écrivains de polar ont utilisé le « merde, quand même » inscrit dans l’ADN du français depuis des siècles. Où vont les classer tous ces journalistes-linguistes, adeptes d’une politisation de l’expression courante d’un agacement ? Chacun des clous qu’ils croient enfoncer dans le cercueil de Bardella condamne, en fait, l’enquête de Mediapart en en révélant la faiblesse. Alors, bientôt l’analyse des cahiers de CE2 de Jordan Bardella, cahiers de brouillon, cahiers du jour, cahiers de texte ? On a envie de répondre : « Merde, quand même ! »
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