Présidentielle : le danger européen

par François Marcilhac

Sept mois ! Sept mois encore de cet étalage navrant d’égos aussi médiocres que boursouflés ! Sept mois encore d’un spectacle où s’affrontent tout ce que, outre un ancien chef d’État lamentable, la classe politique compte d’anciens (Premiers) ministres au bilan calamiteux, de ratés aigris, d’ambitieux dépourvus de tout surmoi. 

Un boulet institutionnel 

Oui, l’élection présidentielle au suffrage universel, que le général De Gaulle présentait en 1962 comme la pierre d’angle de la Ve République, est devenue un véritable boulet institutionnel, empêchant, surtout depuis l’instauration du quinquennat qui n’a fait qu’accentuer les défauts inhérents à cette élection, cet arbitrage actif qu’elle était censée assurer. Quand autant de politiciens de rencontre, de seconds couteaux ou d’acteurs politiques qui n’ont à présenter aux Français que leurs échecs comme autant de preuves de leur compétence, réclament le suffrage de leurs concitoyens pour exercer la fonction suprême, que reste-t-il de cette prétendue rencontre d’un homme (ou d’une femme) et d’un peuple, sur laquelle reposerait toute la légitimité du futur locataire de l’Élysée ? En quoi est préservée la hauteur de la fonction, sa nécessaire transcendance par rapport aux intérêts oligarchiques, quand elle se voit ainsi devenue le jouet, déchiré, d’une meute qui se la dispute dans le caniveau des joutes politiciennes, sans aucun souci du bien commun, qui seul justifie celui qui l’exerce ? Oui, les institutions de la Ve République ont failli à la mission que leur fondateur leur avait imprudemment fixée. Avec le retour des partis dans la course, le suffrage universel ne permet plus de « reconnaître une vocation — héroïque ou historique — à incarner l’unité de la nation et à procurer la continuité de l’État », selon les mots de Pierre Boutang dans La Nation française du 28 avril 1965. 

Sophismes pernicieux 

Trop, c’est trop ! La coupe est pleine ! Elle déborde même alors que la plupart de ces candidats n’ont aucun souci de la France et de sa pérennité. C’est à celui qui est le plus « européen », c’est-à-dire qui a pour objectif de soumettre toujours plus la France à un projet fédéral dont la conséquence avouée serait la disparition définitive de notre pays comme puissance souveraine, comme nation indépendante. Ainsi le voudraient le sens de l’Histoire et l’intérêt bien compris de chaque État européen. Peu importe que chaque jour l’actualité politique et géopolitique démente le prétendu désir d’Europe de nos partenaires au sein de l’Union ! Qu’à l’exception du pays légal français, les gouvernements des autres États ne pensent qu’à tirer la couverture à eux ! À leurs yeux, l’Europe n’est pas un objet de foi, elle est une aubaine : elle leur permet d’imposer leurs vues (pensons à l’Allemagne arrogante du nationaliste Merz) ou, pour les pays moins importants, de décupler leur influence, quand, pour la France, elle bride ses riches potentialités, notamment agricoles ou énergétiques, diminue son influence internationale, la cantonne au réduit continental, la prive de ses moyens d’intervention tant intérieurs qu’extérieurs. Pour l’élite politique française, avec un opportunisme mêlé de religiosité, comme le proclamait Mitterrand en un de ces sophismes pernicieux qu’il affectionnait : « La France est notre patrie et l’Europe notre avenir » — « le nationalisme » étant évidemment « la guerre ». Ce qui signifie que l’avenir de la patrie est dans la dissolution de la France dans un grand tout européen dominé par l’Allemagne, métamorphose suicidaire de notre pays en simple région d’un empire contre l’imposture duquel s’édifia toute son histoire. 

