Alain de Benoist et Jean-Yves Le Gallou : le grand débat sur la remigration

Alain de Benoist et Jean-Yves Le Gallou : le grand débat sur la remigration

Remigrer ? Très bien, mais qui et combien ? Entre Alain de Benoist et Jean-Yves Le Gallou, l’accord sur le diagnostic ne suffit pas à masquer le désaccord sur les modalités de la remigration. Car il y a loin entre inverser les flux migratoires et inverser le cours de choses. D’où ce débat de fond, qui nous oblige à poser toutes les questions, celles que l’on s’emploie trop souvent à écarter : qui doit partir ? Selon quels critères ? Un avant-goût du colloque, qui se tiendra le samedi 31 octobre, à Paris : « Remigration – Ouvrons le débat ». Nous l’avons ouvert ici.

ÉLÉMENTS : Vous évoquez dans le dernier éditorial d’Éléments la possibilité de « mettre en œuvre une politique d’inversion des flux migratoires ». Jean-Yves Le Gallou, lui, parle de remigration. N’êtes-vous pas en train de vous disputer sur le mot plus que sur la chose ? Qu’est-ce qui vous sépare : l’ampleur, les moyens ou le principe même de la remigration ?

ALAIN DE BENOIST. Les définitions de la remigration données par ceux qui souhaitent la mettre en œuvre varient beaucoup. Plus que d’accord ou de désaccord, il s’agit de savoir, non seulement où commence la remigration, mais où elle s’achève. Dans son livre sur la remigration, Jean-Yves Le Gallou énumère les premières catégories visées : les clandestins, les parasites, les délinquants, etc. Je suis jusque-là entièrement d’accord avec lui (d’accord aussi sur la suppression du droit du sol). Pour toutes ces catégories, Jean-Yves Le Gallou énumère des motifs d’expulsion parfaitement acceptables. Ces motifs concernent des choses qu’il est légitime de reprocher aux membres de ces catégories – des choses qu’ils ont faites (ou qu’ils n’auraient pas dû faire), des règles qu’ils n’ont pas respectées, des comportements répréhensibles. Mais ces catégories ne représentent qu’une fraction de la population d’origine immigrée : trois millions peut-être, dans le meilleur des cas. Quid des autres (la majorité), pour lesquels aucun de ces motifs n’est valable ? Dans les dix pages de son livre qu’il consacre au « rapatriement », Jean-Yves Le Gallou ne s’étend guère sur le sujet et laisse subsister le flou. C’est la raison pour laquelle on peut se poser des questions. Si l’on cesse de sanctionner des individus pour ce qu’ils ont fait, et qu’on commence à les sanctionner pour ce qu’ils sont, on est dans une perspective totalement différente. On ne sanctionne plus des délinquants, on désigne des hommes en trop. J’aimerais donc savoir si l’on veut enrayer les flux migratoires ou engager un processus de nettoyage ethnique ? Ce n’est pas la même chose. Mon idéal politique n’est pas un État raciste ou ségrégationniste.

Les races existent, le reconnaître n’a rien de raciste. Depuis plus de cinquante ans, la Nouvelle Droite s’est prononcée pour un antiracisme de type ethnopluraliste ou différentialiste. En clair : ni apartheid ni métissage généralisé. Cette position n’a pas cessé d’être la mienne. J’ai écrit trois livres contre le racisme (l’un d’eux, paru en Espagne, s’intitule d’ailleurs Contra el racismo), dans lesquels je dis pourquoi les théories racistes sont à mon avis aussi fausses que nuisibles. Le racisme, maladie infantile de la métaphysique de la subjectivité, est à mes yeux une idéologie moderne, dont les origines sont à rechercher dans les contradictions internes de l’historicisme universaliste. L’histoire a montré par ailleurs que toute politique fondée sur la race est vouée à l’échec. Je condamne donc sans réserve toute forme de racisme (y compris bien sûr, et au premier chef, le racisme antiblanc). Cela vaut aussi pour l’occidentalisme quand il emprunte le costume impolitique du « nationalisme blanc ».

ÉLÉMENTS : Alain de Benoist parle du « verrou des juges », vous d’un JUGEXIT. Les différentes juridictions, françaises et européennes, ne sont-elles pas aujourd’hui le principal obstacle à une politique de remigration ?

