
« Nous réfléchissons à de nouvelles règles pour la campagne de 2027. » La déclaration de Martin Ajdari, président de l’Arcom, ouvre un nouveau chapitre dans la régulation des médias. Le régulateur veut réfléchir à l’encadrement des podcasts et vidéos en ligne qui accueillent des personnalités politiques, avec les principaux créateurs et au nom de « l’honnêteté et de l’équité ».
En quelques années, YouTube et les médias numériques ont pris une place considérable dans le débat public. Legend, HugoDécrypte, Sam Zirah ou Gaspard G attirent des audiences qui peuvent rivaliser avec celles de certains médias audiovisuels. Surtout, ces médias ne sont pas nés sur le modèle des chaînes de télévision. Ils se sont développés à côté du paysage médiatique traditionnel, avec des formats plus longs, des conversations moins calibrées et une liberté éditoriale différente. C’est précisément cette rupture qui a fait leur succès.
Quand le nouveau monde rencontre l’ancien
Pendant longtemps, l’interview politique passait par quelques grandes rédactions et quelques plateaux. Internet a changé la donne. Un créateur peut désormais recevoir un ministre, un député ou un candidat sans disposer d’une fréquence radio ni d’un canal TNT. Les règles de pluralisme et d’équité qui encadrent la télévision et la radio ne s’appliquent pas de la même manière à ces nouveaux formats. Martin Ajdari assure, d’ailleurs, que le futur dispositif ne serait pas identique à celui des médias traditionnels.
Mais c’est justement là que commence le débat. Comment appliquer une logique pensée pour des chaînes disposant d’une grille de programmes à des médias qui ont bâti leur identité en dehors de cette logique ? Philippe Ballard, député RN de l’Oise, doute d’abord de la faisabilité. « Je ne comprends pas très bien cette sortie. Je ne vois pas comment ils pourront faire », estime-t-il, auprès de BV. L’élu résume la difficulté : « Un podcast qui vient de chez Marine Le Pen, Édouard Philippe, Jean-Luc Mélenchon devra-t-il respecter l’égalité de temps de parole ? Cela n’a aucun sens. »
Le risque de remettre les nouveaux médias dans le même moule
Ces médias ont grandi précisément parce qu’ils proposaient autre chose que les formats installés avec des entretiens longs, un ton différent, des invités choisis selon leur propre ligne éditoriale. Éric Morillot, créateur des Incorrectibles, se sent concerné. Son média n’est pas cité parmi les principaux acteurs évoqués par l’Arcom, mais il estime auprès de BV qu’il est « dans le viseur ». Il pense aux « petits médias alternatifs » qui pourraient suivre si le dispositif s’élargissait. Pour l’instant, il attend les règles concrètes mais pointe une difficulté : « Si un média doit garantir un équilibre politique, que se passe-t-il lorsqu’une personnalité refuse son invitation ? Qui décide, alors, du niveau d’équilibre nécessaire ? »
Le précédent de l’audiovisuel
Le débat intervient alors que l’Arcom est déjà au centre de controverses sur le pluralisme. Le non-renouvellement de C8 et les procédures concernant CNews ont nourri les interrogations sur les pouvoirs du régulateur et la liberté éditoriale. Avec les podcasts, le terrain change. La question n’est plus seulement celle des chaînes de télévision, mais celle d’un écosystème qui s’est construit en dehors d’elles.
Sarah Knafo l’a formulé sur X : « À six mois de la présidentielle, ce que l’Arcom appelle équité porte un autre nom. Cela s’appelle la censure. » Le mot est fort mais traduit la crainte de voir les nouvelles voix de l’information entrer dans le même moule que celles de l’ancien paysage médiatique.
Orwell n’avait pas imaginé YouTube. Son 1984 avait, en revanche, compris que celui qui fixe les limites du discours exerce un pouvoir sur le débat public. La France de 2026 n’est pas l’Océania du roman. Reste cette question : jusqu’où encadrer les nouveaux médias au nom du pluralisme sans leur imposer les règles de ceux qu’ils sont justement venus concurrencer ?
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