Aujourd’hui la fin des chéquiers, demain des espèces et du papier monnaie…

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C’est la fin d’un monde, celui du concret, du tangible. Désormais, toute notre vie doit être régie par le numérique… et bientôt par l’IA.

Le chèque est un fossile. Un objet que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître et moins encore utiliser. Imaginez, à l’heure de nos catastrophiques classements PISA, qui sait encore écrire – un exemple en passant – « sept mille deux cent soixante-douze euros vingt-cinq centimes » ? Et même si, depuis belle lurette, ce sont les machines qui inscrivent les montants, il faut encore remplir le nom du bénéficiaire et signer. Alors plus personne, commerçants comme administrations, ne veut de ce maudit papier.

Un développement numérique à marche forcée

Depuis mars de cette année 2026, le Trésor public n’accepte plus les chèques des entreprises et des professionnels pour payer l’impôt. Bientôt, il en ira de même pour les particuliers – on parle de « l’horizon 2028 » – même si ça renâcle un peu dans les chaumières. Les vieilles chaumières des vieillards cacochymes. Ceux qui seront demain appelés à « mourir dans la dignité » aimaient bien leur chéquier. Tant pis pour eux ! Nos modes de paiement doivent devenir 100 % numériques. Le Trésor public veut donc inciter la population à utiliser « d’autres moyens de paiement, comme le virement instantané et bientôt Wero ». Pour cela, il faut le matériel adéquat, c’est pourquoi l’on oblige lesdits vieillards cacochymes à passer au smartphone : la fermeture des réseaux mobiles 2G et 3G, c’est « pour un développement numérique soutenable » (sic).

S’agissant de la fin du chèque, l’argument est financier. Même s’il ne représentait plus, en 2025, que 1,9 % des paiements hors espèces, il coûte très cher aux banques, et plus encore au Trésor public. Ce dernier avance un coût de traitement de 2,50 euros par chèque. La DGFIP a trouvé la solution : la fermeture du centre de traitement de Rennes l’été prochain. L’histoire ne dit pas si l’on supprimera aussi les fonctionnaires affectés à cette tâche devenue obsolète. Une suggestion : les reconvertir dans la cybersécurité.

Autre argument massue pour la fin du papier : la fraude. Le chèque serait « également le moyen de paiement le plus fraudé, avec un taux de fraude de 69 euros pour 100.000 euros de paiement », dit la Banque de France. Et là, on rigole… Le site très officiel Vie publique nous apprend en effet que 40 %, environ, des internautes ont déclaré (on souligne) avoir été victimes d’une arnaque en ligne en 2025, et 73 % avoir été victimes d’une tentative ! Le ministère de l’Intérieur a comptabilisé 453.200 crimes et délits liés au numérique en 2025, soit une augmentation de 14 % par rapport à 2024.

La voie royale vers le piratage des données

Toute notre vie, aujourd’hui, doit être régie par le numérique, le plus souvent assisté de l’IA. Depuis le fameux « portefeuille électronique » voté par l’UE jusqu’à l’obligation d’en passer par là pour effectuer toutes nos démarches administratives, y compris en ce qui concerne notre santé, c’est la voie royale vers le piratage de nos données. Ainsi voit-on le recours aujourd’hui quasi systématique à la signature électronique, réputée infalsifiable, pour les contrats de travail, les factures, les bons de commande, les mandats et les compromis de vente, les devis, les documents comptables, les documents juridiques, les actes notariés, etc.

L’État nous l’assure, « la signature électronique, en permettant des gains de temps et d’argent, est un outil au service de la productivité, tant pour l’expéditeur que pour le destinataire ». Peut-être aussi la clef du coffre-fort de nos données personnelles ? Faut-il rappeler les derniers piratages de la DGFIP, du ministère de l’Éducation nationale, des mutuelles, des hôpitaux ? Alors, le danger du chéquier…

Il n’en reste pas moins qu’envisager sa fin est encore « une question très sensible », dit la Banque de France, notamment parce que « certaines catégories sociales moins favorisées ou moins à l’aise avec les moyens de paiement numériques y restent très attachées ». Mieux que cela, « en période de forte inflation, il permet encore à certains de bénéficier d’une sorte de crédit gratuit en faisant des paiements différés ou fractionnés sans frais ». Ainsi, plusieurs enseignes de la grande distribution proposent aujourd’hui à leurs clients de « faire des paiements par chèques qui ne seraient débités que dans plusieurs mois ».

Marie Delarue

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