JEAN-YVES LE GALLOU. Le JUGEXIT c’est faire sauter le verrou des juges. Un exemple : les hommes politiques proposent régulièrement de priver d’aides sociales les parents d’enfants délinquants. Mais c’est impossible tant que le Conseil constitutionnel censure les lois. D’autres proposent de mettre en place des mécanismes de préférence ou de priorité nationale : là aussi impossible sans passer par-dessus le Conseil constitutionnel. Il faut aussi bousculer le Conseil d’État, les tribunaux administratifs et la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Bref, il faut que le pouvoir politique reprenne le… pouvoir. Et pas seulement en France. Les tribunaux judiciaires en Italie, la Haute Cour de justice en Grande Bretagne, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe en Allemagne et la Cour de justice de l’Union européenne à Bruxelles sont des puissances paralysantes qui ont la haute main sur les politiques de sécurité et d’immigration.

ÉLÉMENTS : Vous avez pu évoquer à propos de la remigration un risque d’arbitraire politique quand bien même il s’agirait d’un choix souverain. Soit. Mais alors pourquoi le retour du politique serait-il légitime contre le gouvernement des juges (ou l’État de droit) et illégitime quand il faut décider les critères d’appartenance à une communauté politique ? À tout prendre, le choix de la remigration ne relève-t-il pas des catégories chères à Carl Schmitt : qui décide, qui est souverain ? Le droit ou le politique ?

ALAIN DE BENOIST. Je comprends mal votre question. L’arbitraire, qui définit une décision non motivée par une nécessité rationnelle ou logique, n’est nullement synonyme de souveraineté. Souhaiter le retour du politique est une chose (à laquelle je souscris bien sûr), évoquer la nécessité d’éviter de commettre des fautes politiques ou rappeler que le pouvoir politique peut aussi dégénérer, non en « dictature » au sens romain du terme, mais en despotisme ou en tyrannie, en est une autre. En démocratie, l’équilibre s’établit à la fois par la décision (en haut) et le consentement (en bas), c’est-à-dire par la conjonction de la souveraineté nationale et de la souveraineté populaire.

ÉLÉMENTS : C’est une chose de dire que la main du politique ne doit pas trembler, c’en est une autre de déterminer les critères d’appartenance à la nation française ou à l’Europe. Prenons un Français de troisième génération, binational, marié à une Française, avec des enfants français : sur quel fondement décide-t-on qu’il doit remigrer ? Et où, sachant qu’un tel homme n’a peut-être jamais mis les pieds dans son pays d’origine (ou ses pays) ?

JEAN-YVES LE GALLOU. Il y a beaucoup de monde à remigrer avant même de poser la question bien réelle des binationaux : les illégaux (1 million), les délinquants étrangers en circulation (100 000 à 200 000), les étrangers vivant principalement, sinon exclusivement, d’aide sociale ou de chômage (2 millions). Il faut surtout – surtout – arrêter toute immigration nouvelle. Reste bien sûr la question des binationaux. Il faut en distinguer trois catégories : les binationaux assimilés (pas de problème) ; les binationaux inassimilés, mais non hostiles (il faut les encourager, sans les forcer, à repartir : ils seront mieux dans le pays d’origine), les binationaux inassimilés et hostiles. Ces derniers doivent être déchus de la nationalité lorsqu’ils sont délinquants ou participent à des manifestations hostiles aux Français et à la France. Dit autrement : les parents des délinquants et des émeutiers doivent dégager avec leur progéniture. Précisons que beaucoup de binationaux ont, comme vous dites, déjà « mis le pied dans le pays d’origine » : ils appellent ça « retourner au bled ». Voilà comment cela se passe : ils partent généralement avec un passeport algérien (et autre) et reviennent avec le passeport français.

ÉLÉMENTS : Vous écrivez que les partisans de la remigration sont de « très grands optimistes », parce qu’ils pensent la catastrophe encore évitable, tandis que vous estimez qu’« elle a déjà eu lieu ». Alain de Benoist : votre réalisme ne risque-t-il pas de devenir un fatalisme ? Jean-Yves Le Gallou : votre volontarisme ne risque-t-il pas de prendre ses désirs pour des réalités ?

