Mediapart : Bardella reste ultra-populaire et les Français ne sont pas dupes

© Jordan Florentin

Il y a trois mois, tous les anti-RN se frottaient les mains en attendant Marine le Pen au tournant après sa condamnation. Mais la justice lui avait permis d’être candidate et elle s’engouffra dans la brèche, annonçant sa candidature au 20 heures. Très vite, les Français rendaient leur verdict en la propulsant en tête des sondages pour la présidentielle, à plus de 30 %, et elle ne cesse de progresser depuis. En ce début octobre, c’est l’autre leader du RN, Jordan Bardella, qu’a cherché à destituer Mediapart, en exhumant des conversations privées qu’il aurait tenues adolescent.

Mediapart, encore…

Disons-le d’emblée : si ces conversations sont authentiques, c’est, en tout et pour tout, une erreur de jeunesse qui ne démontre pas que le Bardella d’aujourd’hui serait antisémite. Rien à voir avec un petit passage par Vichy avec l’obtention de la Francisque à trente ans et une longue amitié avec l’ancien chef de la police de Vichy. Autre question : Mediapart met-il le même zèle à traquer les bouts de conversation foutraques d’autres adolescents qui depuis ont fait leur chemin… Euh… je ne sais pas…Emmanuel Macron ? Mélenchon ? Raphaël Arnault ? Ce serait drôle de savoir ! Il y a bien un acharnement anti-Bardella.

Ce qui est évident, en revanche, c’est le planning Mediapart : l’affaire sort « à point nommé », comme le constatait Georges Michel cette semaine, rappelant que le journaliste en question s’en cachait à peine.

Macron a encore perdu une occasion de se taire…

Cela étant dit, passons aux conséquences politiques de cette affaire. Beaucoup, de Mediapart jusqu’à l’Élysée, les auraient souhaitées hénaurmes, comme disait Flaubert. Emmanuel Macron n’a-t-il pas pris solennellement la parole, mercredi dernier, depuis l’Espagne où il était en visite d’État, qui plus est, pour qualifier ces révélations de Mediapart de « gravissimes et inacceptables » ? Gravissimes et inacceptables ! Autant que les saccages des lycées dont il était forcément informé ? Que la dégradation des taux auxquels emprunte la France ? Emmanuel Macron est inquiétant : plus de neuf ans de présidence et autant de difficultés à hiérarchiser la gravité des événements… Ceci explique peut-être qu’il ait renoué avec son impopularité historique : selon le dernier baromètre Elabe-Les Echos, il est à 17 % ! et 79 % des Français ne lui font pas confiance…

Mais au fait, en parlant de popularité, Bardella, après tout ce battage mediapartique et macronien, il en est où ? Le même baromètre qui voit Macron s’enfoncer et qui a été réalisé après le début des révélations est formel : « La popularité de Jordan Bardella n’a pas bougé d’un iota. (…) Le président du RN (…) est premier du baromètre Elabe pour Les Echos avec 37 % d’opinions positives.», commente L’Opinion qui parle de « séisme sans conséquences », ou de séisme qui n’en est pas un. Un séisme qui fait pschitt, aurait dit Chirac.

Confirmation sur Boulevard Voltaire, où le questionnaire en ligne de mercredi dernier montre que 88 % des lecteurs ayant répondu estiment que l’affaire n’aura aucun impact sur la présidentielle. Mais pourquoi donc l’énergie conjuguée et de circonstance de Mediapart et de Macron accouche-t-elle d’une souris ?

Ce qui inquiète les Français

Réponse du politologue Luc Rouban, cité par L’Opinion : « Les électeurs ne se décident pas en fonction de ce qu’a pu dire un candidat à 18 ans. Ils s’intéressent moins au discours qu’au fait de savoir quel est le parti qui va le plus dans le sens de leurs intérêts personnels. Or, le RN est devenu le vote utile pour une partie de l’électorat de droite face à LR, perçu comme n’étant plus à la hauteur. (…) Ce qui se passe dans les lycées devrait largement contrebalancer cette affaire Bardella en suscitant une demande d’autorité, de sécurité ».

Ce n’est pas l’adolescent Bardella d’il y a quinze ans qui inquiète les Français, mais ceux d’aujourd’hui ! Comme pour Marine Le Pen, il y a trois mois, une grande partie des Français semble avoir tranché et n’est pas dupe. Des Français qui ont leurs priorités, au moment où la France s’enfonce de nouveau dans un cycle d’émeutes. Pas de chance encore pour les Macron, Mélenchon et consorts ainsi que pour Mediapart, ces priorités, ce sont justement celles de Le Pen et Bardella.

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Frédéric Sirgant

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