Mediapart : Bardella contre-attaque pour séréniser la campagne

En faisant le choix d’une plainte pour faux et usage de faux contre Mediapart, après celle déjà déposée pour diffamation, Jordan Bardella repousse le verdict judiciaire à 2028 au plus tôt. Un excellent choix tactique qui lui permet d’éviter de se justifier durant toute la campagne électorale, en s’abritant derrière l’instruction judiciaire en cours.

Non seulement il n’aura pas à répondre aux questions de l’opposition, mais il pourra invoquer une persécution permanente, visant à saboter la campagne du RN. Une posture que nul ne pourra contredire avant le verdict des juges.

Où en sommes nous ?

C’est le 28 septembre 2026 que Mediapart balance une torpille sous la ligne de flottaison du RN, attribuant à Bardella des propos antisémites tenus sur Facebook Messenger à l’été 2013. Celui-ci nie formellement et qualifie les documents fournis par Mediapart le jeudi 1er octobre de « faux grossiers » et de « captures d’écran manipulables ». Il dépose deux plaintes différentes, l’une pour diffamation, la seconde pour faux et usage de faux.

Ce qu’avance Mediapart

Le journal maintient l’intégralité de ses révélations, affirmant qu’il a eu recours à l’extraction de données de Meta, la maison mère de Facebook et Messenger, pour obtenir l’historique infalsifiable de la conversation de 2013, tenue par Jordan Bardella, et a fait certifier cette démarche par huissier de justice. Mediapart ajoute que d’autres révélations arrivent, qui pourront être produites au tribunal.

Ce qu’oppose la défense de Jordan Bardella

Au-delà des réactions à chaud, « barbouzerie », « manipulation grossière », le RN conteste l’authenticité des documents dévoilés par Mediapart avec des arguments techniques prouvant la fragilité des preuves avancées.

Bardella qualifie les éléments publiés de « montages grossiers et d’obscures captures d’écran manipulables ». La défense soutient qu’une image fixe ne prouve en rien l’existence réelle du message sur les serveurs de Facebook.

Par ailleurs, la défense avance une possible usurpation d’identité. Le RN insiste sur le fait que même si l’extraction de données est réelle, elle ne prouve pas l’identité de l’émetteur en 2013. À cette époque, il était facile de créer un compte au nom de Jordan Bardella, sans besoin de pièce d’identité.

Enfin, le RN ne valide pas non plus la certification par huissier, celui-ci ayant pu travailler sur une archive brute altérée, car fournie par le témoin qui renseigne Mediapart.

À ce jour, il n’y a donc aucun élément de preuve indéniable

De toutes façons, même si les experts judiciaires parviennent à prouver que cette conversation a bien eu lieu en 2013, ce ne sera pas suffisant si on n’a pas également la preuve de l’identité des interlocuteurs A et B. Devant un tribunal, ce genre de preuve anonyme n’a aucune valeur absolue.

L’unique preuve irréfutable, c’est l’ID du compte

Le risque d’un compte piraté et d’une usurpation d’identité étant bien réel, il faut une réquisition judiciaire adressée à Meta pour trancher.

« La justice pourra alors exiger de l’hébergeur américain les adresses IP de connexion, les numéros de téléphone ou les cartes bancaires associés à ce compte précis en 2013. »

On le voit, c’est donc une procédure longue qui s’engage entre les deux parties, la vérité se trouvant dans les archives d’un hébergeur étranger. Une procédure qui, sauf coup de théâtre inattendu, devrait s’achever bien au-delà de la date des élections présidentielles.

Les réquisitions judiciaires internationales à destination de Meta, la maison mère de Facebook aux États-Unis, prendront du temps. De réputation, la coopération juridique transatlantique n’a rien d’une Ferrari.

Tout cela sert les intérêts de Jordan Bardella

Tout au long de la campagne, il pourra évacuer les questions en rappelant qu’il appartient dorénavant à la justice de trancher. Ce n’est donc pas demain que nous verrons Jordan Bardella à la barre du tribunal.

D’ici avril 2027, aucune révélation de Mediapart n’aura valeur de preuve absolue devant la justice, hormis si l’identité du détenteur du compte Facebook incriminé est dévoilée.

Faute de preuve, l’opposition accuse déjà Bardella de mentir

Il va de soi que pour les opposants, l’objectif est d’interdire au RN d’accéder au pouvoir, d’abord en ciblant le chef du parti, ensuite en s’attaquant à sa candidate. Ses adversaires ont encore 7 mois pour la salir. Et puisque le dossier Mediapart est parti pour s’enliser dans le labyrinthe judiciaire, l’accusation de mensonge va planer sur toute la campagne. Sans preuve bien entendu !

Mais les Français ont d’autres soucis en tête que les échanges privés d’un gamin sur Facebook, tenus il y a 13 ans. Je vois mal les électeurs RN réviser leur choix en 2027, pour une vieille affaire dont nous connaîtrons le fin mot en 2028 au plus tôt. Mediapart ayant déjà été condamné à plusieurs reprises pour diffamation, rien n’incite l’électeur à prendre ces révélations pour argent comptant. Que Bardella se consacre dorénavant à la campagne du RN et laisse la justice suivre son cours. 2028 ou 2029, c’est encore loin.

Jacques Guillemain

https://ripostelaique.com/mediapart-bardella-contre-attaque-pour-sereniser-la-campagne/

Laisser un commentaire