ALAIN DE BENOIST. Ne confondez pas la lucidité et la résignation, le pessimisme et l’amor fati. Pour avoir annoncé le déclin de l’Occident, Oswald Spengler fut constamment accusé de « pessimisme » ; on voit aujourd’hui ce qu’il en est. Si j’avais jamais eu la tentation du fatalisme, je ne me serais certainement pas engagé sur la voie que j’ai choisie. J’ai toujours pensé au contraire que, même dans la nuit la plus noire, il faut œuvrer au retour de la lumière. Mais encore faut-il rester réaliste, comme disait Julien Freund. La politique consiste à rendre possible ce qui est nécessaire, pas à rendre nécessaire ce qui est impossible ! Se fixer pour programme de vider la France de près d’un tiers de sa population actuelle ne me paraît ni possible ni raisonnable. On ne commet pas une bonne action en répétant comme un mantra qu’« il suffit de vouloir », qu’il ne faut pas « désespérer Billancourt » et que « la foi déplace les montagnes ». Désolé, mais les montagnes ne bougent pas. Et quand on fait la guerre, mieux vaut ne pas se bercer d’illusions sur la configuration du champ de bataille. Sans cela, on débouche sur l’échec et la désillusion. Une précision, au passage : la « catastrophe » dont vous parlez correspond pour moi à la domination du monde par les valeurs du capitalisme planétaire. C’est pourquoi je pense que, même si le problème de l’immigration ne s’était jamais posé (mais il se pose !), nous continuerions à vivre dans un monde abject.

JEAN-YVES LE GALLOU. On peut choisir effectivement de ne rien faire. À condition d’en apprécier les conséquences :

1°/ Le basculement démographique lorsque, dans huit à quinze ans, les nouveau-nés européens seront minoritaires dans les maternités en France (et dans d’autres pays voisins). Bref, la disparition de l’identité d’origine.

2°/ Le basculement électoral au profit des partis de gauche les plus immigrationnistes d’ici dix ans. Voire avant. Parce que le vote des électeurs de souche se partage entre les différents partis alors que les votes communautaires des minorités se concentrent sur l’extrême gauche (en France sur LFI, en Allemagne sur Die Linke). À terme, c’est la perte de la souveraineté pour le peuple d’origine.

Bref, si on constate le Grand Remplacement (réalité démographique) et le racisme antiblanc (réalité sociologique), alors on n’a pas d’autre choix que d’œuvrer pour la remigration. En élargissant la fenêtre d’Overton et en soulignant l’extrême urgence de la remigration.

Une précision quand même sur les chiffres ! Même dans sa définition la plus maximaliste, la remigration ne concerne pas « le tiers de la population française ». Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, chacun sait bien que le problème est celui de l’immigration extra-européenne – en particulier musulmane et africaine. Alors regardons les chiffres : il y a (hors clandestins) 4 millions d’étrangers non européens ; en tant qu’étrangers, ils n’ont aucun droit au séjour permanent. Quant aux binationaux extra-européens, ils sont de l’ordre de 7 millions. Encore une fois, pas de souci avec ceux qui sont assimilés. Mais les racailles qui insultent les Français, brûlent les lycées, agressent les « gwers » n’ont pas leur place en France. Qu’Alain de Benoist et ceux qui nous lisent se rassurent : cela ne fait pas 23 millions de personnes !

ÉLÉMENTS : Comment peut-on défendre la remigration tout en se proclamant libéral et capitaliste ? N’y a-t-il pas une contradiction à promouvoir une économie de marché reposant sur la libre circulation de tout, sauf des hommes ? Autrement dit, comment faire la remigration sans du même coup faire le choix de la démondialisation ?

JEAN-YVES LE GALLOU. Il suffit d’observer les faits : le Japon est libéral, capitaliste, mondialisé, mais il reste fermé à l’immigration. Les États-Unis sont libéraux, capitalistes, mondialisés, mais ils ont entrepris une politique de remigration, portée par Trump, Vance et Musk. Et je ne parle pas de la Chine.

En économie de marché, les ajustements se font par les prix : si la main-d’œuvre est rare dans un secteur, alors il faut améliorer les conditions de travail et de salaire.

Il faut aussi légaliser la préférence nationale, qui est aujourd’hui interdite : ainsi un restaurateur (ou un professionnel du BTP) n’a pas le droit de choisir des employés français ou d’origine européenne. S’il le fait, il sera pénalement poursuivi et s’exposera à des sanctions sévères. Voilà une loi qui pourrait être abrogée avec des conséquences positives pour les libertés et pour l’identité.

Et puis regardons les faits : encore plus qu’une immigration de travail, ce que nous subissons, c’est une immigration de prédation sociale. Là encore, prenons un exemple : le taux de chômage en Seine-Saint-Denis est supérieur de 50 % à la moyenne de l’Île-de-France et il y a dans ce département 84 000 foyers bénéficiaires du RSA et 949 000 bénéficiaires des différentes prestations de la CAF. C’est l’État-providence qui est une pompe aspirante à l’immigration. Les sociaux-démocrates danois l’ont bien compris : pour protéger leur modèle social, ils en ferment l’accès au monde entier. Bref, on peut entreprendre beaucoup de choses sans faire un préalable de la sortie du capitalisme mondialisé pour les uns ou de l’Union européenne pour les autres.

