« J’ai été manipulé par Mediapart, qui a déformé mes propos » : le témoin de Médiapart révèle la supercherie

© Jordan Florentin

« Je n’ai jamais été témoin de propos antisémites de la part de Jordan Bardella, ni de propos rapportés ». Laurent G., ancien responsable du Front national de la jeunesse, le FNJ, de Seine-Saint-Denis au début des années 2010, a été contacté il y a « une dizaine de jours » selon ses dires, par Mediapart et a été présenté comme l’une des sources centrales de son enquête sur les premières années militantes de Jordan Bardella. Sorti du silence dans l’émission d’Éric Morillot, Les Incorrectibles, sous couvert d’anonymat, il assure que le journal l’a manipulé, a déformé ses propos et tronqué des échanges de mails.

Il dit vouloir clarifier les choses : « La première, qui est la plus importante, c’est de dire publiquement que mes propos ont été déformés et expliquer pourquoi », la seconde, c’est de rassurer les électeurs du Rassemblement national, non, il n’a pas tenté de « déstabiliser la campagne en cours, c’est totalement faux ». Il affirme également vouloir assurer son soutien au président du Rassemblement national et à la candidate à l’élection présidentielle, Marine Le Pen : « Je n’ai eu aucune intention malveillante à leur égard, à aucun moment. »

Sa relation avec Jordan Bardella, rencontré en 2013 alors qu’il n’exerçait plus de responsabilités au sein du FN, était « courtoise ». Ils se sont croisés « quatre ou cinq fois ». Il envoyait des mails, Jordan Bardella, lui, ne répondait jamais. Mediapart, de son côté, raconte que le 8 février 2014, Laurent G. a envoyé à Jordan Bardella et à un autre militant, Maxence B. le fichier PDF du livre Dialogues désaccordés d’Alain Soral et Éric Naulleau, accompagné de ces mots : « Je sais plus lequel de vous deux me l’avait demandé ». Laurent G. aurait assuré à Mediapart qu’il envoyait ses mails de sa « propre initiative », pour cultiver la « curiosité intellectuelle » des militants, sans « pousser personne à penser quoi que ce soit ». Jordan Bardella a d’ailleurs répondu à Mediapart qu’il ne peut en « aucun cas être tenu responsable des écrits ou paroles de tiers ». Ce qu’atteste Laurent G. en ajoutant, en réponse à ce que Mediapart lui a fait dire, qu’il s’agissait plus « d’une mise à disposition » que de suggestions de lecture, « j’ai envoyé des mails pour que les personnes aient accès à l’information, à supposer qu’elle les intéresse ».

Un mail tronqué, une preuve falsifiée

Interviewé par Éric Morillot, c’est précisément le mail du 8 février que le témoin clé de Mediapart conteste. Il reconnaît l’avoir envoyé : il explique qu’il avait accès à une grande base documentaire, et qu’à l’un des forums organisés par le FNJ, la discussion portait sur le livre de Soral et Naulleau. Selon lui, un militant lui aurait demandé une version de ce livre. Mais la demande, dit-il, venait de Maxence B., qui avait répondu à son mail : « c’est moi, merci 😉 ». Mediapart aurait coupé cette réponse sur l’image du mail pour laisser croire que la demande émanait de Jordan Bardella. « Ils occultent le mail de réponse de Maxence B. dans le but d’éclabousser monsieur Bardella en en faisant un admirateur de Soral ». Rien ne prouve, selon lui, que celui qui deviendrait président du RN ait lu les livres qu’il mettait à disposition, puisqu’il n’a jamais répondu à aucun de ses mails.

Pour Laurent G., les méthodes et l’enquête de Mediapart sont « de la malveillance à l’état pur ». Pour lui, l’objectif du journal est « de fragiliser la campagne et utiliser monsieur Bardella pour cela, et les mauvaises fréquentations qu’il aurait pu avoir ». Il relève que l’enquête sort au lendemain des sénatoriales, sans doute pour occulter la progression importante du RN, et en plein mois d’octobre, quand le parti à la flamme doit élire son président en congrès. Il accuse le journal de l’avoir placé au centre de l’affaire parce que « leur dossier est vide », qu’« ils n’ont presque rien à opposer à Jordan Bardella » et réaffirme en fin d’interview : « J’ai été manipulé par Mediapart, qui a déformé mes propos ».

Quitterie de Prémesnil

Laisser un commentaire