À Reims, depuis plus de 20 ans, on offre des millions à l’Afrique avec l’argent des Rémois

L'intervention d'Anne-Sophie Frigout devant l’assemblée de l’agglomération du Grand Reims. Capture d’écran @asfrigout

Jeudi 1er octobre dernier, l’assemblée de l’agglomération du Grand Reims délibère sur le rapport annuel 2025 concernant la qualité des services publics. L’ambiance est calme, presque ronflante, lorsqu’une voix s’élève pour poser la question qui fâche. Anne-Sophie Frigout, conseillère municipale de Reims et eurodéputée RN, s’adresse à Arnaud Robinet (Horizons), maire de Reims et président de l’agglomération, et dénonce une subvention de 180.000 euros accordée par cette dernière à un projet d’assainissement de l’eau à Brazzaville (République du Congo).

« Quand allez-vous enfin arrêter d’envoyer l’argent des habitants du Grand Reims en Afrique, alors que nous avons ici même des problèmes de qualité de l’eau ? », questionne-t-elle. Mais au lieu de répondre, Arnaud Robinet s’empresse de passer la parole au chef de file de l’opposition de gauche, le socialiste Éric Quénard, le chargeant de répondre « aux propos un peu abjects » (sic) d’Anne-Sophie Frigout. Ce dernier s’étant dit fier que « la collectivité accompagne les projets de coopération internationale, en particulier en Afrique », voilà qu’intervient alors Jean-Pierre Fortuné, maire (divers droite) de Tinqueux et vice-président du Grand Reims : « J’aimerais, en dehors des problèmes budgétaires, dire à madame Frigout qu’il faut de temps en temps faire preuve d’humanité, d’humanisme. Les soucis budgétaires viennent après. »

Dialogue de sourds

Ces échanges illustrent l’actuel dialogue de sourds entre des patriotes appelant à se soucier prioritairement des Français en difficulté et une Macronie menant une politique très à gauche de générosité sans compter vis-à-vis de pays étrangers. Ils rappellent d’ailleurs le débat pendant lequel Sarah Knafo, à qui Bruno Le Maire reprochait son manque d’humanisme, lui rétorquait qu’arrêter de « dilapider l’argent des Français au Togo, au Bénin ou ailleurs en Afrique, quand la France est deux fois plus endettée que les 54 pays africains réunis, ça, c’est humaniste ».

L’incident de Reims est par ailleurs emblématique de la situation politique locale, dans laquelle une étonnante complicité semble unir une majorité centriste et son opposition de gauche contre le RN. Fin octobre 2025, déjà, lors du vote de cette subvention qu’avait alors évoqué BV, les élus locaux du RN et Anne-Sophie Frigout (pas encore élue à Reims, à l’époque) avaient déjà dénoncé l’affaire. Dans un communiqué, l’eurodéputée estimait, faisant allusion à la subvention africaine, qu’il était « temps de savoir comment notre argent est dépensé par Arnaud Robinet ». Ce dernier s’était alors défendu en prétendant que « cette action comprenant trois axes de travail autour de l’eau potable, de l’assainissement et d’aménagement des écoles de Brazzaville ne coûte donc rien, que ce soit au contribuable, au budget général ou au budget eau et assainissement du Grand Reims ».

Argent magique ?

Une subvention qui ne coûte rien ? Ce couplet sur l’argent magique fait en réalité référence au recours par Arnaud Robinet et Jean-Pierre Fortuné à la loi Oudin-Santini. Ce texte, voté en 2005, autorise les collectivités, syndicats et agences de l’eau qui le souhaitent à consacrer jusqu’à 1 % de leur budget eau et assainissement au financement d’actions de solidarité internationale dans le domaine de l’eau.

Est-ce pour autant gratuit ? Pour Anne-Sophie Frigout, contactée par BV, « on prélève bien une partie de la facture d’eau des Rémois, qui pourrait servir pour investir dans notre propre réseau d’eau et d’assainissement ». Et ce n’est pas la première fois que Reims se montre généreuse envers l’Afrique avec l’argent de ses contribuables. « Depuis 2014, c’est au moins 1,9 million d’euros qui ont été donnés en Afrique », rappelle-t-elle. « Une somme que se sont partagée le Burkina Faso, qui a pourtant rompu ses relations diplomatiques avec la France le 26 juin dernier, et Brazzaville, ville jumelée à Reims. »

L’élue rémoise y voit un double scandale. « Il y a dans cette affaire un manque total de transparence. Jean-Pierre Fortuné, qui s’occupe des projets de solidarité, se rend régulièrement là-bas, mais nous ne sommes jamais informés du détail de ce qui est financé. » Par ailleurs, pour Anne-Sophie Frigout, cet argent serait bien utile à l’amélioration de la qualité de l’eau rémoise. « Le lendemain de mon intervention devant l’agglomération, j’ai effectué une visite à la station d’épuration du Grand Reims, dont les équipes m’ont expliqué qu’une pompe a besoin d’être changée, mais qu’elle ne l’est toujours pas, faute de crédits, et que son remplacement coûte 700.000 euros. »

Humanisme sélectif

Alors, conclue Anne-Sophie Frigout, « quand je découvre cela, m’entendre dire que je manque d’humanisme prête à rire. Dans cette affaire, où est l’humanisme envers nos propres habitants ? » Et de dénoncer une forme d’indécence : « On demande de plus en plus aux Français de se serrer la ceinture. Ils croulent sous les impôts et taxes pour des services publics de plus en plus dysfonctionnels en retour, et on envoie généreusement leur argent en Afrique ? On comprend mieux la situation de la France quand on entend ça, en fait. » Nous n’avons pas réussi à joindre Arnaud Robinet sur ce dossier.

Etienne Lombard

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