Je reconnais néanmoins l’efficacité du communisme pour éviter l’immigration : en dix ans de chavisme (2015-2026), aucune entrée d’immigré au Venezuela, mais 5 millions de sorties de Vénézuéliens.

ALAIN DE BENOIST. Je l’ai écrit dans l’éditorial du dernier numéro d’Éléments : l’immigration est une invention du capitalisme, ou du moins l’une de ses conséquences. « L’économie demande massivement de l’immigration », proclame Patrick Martin, président du Medef – ce qui a au moins le mérite de la clarté. La société de marché obéit à la seule loi de l’offre et de la demande. Elle ignore les peuples et ne connaît que des individus, elle ignore les citoyens et ne connaît que des consommateurs. Quand des pays capitalistes refusent l’immigration, ils ne peuvent le faire qu’en violation de leurs principes. En d’autres termes, ils chérissent les causes dont ils refusent les conséquences. C’est tout le problème du conservatisme libéral.

ÉLÉMENTS : Alain de Benoist, vous rappelez le trilemme suivant : immigration, croissance ou natalité. En situation de dénatalité, impossible de conserver simultanément la croissance économique et la continuité ethnique et culturelle sans immigration. Lequel de ces termes sacrifieriez-vous ?

ALAIN DE BENOIST. J’ai là aussi clairement donné ma réponse dans l’éditorial déjà cité : « En période de crise démographique, lutter contre l’immigration de masse implique de ne plus faire de la croissance un absolu. » C’est la raison pour laquelle je rejette à la fois le choix des dirigeants européens actuels, qui s’imaginent pouvoir concilier la croissance et la « maîtrise de l’immigration », comme ils s’imaginent pouvoir « moraliser le capitalisme » ou s’en remettre au « développement durable », et celui du Japon, qui mise tout sur la robotique, participant ainsi du grand remplacement de l’homme par la machine (vous me permettrez d’ajouter que, si je suis malade, je préfère, et de loin, avoir à mon chevet une aide-soignante immigrée plutôt qu’un robot !).

JEAN-YVES LE GALLOU. La continuité ethnoculturelle est évidemment prioritaire. La population peut diminuer, si elle garde son identité. Il sera possible de répartir en avant. Si elle est diluée dans un chaos multiracial et multiculturel, ce sera plus difficile. Bref, mieux vaut suivre le modèle du Japon que celui de l’Angleterre. Tant qu’il restera des Européens de sang et d’esprit, tout sera possible.

ÉLÉMENTS : Citoyenneté ou identité ? Préférence nationale ou préférence civilisationnelle ? Si l’appartenance ne peut produire aucun autre critère que la nationalité juridique, que faire pour maintenir un droit des peuples européens à leur continuité historique ?

ALAIN DE BENOIST. Préférence civilisationnelle. Mais peut-être faudrait-il dire plutôt : citoyenneté ou nationalité ? Si les peuples européens veulent poursuivre leur histoire et se doter d’un destin, la première des règles est de voir ce qui devrait crever les yeux, à savoir que nous entrons dans un monde d’un type jamais vu. Les nationalismes jacobins, tout comme les « valeurs de la République une et indivisible », ne sont plus en mesure de régler quoi que ce soit. Les nations ne peuvent pas devenir multiculturelles ou multiethniques sans se désintégrer. Ce n’est pas le cas des empires (ou des fédérations). L’Europe future se fera avec tous ceux qu’elle aura su convaincre de participer à son destin impérial.

JEAN-YVES LE GALLOU. C’est un sujet particulièrement délicat. L’identité est le socle de la cité. Or, nous avons galvaudé notre citoyenneté en accordant automatiquement ou demi-automatiquement la nationalité à des gens venus d’ailleurs dont bien peu ont pu, voulu ou su s’assimiler à notre culture et à notre civilisation. On ne peut nier qu’il y a un problème avec certains binationaux. Dans l’immédiat trois directions me semblent souhaitables :

1°/ L’abrogation du droit du sol différé, c’est-à-dire l’acquisition automatique de la nationalité française à 13 ans ou 18 ans. Pour les enfants d’étrangers nés en France ;

2°/ Un moratoire des naturalisations pour ne pas aggraver le problème ;

3°/ La déchéance de la nationalité des binationaux inassimilés et hostiles.

Comment ne pas penser à Renaud Camus : « Il en va des nations comme de l’éducation, elles ont leur fondation dans la ségrégation. »

Pour s’inscrire au colloque « Remigration – Ouvrons le débat », le 31 octobre 2026, de 10 h à 18h.

https://my.weezevent.com/remigration-ouvrons-le-debat

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