Espérer malgré tout

Combat des idées 3 

Par Stéphane Blanchonnet

Une fois n’est pas coutume, je vais m’essayer à un exercice d’optimisme. Deux expériences récentes, comme de fugaces éclaircies dans une journée pluvieuse, m’ont inspiré ces motifs d’espérance.

La première est liée à ma lecture de Gilles de Pierre Drieu la Rochelle. Dans la deuxième partie de ce grand roman de l’Entre-deux-guerres, Drieu évoque la France et le sentiment que lui inspire son déclin. Au chapitre V, c’est le deuil de l’âme de la France que ressent le personnage de Gilles alors qu’il fait visiter la campagne française à sa maîtresse américaine : « La France est un pays de forêts. Il y a encore autour de Paris, en tirant vers le nord ou vers l’ouest, de ces grands refuges. Là il aurait voulu la préparer au ton secrètement hautain des cathédrales, des châteaux et des palais qui sont les derniers points d’appui de la grâce, car les pierres ont mieux résisté que les âmes ». Plus loin, au chapitre XXX, c’est Carentan, le mentor du héros, qui s’exprime en des termes bien plus véhéments sur la mort physique cette fois du peuple français : « C’est la source même de la vie qui est atteinte. Plus de foutre, ou il va au bidet. Les Français n’ont plus qu’une passion, de crever… Une jeune fermière me disait, l’autre jour : ‘Pensez-vous que je ferai des enfants ? Pour quoi faire ?’ Si tu avais vu son regard. Une opacité, la taie du néant ». Carentan pense que la France ne se relèvera jamais de la grande saignée de 14-18 et que les cœurs et les corps sont définitivement fatigués de vivre.

Le roman de Drieu paraît en 1939 et la débâcle de 1940 va sembler donner une confirmation spectaculaire au pessimisme de l’écrivain. Pourtant, après avoir touché le fond, comme souvent dans son histoire, la France humiliée, aplatie, effondrée, va refaire surface. Dès 1942, au fond du fond du gouffre donc, la démographie va repartir – elle qui était en berne depuis le milieu du siècle précédent au moins –, et ce sera le fameux Baby-boom. Après la guerre, presque miraculeusement, ce regain de vitalité va s’accompagner d’un redressement politique et économique qui rendra au pays sa place parmi les grandes puissances. Bien sûr cette parenthèse se refermera rapidement à partir des années 1970 avec un nouveau déclin démographique, qui atteint aujourd’hui des dimensions tragiques et un recours immodéré à l’immigration, dans des proportions insensées, qui a hypothéqué l’avenir et sacrifié l’unité du peuple français au profit de la satisfaction de quelques besoins immédiats en main-d’œuvre… Mais tout de même, si la France a survécu à la Grande guerre, à la débâcle de 40 et à un épuisement vital et moral aussi grave, pourquoi ne serait-elle pas capable de réitérer ce miracle ?

La seconde expérience a pris place à l’écoute d’une des nombreuses et excellentes vidéos d’Antoine Dresse sur sa chaîne Ego Non. Dans celle-ci il était question du Déclin de l’Occident de Spengler. Sans l’avoir lu, je croyais en connaître l’essentiel, à savoir l’analogie entre la vie de l’homme et celle des civilisations avec la naissance, la croissance, la maturité, la vieillesse et la mort. De quoi nourrir en somme le pessimisme et la résignation comme savent le faire les Michel – Houellebecq ou Onfray –, tous deux plus ou moins influencés par Spengler. Néanmoins, le propos d’Antoine Dresse n’était pas de souligner cet aspect de la thèse spenglerienne mais plutôt de rappeler que chez le penseur allemand, le stade de la mort de la Kultur (la civilisation vivante, dans sa phase de croissance interne) n’est pas synonyme de mort immédiate de la civilisation elle-même. Pour Spengler, mutatis mutandis, nous ne sommes pas les Romains du sac de la ville par Alaric en 410 mais plutôt les Romains du Ier siècle, alors que la République s’effondre et que l’âme religieuse des vieux Romains s’étiole, mais que l’Empire est érigé et prolongera encore pendant plusieurs siècles la puissance et le rayonnement romains. Certes, nous ne voyons guère d’Auguste se dresser pour rétablir la situation ni de principe spirituel pour accompagner un regain d’énergie mais à nouveau, ces choses s’étant déjà produites au milieu des affres de la guerre civile et de la corruption morale qui déchiraient la Rome de César, Pompée et Crassus, il n’est pas interdit d’espérer !

https://www.actionfrancaise.net/2026/10/05/combat-des-idees-3-esperer-malgre-tout/

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