Un patriotisme européen introuvable 

N’en déplaise à une classe politique qui, continûment depuis Giscard, joua contre la nation, la France n’est pas vouée à disparaître dans quelque entité prétendument supérieure qui serait la négation de son identité, car celle-ci tient dans cette nation politique fruit de l’œuvre capétienne. Toute promotion de quelque « Europe puissance » ou de quelque « souveraineté européenne » que ce soit n’est, de la part de nos élites, qu’un renoncement à exister. Lequel ne fait pas consensus seulement auprès du pays légal. Des intellectuels situés à droite, faisant mine de proposer un contre-projet à l’Europe de Bruxelles, récusent frontalement l’identité capétienne de la France, au nom d’un « patriotisme européen » aussi introuvable que volontariste, expression d’une « civilisation européenne » abstraite (résumée dans l’ésotérique « héspérialisme » de David Engels ou le « foyer » indo-européen d’Alain de Benoist). Ils s’inscrivent dans un certain héritage de l’entre-deux-guerres, qui conjugue l’optimisme volontariste d’un Julien Benda (Discours à la nation européenne), cher à Macron, au pessimisme congénital d’un Drieu La Rochelle (L’Europe contre les patries). Or, les tentatives d’édification politique de cette Europe civilisationnelle furent toujours synonyme de vassalisation au fédérateur — empereur germanique, Empire napoléonien, Troisième Reich, Europe bruxello-germanique sous hégémonie américaine. Au contraire, comme l’héritier des Capétiens l’écrivait déjà en 2009 : « Dans le monde multipolaire qui s’annonce, notre pays doit mener une politique d’équilibre entre les puissances […], car c’est de cet équilibre que dépendra la paix du monde. C’est la tradition capétienne » (Un Prince français). Ce qui suppose de recouvrer notre indépendance, comme le montre a contrario la pitoyable diplomatie européenne dans l’affaire ukrainienne. Macron a beau vouloir la préempter, comme chef autoproclamé de la coalition des volontaires, il ne réussit, en se voulant plus « européen » que tout le monde, qu’à être le mégaphone de Zelensky auprès de partenaires qui jouent surtout chacun sa propre partie. Aussi ne lui reste-t-il que l’escalade de la peur sur fond d’agitation brouillonne ou inconsidérée (« la dissuasion avancée »). Loin de peser sur les protagonistes, ce va-t-en-guerre espère-t-il arriver au moins à fausser la prochaine élection présidentielle ? 

Le pape de l’enracinement 

Le fait est que, de Paris à Metz, Léon XIV est apparu non seulement comme le pape de la vie et de la famille mais aussi comme le pape de l’enracinement. Car c’est de cet enracinement qu’il fait dépendre le rayonnement tant de notre pays que de l’Europe. « La France est aussi une terre aux riches racines chrétiennes. Depuis saint Irénée et le baptême de Clovis, l’âme de votre patrie s’est déployée en puisant dans le christianisme un génie spirituel, culturel, intellectuel, artistique et missionnaire, qui rayonne aujourd’hui à travers le monde » (Paris, 25 septembre). L’Europe ? Si, à Metz, le 28 septembre, il a longuement cité Robert Schuman et son discours du 9 mai 1950, c’est pour rappeler aussitôt qu’il existe « un autre père de l’Europe : saint Benoît » : « Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas ». « On ne peut donc parler de l’Europe sans évoquer le christianisme » — et de rappeler le Concordat qui régit toujours la Moselle — d’autant qu’« il est toujours difficile de donner une définition de l’Europe, tant pour le présent que pour le passé ». Aussi, promouvant « une Europe solidement enracinée », a-t-il prôné un double mouvement « de ressourcement et de dialogue », condition notamment à un juste accueil de l’autre — le migrant devant pouvoir « entrer dans l’esprit de la maison ». Quant à la paix, Léon XIV a mis en garde contre « l’illusion du réarmement » tout en condamnant l’« irénisme passif ». Paradoxe ? Et l’illusion du désarmement — les catastrophiques « dividendes de la paix » ? Il n’a du reste pas explicité ce qu’il entendait par « être prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix ». En tout cas, si Léon XIV voit toujours dans l’Europe, comme ses prédécesseurs, une œuvre de paix, c’est plus sa dimension spirituelle et religieuse que politique qu’il a mise en avant. À raison.

https://www.actionfrancaise.net/2026/10/01/presidentielle-le-danger-europeen/

Laisser un commentaire